Er­do­gan compte sur Trump pour ex­tra­der Gü­len

Tur­quie-usa

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Entre Do­nald Trump et Re­cep Tayyip Er­do­gan, le cou­rant est pas­sé. Mer­cre­di 9 no­vembre, au len­de­main de la vic­toire du can­di­dat ré­pu­bli­cain à la Mai­son Blanche, le pré­sident turc l’a ap­pe­lé pour le fé­li­ci­ter. Qua­li­fiée de « sin­cère », la conver­sa­tion a abor­dé le su­jet qui ta­raude l’élite is­la­mo-conser­va­trice au pou­voir, à sa­voir l’ex­tra­di­tion de Fe­thul­lah Gü­len. An­ka­ra consi­dère que le pré­di­ca­teur mu­sul­man, exi­lé en Penn­syl­va­nie de­puis 1999, a or­ches­tré le putsch ra­té du 15 juillet contre le pré­sident turc. M. Er­do­gan est confiant. « Une nou­velle ère s’ouvre », a-t-il dé­cla­ré dans une al­lo­cu­tion re­trans­mise à la té­lé­vi­sion mer­cre­di. La Tur­quie, qui en­tre­te­nait des re­la­tions ten­dues avec l’ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma, mise sur de meilleurs échanges avec Do­nald Trump. Le pre­mier gage de ce ré­chauf­fe­ment de­vrait être l’ex­tra­di­tion de l’imam Gü­len vers la Tur­quie, « le plus vite pos­sible », a mar­te­lé le pre­mier mi­nistre Bi­na­li Yil­di­rim. Voi­ci des mois que les au­to­ri­tés turques ré­clament en vain que le pré­di­ca­teur leur soit li­vré. Ré­cem­ment, Be­kir Boz­dag, le mi­nistre de la jus­tice, s’est ren­du aux Etats-unis pour plai­der la cause du gou­ver­ne­ment turc, dé­cri­vant Fe­thul­lah Gü­len, 75 ans, comme le chef d’une or­ga­ni­sa­tion secrète et cri­mi­nelle im­pli­quée dans le blan­chi­ment d’ar­gent et oc­cu­pée à in­fil­trer toutes les ins­ti­tu­tions d’etat. Le chef re­li­gieux, qui gère plus d’un mil­lier d’écoles dans le monde, est, se­lon le dis­cours of­fi­ciel, « le nou­veau Ben La­den ».

Fut un temps où les té­nors du Par­ti de la jus­tice et du dé­ve­lop­pe­ment (AKP, is­la­mo-conser­va­teur) ac­cou­raient au do­maine du ho­ca (« maître ») Gü­len en Penn­syl­va­nie, pour lui bai­ser la main. Com­bien de fois Re­cep Tayyip Er­do­gan ne lui a-t-il pas lan­cé dans ses dis­cours un vi­brant hom­mage « par-de­là l’at­lan­tique » ? Long­temps al­liés, les deux hommes, en­ga­gés dans une lutte sans mer­ci pour le lea­der­ship de l’is­lam po­li­tique en Tur­quie, sont dé­sor­mais en­ne­mis. A dé­faut d’ex­tra­di­tion, An­ka­ra vou­drait que l’imam soit pla­cé en garde à vue aux Etats-unis, que son ac­tion à la tête de son mou­ve­ment se­cret soit pa­ra­ly­sée, que ses écoles soient fer­mées. « Notre al­lié turc est en crise » Avec l’élec­tion de Do­nald Trump, ce sou­hait est peu­têtre en passe d’être exau­cé. « Nous ne de­vrions pas lui don­ner l’asile », écri­vait Mi­chael Flynn, pres­sen­ti pour de­ve­nir le conseiller à la sé­cu­ri­té na­tio­nale du pré­sident élu, sur le site In­ter­net amé­ri­cain The Hill, le 8 no­vembre. Dans son ar­ticle, in­ti­tu­lé « Notre al­lié turc est en crise, il a be­soin de notre sou­tien », Mi­chael Flynn com­pare Fe­thul­lah Gü­len à l’aya­tol­lah Kho­mey­ni, le père de la ré­vo­lu­tion ira­nienne de 1979, ain­si qu’à Has­san Al-ban­na, le fon­da­teur de la confré­rie des Frères mu­sul­mans. Le mi­li­taire as­sure que les 160 écoles du ré­seau Gü­len im­plan­tées aux Etats-unis fonc­tionnent « grâce à l’ar­gent du contri­buable amé­ri­cain », tan­dis que leurs en­sei­gnants – ve­nus de Tur­quie – jouissent d’un ré­gime de vi­sas par­ti­cu­lier. Et de conclure : « Nous de­vons voir le monde avec les yeux de la Tur­quie. Qu’au­rions-nous fait si, après le 11 sep­tembre 2001, nous avions ap­pris qu’ous­sa­ma Ben La­den ré­si­dait dans une belle villa sur la côte turque et que ses 160 écoles étaient fi­nan­cées par les contri­buables turcs ? »

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