La jus­tice en trompe-l’oeil ?

Le Temps (Tunisia) - - Proximite - Sa­mia HARRAR

Les points d’in­ter­ro­ga­tion s’ac­cu­mulent, et se res­semblent étran­ge­ment. Cho­kri Be­laïd, Mo­ha­med Brah­mi, Lot­fi Na­guedh…, et des pro­cès à ral­longe, dont le der­nier en date a abou­ti à un ver­dict en queue de pois­son. Les LPR peuvent pa­voi­ser en ef­fet. En­nahd­ha aus­si, qui ap­pelle au res­pect des dé­ci­sions de la jus­tice. La­quelle se­rait in­dé­pen­dante et sou­ve­raine. En bref, il faut ac­cep­ter qu’un mar­tyr soit en­ter­ré une se­conde fois, sans tam­bour ni trom­pettes, en lais­sant le champ libre à ses as­sas­sins, pour qu’ils re­com­mencent à sé­vir à la pro­chaine oc­ca­sion, pour ne pas in­quié­ter ces mes­sieurs­dames, pa­ran­gons du res­pect et de la paix so­ciale, qui conti­nuent à prê­cher tran­quille­ment la bonne pa­role, du cô­té de Mont­plai­sir, ayant suf­fi­sam­ment as­su­ré leurs ar­rières, pour ne pas avoir à se pré­oc­cu­per, outre-me­sure, des re­tom­bés de cer­taines dé­ci­sions de la jus­tice. Jus­tice qui pour­rait les tou­cher par ri­co­chet. Ou de plein fouet, dans la fi­gure, sans avoir à em­prun­ter un rac­cour­ci. Car la jus­tice rend ses ver­dicts à coup sûr, mais à coup sûr ne convainc pas tou­jours. Ren­dons lui, par conve­nance, le condi­tion­nel d’usage : « qui pour­rait ne pas convaincre ». Main­te­nant que c’est fait, il est per­mis d’avoir un doute, quant à son in­dé­pen­dance, lorsque l’on se penche sur l’af­faire Cho­kri Be­laïd, re­por­tée de date en date, aux ca­lendes grecques nous semble-t-il, dans un pro­cès à gi­gognes, où s’em­boitent tel­le­ment d’in­té­rêts, qu’il semble de plus en plus dif­fi­cile à me­sure, d’en dé­mê­ler le bon grain de l’ivraie. Dif­fi­cile ? Presque im­pos­sible, tant que cer­taines langues ne se sont pas dé­liées, pour ra­con­ter la vé­ri­té pure et brute, qui leur est res­tée dans le go­sier. Et avec la­quelle ils fi­ni­ront par s’étouf­fer, s’ils ne trouvent pas le cou­rage d’af­fron­ter leurs peurs, pour ap­por­ter leur té­moi­gnage à la jus­tice. La­quelle de­vra aus­si avoir le cou­rage, d’as­su­mer sa charge et son sa­cer­doce, en son âme et conscience, sans per­mettre à qui­conque d’in­flé­chir ses dé­ci­sions. Dans un sens, ou dans l’autre d’ailleurs. Pour le mo­ment, l’is­sue du pro­cès de l’as­sas­si­nat de Lot­fi Na­guedh au­gure plu­tôt du contraire. L’omer­ta est tou­jours de mise…

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