Le coeur n'y est pas !

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Par Kha­led GUEZMIR

Les images don­nées par les mé­dias sur la réunion d’ac­ti­va­tion du « contrat so­cial » donnent l’im­pres­sion d’une sé­pa­ra­tion à l’amiable plu­tôt que d’un ma­riage ar­ro­sé de fer­veur de part et d’autre entre ac­teurs so­ciaux et éco­no­miques. Vi­sages sé­vères et ser­rés, même pas un sou­rire, la rup­ture est consom­mée bel et bien entre deux mondes mon­tés l’un contre l’autre, à tra­vers ce bras de fer de bien­tôt six ans, entre L’UGTT et le monde des af­faires (je ne dis même pas L’UTICA, qui est dis­crète à la li­mite de la pas­si­vi­té).

Les images don­nées par les mé­dias sur la réunion d’ac­ti­va­tion du « contrat so­cial » donnent l’im­pres­sion d’une sé­pa­ra­tion à l’amiable plu­tôt que d’un ma­riage ar­ro­sé de fer­veur de part et d’autre entre ac­teurs so­ciaux et éco­no­miques. Vi­sages sé­vères et ser­rés, même pas un sou­rire, la rup­ture est consom­mée bel et bien entre deux mondes mon­tés l’un contre l’autre, à tra­vers ce bras de fer de bien­tôt six ans, entre L’UGTT et le monde des af­faires (je ne dis même pas L’UTICA, qui est dis­crète à la li­mite de la pas­si­vi­té). Comment en sommes-nous ar­ri­vés là, alors que le sys­tème po­li­tique de­puis l’in­dé­pen­dance mal­gré des hauts et des bas, a réus­si à as­su­rer l’es­sen­tiel à sa­voir une en­tente plus que cordiale entre le monde ou­vrier et le monde de l’en­tre­prise !

Il faut le dire les temps ont chan­gé et la cris­tal­li­sa­tion des uns et des autres au ni­veau idéo­lo­gique et du po­si­tion­ne­ment po­li­tique aus­si. Le syn­di­ca­lisme « na­tio­nal », co­opé­ra­tif et so­li­daire, type va­leurs du grand « Ha­ched » a vé­cu.

Au­jourd’hui, sans par­ler en­core de luttes des classes, à conso­nante idéo­lo­gique com­mu­niste, les conflits so­ciaux se des­sinent au cha­cun pour soi ! M. Abas­si n’ar­rête pas de mar­te­ler : « Le gou­ver­ne­ment doit cher­cher le dé­fi­cit à cou­vrir là où campe l’ar­gent ». Par consé­quent, toute cette masse sa­la­riale, ob­jet de toutes les me­naces sur les fi­nances pu­bliques, et qui gonfle au firmament, n’est pas le pro­blème des syn­di­cats … ! Au gou­ver­ne­ment d’en as­su­mer la res­pon­sa­bi­li­té et les consé­quences ! Les consé­quences, Mme Bou­cha­maoui en a re­la­té au moins une, très cal­me­ment à son ha­bi­tude, et qui touche di­rec­te­ment l’em­ploi des jeunes chô­meurs, du fait du re­tard dans l’en­ga­ge­ment et la réa­li­sa­tion des pro­jets du dé­ve­lop­pe­ment. Quand plus de 85% des res­sources bud­gé­taires vont aux charges de fonc­tion­ne­ment et des sa­laires dans la fonc­tion pu­blique et dé­ri­vés, que reste-t-il pour le titre II, le dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal, les grands tra­vaux, l’in­fra­struc­ture et j’en passe ! L’em­ploi des jeunes n’est plus la prio­ri­té des prio­ri­tés… « ré­vo­lu­tion­naires ».

