“Je veux Ba­rack Oba­ma !”

Le Temps (Tunisia) - - Faits De Societe -

Du haut de ma tour d’ivoire, j’ai je­té un long re­gard pen­sif à ce monde que je mé­prise et qui me le rend si bien. Lorsque tôt dans la ma­ti­née d’hier, j’ai es­ca­la­dé l’hor­loge si­tuée à l’ave­nue Habib Bour­gui­ba, ils se sont mo­qués de moi. Ils se sont at­trou­pés tout en bas et ont im­mor­ta­li­sé mon geste de déses­poir avec leurs Smart­phones qu’ils ont, pour la plu­part, ache­tés à cré­dit. Ils ont ri de moi mais ils ne sa­vaient pas que leurs rires ne trou­vaient au­cun écho en moi. D’ailleurs, rien n’a d’emprise sur moi, ni la joie, ni la peine. Je suis le néant. Je n’ai ni foyer ni tra­vail. J’erre au gré des jours, sans port, ni at­taches.

Du haut de ma tour d’ivoire, j’ai grillé une ci­ga­rette. On dit que fu­mer tue mais pas plus que le fait de me­ner une exis­tence sans es­poir dans un pays du tiers-monde. De dé­cep­tion en dé­cep­tion, je suis saoul d’amer­tume et porte en moi la rage d’être conti­nuel­le­ment consi­dé­ré comme un sous-ci­toyen. Dé­mo­cra­tie, li­ber­té de pa­role, in­ves­tis­se­ments, droits des mi­no­ri­tés, Adel Imam et les JCC, taxe sur les pis­cines, hausse des im­pôts, grève des chauffeurs de taxi, co­lère des avo­cats ? Je n’en ai que faire ! Je veux juste tra­vailler, avoir un toit sur la tête et man­ger à ma faim. Ce­ci étant, je dois quand même avouer que dans ce flot d’ac­tua­li­té, un su­jet m’in­té­resse tout par­ti­cu­liè­re­ment ! Je n’en re­viens tou­jours pas que Trump ait été élu pré­sident des USA. Moi qui manque de tout au quo­ti­dien, cette nou­velle m’a vrai­ment af­fli­gé, cas­sé. Je suis ahu­ri d’ap­prendre qu’oba­ma n’est plus le maître du monde ! Il me plai­sait bien. Il était si sym­pa­thique, si ac­ces­sible, si beau par­leur. Dia­ble­ment cha­ris­ma­tique ! J’ai d’ailleurs de­man­dé que Do­nald dé­mis­sionne im­mé­dia­te­ment et que Ba­rack re­de­vienne pré­sident, sans quoi je me jet­te­rai du haut de ma tour d’ivoire. On a ri de moi. On a dit que j’étais fou de faire une telle de­mande. Oui, je le suis. Je suis fou d’avoir cru au Tu­ni­sian Dream. Fou d’avoir cru que la si­tua­tion des jeunes s’amé­lio­re­rait. Fou d’avoir cru au slo­gan de la Ré­vo­lu­tion : « Tra­vail, Li­ber­té, Di­gni­té ».

Rim BEN AROUS

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