Entre Pou­tine et Trump, une lune de miel in­cer­taine

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Pas­sé l’eu­pho­rie de l’éli­mi­na­tion du camp dé­mo­crate, consi­dé­ré en Rus­sie comme une force hos­tile, le doute a com­men­cé à s’im­mis­cer. « Trump est un ma­cho, Pou­tine aus­si », a com­men­té, sur la ra­dio Echo de Moscou, Ser­gueï Mar­kov, un po­li­to­logue proche du Krem­lin, ex-dé­pu­té du par­ti au pou­voir Rus­sie unie, ajou­tant : « Trump est im­pré­vi­sible, sans ex­pé­rience… Il se­ra obli­gé de prou­ver qu’il est ma­cho et de se me­su­rer avec Pou­tine. » « Le plus grand obs­tacle au ré­ta­blis­se­ment des re­la­tions entre les Etats-unis et la Rus­sie, es­time de son cô­té l’ana­lyste po­li­tique Li­lia Chevt­so­va, c’est la vo­lon­té de Trump de bri­ser les règles du jeu. Quand c’est le fait des di­ri­geants des deux pays, il faut s’at­tendre à des pro­blèmes… » Si­tôt après avoir en­voyé un té­lé­gramme de fé­li­ci­ta­tions au nou­veau pré­sident amé­ri­cain, Vla­di­mir Pou­tine l’avait lui-même re­con­nu, mer­cre­di 9 no­vembre : la res­tau­ra­tion des re­la­tions rus­so-amé­ri­caines « se­ra un che­min long et dif­fi­cile »,comme il l’a ré­pé­té à deux re­prises, tout en fai­sant sa­voir qu’il ne s’en­tre­tien­drait pas avec son ho­mo­logue avant sa no­mi­na­tion of­fi­cielle, le 20 jan­vier 2017. Le pre­mier ac­croc est sur­ve­nu dès le len­de­main. Alors que, du­rant la cam­pagne élec­to­rale aux Etats-unis, le can­di­dat ré­pu­bli­cain – ac­cu­sé pu­bli­que­ment par sa ri­vale dé­mo­crate, Hilla­ry Clin­ton, d’être la « ma­rion­nette » du pré­sident russe – n’a ces­sé de nier tout contact avec Moscou, Serge Ryab­kov, vice-mi­nistre des af­faires étran­gères russe, a af­fir­mé le contraire. « Il y a eu des contacts, a-t-il dé­cla­ré, ci­té par l’agence In­ter­fax. Ce tra­vail a eu lieu au cours de la cam­pagne et se pour­sui­vra. » « Evi­dem­ment, ajou­tait-il, nous connais­sons la plu­part des gens dans [l’] en­tou­rage » de Do­nald Trump. Bourde ? Vo­lon­té dé­li­bé­rée de mettre les pieds dans le plat ? M. Ryab­kov n’a four­ni au­cun autre dé­tail, mais ses pro­pos ont sus­ci­té un dé­men­ti très sec de la porte-pa­role de M. Trump, Hope Hicks : « Au­cun contact avec les of­fi­ciels russes » avant le scru­tin de mar­di.

Ner­vo­si­té Autre dé­cla­ra­tion contra­riante pour l’équipe ré­pu­bli­caine : dans son in­ter­ven­tion sur Echo de Moscou, M. Mar­kov, dé­cla­ré per­so­na non gra­ta en Es­to­nie, après s’être van­té d’avoir sou­te­nu la cy­be­rat­taque contre le gou­ver­ne­ment de Tal­linn en 2007, a ré­fu­té les ac­cu­sa­tions por­tées par les au­to­ri­tés amé­ri­caines contre des ha­ckeurs russes dans l’in­tru­sion des cour­riers élec­tro­niques du QG dé­mo­crate, tout en ajou­tant : « Ils ont peut-être ai­dé Wi­ki­leaks. » Adepte des coups de po­ker en po­li­tique, la pré­si­dence russe, quoi qu’elle en dise, ne sait rien, ou presque, des cartes de son nou­veau par­te­naire, et cette si­tua­tion crée une cer­taine ner­vo­si­té au Krem­lin. De­puis New York, où il s’est op­por­tu­né­ment ren­du dès jeu­di pour sou­te­nir le joueur russe au cham­pion­nat du­monde des échecs, Dmi­tri Pes­kov, porte-pa­role de M. Pou­tine, a nié être por­teur d’un mes­sage du pré­sident russe. Mais il s’est dit frap­pé par la si­mi­li­tude des points de vue des deux chefs de l’etat. « Ils ont ex­po­sé les mêmes prin­cipes de po­li­tique étran­gère, c’en est in­croyable », a as­su­ré M. Pes­kov, jeu­di soir, à la pre­mière chaîne de té­lé­vi­sion na­tio­nale russe. « Même si Trump conti­nue à ex­pri­mer sa sym­pa­thie pour Pou­tine, un nou­veau “re­set” pa­raît peu pro­bable, juge la po­li­to­logue Li­lia Chevt­so­va. Il faut rap­pe­ler aux Russes qui se ré­jouissent que la Rus­sie a be­soin d’une Amé­rique pré­vi­sible, si­non le Krem­lin, qui est tou­jours prêt à ren­ver­ser l’échi­quier, mais qui s’at­tend, en même temps, à ce que les Etats-unis suivent les règles, peut se re­trou­ver face à une asy­mé­trie [des ré­ponses] que Wa­shing­ton ne se per­met­tait pas jus­qu’à pré­sent. »

« Homme pra­tique » Beau­coup, à l’image de Ser­gueï Gla­ziev, conseiller éco­no­mique de M. Pou­tine, es­pèrent que l’ar­ri­vée du nou­veau di­ri­geant amé­ri­cain se tra­dui­ra par la le­vée des sanc­tions. « Je crois que Trump est un homme pra­tique, il va le­ver les sanc­tions sur la Rus­sie qui sont no­cives aus­si pour les en­tre­prises amé­ri­caines », a af­fir­mé M. Gla­ziev. Mais rien n’est moins sûr. Et l’en­goue­ment sus­ci­té en Rus­sie pour les élec­tions amé­ri­caines pour­rait avoir un ef­fet col­la­té­ral non sou­hai­té.

Pri­vé d’ac­cès aux té­lé­vi­sions na­tio­nales, l’op­po­sant Alexeï Na­val­ny a li­vré sur les ré­seaux so­ciaux son ana­lyse. Tout en in­sis­tant sur les dif­fé­rences entre M. Pou­tine et M. Trump, il concluait : « Je ne suis pas fan de M. Trump (…), mais nous de­vons faire at­ten­tion à une chose : au­cun ex­pert, au­cun ob­ser­va­teur n’avait pré­vu qu’il ga­gne­rait. Les gens ont vo­té pour qui ils vou­laient. C’est à ce­la que doivent res­sem­bler des élec­tions. » Pu­blié à la veille du scru­tin sur son compte Twit­ter, le mes­sage « De­mo­cra­cy RIP » de Mar­ga­ri­ta Si­mo­nyan, chef de Rus­sia To­day, pre­mier ré­seau mé­dia pro­krem­lin, a été ef­fa­cé.

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