Cô­té en­tre­prises, par­ler d’as­so­cier ces ins­ti­tu­tions au « contrat so­cial » c’est croire au père Noël et dé­cembre pour bien­tôt. De­puis la ré­vo­lu­tion, une nou­velle culture a en­va­hi la so­cié­té… « l’an­ti-réus­site » et la haine des en­tre­pre­neurs et du ca­pi­tal. Ce­ci est le ré­sul­tat du ma­tra­quage à lon­gueur d’an­tennes sur les « va­leurs » ca­pi­ta­listes qui ne payent pas leurs im­pôts etc… Alors que du cô­té de l’is­lam po­li­tique on a culpa­bi­li­sé l’an­cien ré­gime à tra­vers les purges dans les corps sé­cu­ri­taires, de la Justice et dans l’ad­mi­nis­tra­tion cen­trale et ré­gio­nale, en pa­ral­lèle, L’UGTT et ses nou­velles sec­tions po­li­ti­sées et gau­chistes à l’ex­trême, a en­ga­gé une vé­ri­table mo­bi­li­sa­tion contre le ca­pi­tal et l’en­tre­prise. Ça a com­men­cé lé­gi­ti­me­ment par la ré­éva­lua­tion des sa­laires juste après la ré­vo­lu­tion puis l’ap­pel à pré­ser­ver le sec­teur pu­blic même lar­ge­ment dé­fi­ci­taire et dé­la­bré avec des en­tre­prises pu­bliques presque à l’ago­nie fi­nan­ciè­re­ment… pour at­teindre une cer­taine vi­tesse de croi­sière de la re­ven­di­ca­tion per­ma­nente, tous azi­muts. Le tout a culmi­né en 2015, avec plus de 800 grèves, ar­rêts de tra­vail et sit-in… Ré­sul­tat, le gou­ver­ne­ment Es­sid jette l’éponge mal­gré toute sa bonne vo­lon­té de ré­pondre aux exi­gences de la cen­trale syn­di­cale his­to­rique. De là, nous avons hé­ri­té de la qua­dra­ture du cercle… l’etat est in­ca­pable de te­nir ses pro­messes et il a pro­po­sé une sorte de mo­ra­toire ou de conso­li­da­tion des « dettes » au cha­pitre des aug­men­ta­tions des sa­laires non res­pec­tées… pour 2019. Puis, nou­veau re­cul du gou­ver­ne­ment de­vant le « niet » ca­té­go­rique « Abas­side ». Il pro­pose un re­port juste pour 2018 ! Nou­veau « niet » de L’UGTT et la crise ne s’apaise pas avec me­naces constantes de mo­bi­li­sa­tions fu­tures, alos que le pays s’ef­force de pré­sen­ter une toute autre image ras­su­rante de sé­ré­ni­té, à la veille de la confé­rence in­ter­na­tio­nale sur l’in­ves­tis­se­ment ! Les temps sont dif­fi­ciles, parce que ré­pondre aux voeux de L’UGTT d’aug­men­ter la pres­sion fis­cale, abou­tit fa­ta­le­ment à la fuite des ca­pi­taux et la ré­ten­tion de l’in­ves­tis­se­ment… alors que le bud­get a be­soin de res­sources im­por­tantes pour faire face à toutes ces exi­gences em­bou­teillées.

Al­lons-nous vers l’ir­ré­pa­rable et le point de rup­ture ir­ré­ver­sible entre le monde du tra­vail et le monde des ca­pi­taux ! J’es­père que non ! Mais, le « boss » à Car­thage au­ra be­soin de tout son sa­voir­faire et sa di­plo­ma­tie pour cal­mer les frus­tra­tions et ar­ron­dir les angles d’une dis­corde consom­mée et mal di­gé­rée par les ac­teurs so­ciaux et éco­no­miques… ça fait six ans et ça laisse des traces. Au fait, ce con­grès de L’UGTT, c’est pour quand… Vi­ve­ment de­main ! Une pe­tite conta­gion à l’amé­ri­caine avec un « nou­veau Trump » syn­di­cal tu­ni­sien se­rait le bien­ve­nu !

Qui sait, « Tab­dil ess­rouj fih ra­ha » (le chan­ge­ment de mon­ture re­pose !)

K.G

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