Le Par­ti dé­mo­crate face à l'of­fen­sive des pro­gres­sistes

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Etats-unis

Pour les dé­mo­crates, la po­tion est amère. Ils s’étaient vus en haut de l’af­fiche, avec l’une des leurs à la Mai­son Blanche et peut-être une ma­jo­ri­té au Sé­nat. Ils se re­trouvent dans la po­si­tion de mou­ve­ment ul­tra-mi­no­ri­taire. Le 20 jan­vier, quand Ba­rack Oba­ma quit­te­ra la pré­si­dence, sa for­ma­tion n’au­ra guère de le­vier de pou­voir à Washington, et pas plus à l’éche­lon lo­cal : le Par­ti ré­pu­bli­cain compte main­te­nant 33 gou­ver­neurs (sur 50) et il a le contrôle to­tal des ins­ti­tu­tions (l’exé­cu­tif et les deux as­sem­blées) dans 25 Etats. En huit ans, le par­ti dé­mo­crate a été « obli­té­ré » au ni­veau des Etats, ana­lyse la pro­fes­seure de phi­lo­so­phie po­li­tique Da­nielle Al­len dans le Washington Post. Tout n’est pas to­ta­le­ment noir. Les dé­mo­crates ont réus­si à faire élire quatre femmes is­sues de mi­no­ri­tés au Sé­nat, dont Ca­the­rine Cor­tez Mas­to, qui se­ra la pre­mière sé­na­trice la­ti­na. Son élec­tion, dans le Ne­va­da, re­pré­sente un ex­ploit per­son­nel pour Har­ry Reid, le chef de file des dé­mo­crates du Sé­nat, l’un des pion­niers de la stra­té­gie d’in­té­gra­tion des La­ti­nos dans l’ap­pa­reil du par­ti. Mais le com­bat a lais­sé des ec­chy­moses. Les cour­riels des té­nors dé­mo­crates et les pe­tites com­bines du par­ti ont été ex­po­sés sur la place pu­blique. A l’image des ques­tions com­mu­ni­quées à l’avance à la can­di­date, comme si Hilla­ry Clin­ton, tou­jours si « bien pré­pa­rée », avait be­soin de sa­voir qu’elle ris­quait d’être in­ter­ro­gée sur le scan­dale de l’eau conta­mi­née quand elle se rend à un dé­bat dans le Mi­chi­gan face à Ber­nie San­ders.

«Mé­nage» En pu­blic, per­sonne n’a ac­ca­blé l’ex­se­cré­taire d’etat. A de­mi-mots, Ba­rack Oba­ma a re­gret­té que les dé­mo­crates n’avaient pas as­sez la­bou­ré le pays pro­fond. « Nous de­vons être pré­sents par­tout », a-t-il re­com­man­dé, en rap­pe­lant qu’il avait pas­sé 87 jours à ar­pen­ter l’io­wa, Etat ru­ral qu’il a ga­gné deux fois, mais qui a été per­du de 10 points par Mme Clin­ton. Ber­nie San­ders, de re­tour au Sé­nat, a été plus di­rect. Il a ton­né contre un mou­ve­ment plus pré­oc­cu­pé de le­ver des fonds au­près « des riches, dans les cock­tails » que de l’amé­rique d’en-bas. Le par­ti a be­soin d’un « ré­exa­men fon­da­men­tal », a-t-il exi­gé. Au to­tal, Mme Clin­ton a col­lec­té 972 mil­lions de dol­lars (908 mil­lions d’eu­ros) pour sa cam­pagne dont 56 % au­près de gros do­na­teurs. Elle a elle-même par­ti­ci­pé à 400 évé­ne­ments de le­vée de fonds. « Le par­ti ac­tuel est de­ve­nu une gi­gan­tesque ma­chine à col­lec­ter des fonds, dé­plore l’éco­no­miste Ro­bert Reich, an­cien mi­nistre de Bill Clin­ton. Soit il fait le mé­nage, soit nous lan­çons un troi­sième par­ti ».

Se­coués par la dé­faite, les dé­mo­crates n’ont pas en­core dé­ci­dé de leur com­por­te­ment face à Do­nald Trump. Pas ques­tion de col­la­bo­ra­tion avec le ma­gnat des ca­si­nos, ont fait sa­voir Ber­nie San­ders et Eli­za­beth War­ren, l’autre fi­gure de proue de la gauche pro­gres­siste. Sauf sur un su­jet : son plan de mo­der­ni­sa­tion tous azi­muts des in­fra­struc­tures, éva­lué à quelque 500 mil­liards de dol­lars – un pro­jet qui n’est pas du tout du goût des ré­pu­bli­cains an­ti-dé­fi­cits du Congrès, ce qui ne le rend que plus at­ti­rant pour les dé­mo­crates. D’autres, comme le pro­fes­seur de droit Cass Sun­stein, un ami per­son­nel de Ba­rack Oba­ma et époux de son am­bas­sa­drice à L’ONU Sa­man­tha Po­wer, conseillent la « coo­pé­ra­tion ». Une at­ti­tude qu’il « ne faut pas voir comme une ca­pi­tu­la­tion », plaide-t-il, mais comme une ma­nière de re­mettre en marche le gou­ver­ne­ment, pa­ra­ly­sé de­puis plus de quatre ans par la co­ha­bi­ta­tion.

«Tea par­ty bleu» A la base, c’est plu­tôt la ré­volte qui gronde, en­cou­ra­gée par les fi­gures pro­gres­sistes in­fluentes dans les mé­dias, comme Mi­chael Moore, qui main­tient le sen­ti­ment d’ur­gence par un hap­pe­ning per­ma­nent, jusque de­vant la Trump To­wer à New York. Ou comme Bill Ma­her, l’ani­ma­teur du show sa­ti­rique de HBO, qui a fait fa­bri­quer des cas­quettes, d’un bleu aus­si franc que le rouge des trum­pistes, por­tant l’ins­crip­tion « We're still here » (« Nous sommes tou­jours là »). Pour eux, la page de l’ère Clin­ton est tour­née. « L'es­ta­blish­ment a eu sa chance, a ex­pli­qué, au Washington Post, Ste­pha­nie Tay­lor, du Co­mi­té de cam­pagne pour le chan­ge­ment pro­gres­siste. Il faut main­te­nant une di­rec­tion plus jeune pour le par­ti, plus di­verse et plus idéo­lo­gique. » Une sorte de « Tea par­ty bleu », se­lon l’ex­pres­sion de Da­nielle Al­len. Les pro­gres­sistes en­tendent s’em­pa­rer de l’ap­pa­reil. Lun­di, Chuck Schu­mer, 65 ans, pro­mis à prendre la suc­ces­sion de Har­ry Reid, a vu son bu­reau du Sé­nat oc­cu­pé par des jeunes qui pro­tes­taient contre ses liens avec Wall Street. Mar­di, Nan­cy Pe­lo­si, 76 ans, qui croyait pou­voir être adou­bée une nou­velle fois pré­si­dente du groupe dé­mo­crate à la Chambre des re­pré­sen­tants, s’est en­ten­du dire qu’il y avait moins d’ur­gence à se do­ter d’un « lea­der­ship » que d’une vi­sion po­li­tique, et qu’une ana­lyse de l’échec s’im­po­sait. La pré­si­dence du Co­mi­té na­tio­nal dé­mo­crate, l’or­gane di­ri­geant du par­ti, sur­tout, fait l’ob­jet de convoi­tises. Une de­mi-dou­zaine de can­di­dats sont en lice, dont Ho­ward Dean, le Ber­nie San­ders de 2004, au­quel l’es­ta­blish­ment avait pré­fé­ré le peu en­thou­sias­mant John Ker­ry. Dean a pour lui d’avoir dé­jà oc­cu­pé le poste. Il y a pra­ti­qué une stra­té­gie dite des « cin­quante Etats », avec un Par­ti dé­mo­crate pré­sent sur tout le ter­ri­toire et pas seule­ment dans les en­claves li­bé­rales. Le mou­ve­ment ne peut pas être seule­ment ce­lui des mi­no­ri­tés, es­time-t-il. Le can­di­dat fa­vo­ri de la gauche, pous­sé par Ber­nie San­ders, est Keith El­li­son, 53 ans, un Afro-amé­ri­cain qui est le seul élu mu­sul­man du Congrès. Re­pré­sen­tant du Min­ne­so­ta, homme de ter­rain, Il a pro­mis moins de cock­tails avec les bailleurs de fonds. Mais plus de contacts di­rects avec les élec­teurs, au­tour de « mar­mites de chi­li » plu­tôt que lors de dî­ners de ga­la.

Des mi­li­tants dé­mo­crates à Dal­las

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