Une com­po­sante es­sen­tielle de la lutte contre le ter­ro­risme

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Rym BENAROUS

De­puis l'émer­gence du phé­no­mène alar­mant du ter­ro­risme, un constat s'est vite im­po­sé aux au­to­ri­tés tu­ni­siennes. Le dan­ger pro­vient sur­tout des fron­tières qui forment un tra­cé long d'en­vi­ron 960 km avec l'al­gé­rie et de près de 500 km avec la Li­bye.

De­puis l’émer­gence du phé­no­mène alar­mant du ter­ro­risme, un constat s’est vite im­po­sé aux au­to­ri­tés tu­ni­siennes. Le dan­ger pro­vient sur­tout des fron­tières qui forment un tra­cé long d’en­vi­ron 960 km avec l’al­gé­rie et de près de 500 km avec la Li­bye. Dès juillet 2015, la Tu­ni­sie avait an­non­cé la construc­tion d’un mur de sable haut de 2 m avec tran­chées in­fran­chis­sables par un vé­hi­cule, entre ses deux postes fron­ta­liers avec la Li­bye. Long de 200 km et ache­vé au dé­but de l’an­née 2016, il est des­ti­né à contrer toute in­tru­sion d’in­di­vi­dus dan­ge­reux et à frei­ner la contre­bande. La pro­tec­tion des fron­tières in­clut éga­le­ment un dis­po­si­tif de sur­veillance élec­tro­nique pi­lo­té par des tech­ni­ciens al­le­mands et amé­ri­cains et dont le coût est es­ti­mé à 150 mil­lions de di­nars. Mais ces moyens tech­no­lo­giques so­phis­ti­qués et ces obs­tacles éla­bo­rés par­vien­dront-ils à en­di­guer cette me­nace ter­ro­riste per­sis­tante qui gan­grène les sec­teurs vi­taux du pays et fra­gi­lise les re­la­tions entre la Tu­ni­sie, l’al­gé­rie et la Li­bye ? Le pro­blème est-il uni­que­ment d’ordre sé­cu­ri­taire ? En ef­fet, suf­fit-il de tra­quer les ter­ro­ristes pour faire des fron­tières des zones pro­té­gées et sûres ou bien faut-il éga­le­ment prendre en compte les fac­teurs ad­ja­cents à sa­voir la si­tua­tion so­cio-éco­no­mique des ha­bi­tants de ces zones fron­ta­lières, sou­te­nir l’édu­ca­tion et boos­ter l’éco­no­mie dans les ré­gions ru­rales afin d’amé­lio­rer le quo­ti­dien des ci­toyens qui ces­se­ront alors d’être des proies fa­ciles aux mains des ter­ro­ristes ?

Inu­tile de cher­cher bien loin des ré­ponses à ces ques­tions tant l’évi­dence saute aux yeux. Par­mi les fac­teurs ayant contri­bué à la pro­li­fé­ra­tion du ter­ro­risme dans le pays , l’illet­trisme, l’aban­don sco­laire pré­coce et la si­tua­tion éco­no­mique dé­gra­dée d’une bonne frange de ci­toyens, no­tam­ment ceux des bour­gades et ré­gions fron­ta­lières. Dif­fé­rents ex­perts ayant me­né des études et des en­quêtes l’ont at­tes­té et les faits ne sont plus à dé­mon­trer. D’ailleurs, les chiffres ne trompent pas. Au nord-ouest et au sud, le taux de chômage os­cille entre 20 et 50%. A Ta­taouine par exemple, près de 73% des femmes sont au chômage. Ces mêmes ré­gions sont les plus tou­chées par le ter­ro­risme aus­si bien en terme de ter­ro­ristes en­rô­lés qu’en nombre d’at­taques et as­sas­si­nats ter­ro­ristes dont le der­nier, en date du 5 no­vembre, a été per­pé­tré près du Mont Mghi­la dans la dé­lé­ga­tion de Sbi­ba à Kas­se­rine. Âgé de 26 ans, le ca­po­ral-chef Saâd Ghoz­la­ni a été tué de­vant sa mère et ses proches par un groupe ar­mé. Les pre­miers élé­ments de l’en­quête laissent pen­ser qu’un de ses cou­sins se­rait com­plice de son meurtre.

Tu­ni­sie, Al­gé­rie : même com­bat, mêmes dé­fis

Conscients de l’ur­gence et de l’im­por­tance d’une in­ter­ven­tion glo­bale dans les zones fron­ta­lières, les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs ont plan­ché de­puis la ré­vo­lu­tion sur des so­lu­tions du­rables et conçu di­vers pro­jets. Pour exemple la bande fron­ta­lière tu­ni­so-al­gé­rienne qui fo­ca­lise l’in­té­rêt des au­to­ri­tés des deux pays et qui ont an­non­cé, dès 2015, vou­loir y re­don­ner vie à tra­vers des pro­jets tou­ris­tiques et ar­ti­sa­naux. C’est ain­si qu’un ju­me­lage entre la wi­laya d’el-oued (Al­gé­rie) et le gou­ver­no­rat de To­zeur (Tu­ni­sie) a été dé­ci­dé dans le but de créer un par­te­na­riat ren­for­cé entre ces deux ré­gions voi­sines et mieux contrer le ter­ro­risme. En mai 2016, Sal­ma El­lou­mi, mi­nistre du Tou­risme a ren­con­tré son ho­mo­logue al­gé­rien Amar Ghoul à Al­ger. La re­lance de la re­lance des zones fron­ta­lières à tra­vers di­vers pro­jets éco­no­miques a été au coeur de cette ren­contre lors de la­quelle le mi­nistre al­gé­rien a an­non­cé la mise en place d’un plan pour le dé­ve­lop­pe­ment des zones fron­ta­lières dans le cadre de l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire. Il a en outre af­fir­mé que des opé­ra­teurs al­gé­riens étaient prêts à y lan­cer des pro­jets tou­ris­tiques. Plus ré­cem­ment, le 10 no­vembre, un ac­cord de par­te­na­riat pour la pro­mo­tion de l’artisanat dans la bande fron­ta­lière a été conclu, en Al­gé­rie, entre l’union ré­gio­nale de l’in­dus­trie, du com­merce et de l’artisanat de Jen­dou­ba et la Chambre d’artisanat et des mé­tiers d’el Tarf. Ce do­cu­ment vise no­tam­ment la créa­tion d’es­paces d’ex­po­si­tion et la te­nue d’une Se­maine de l’artisanat dans les deux ré­gions mais porte aus­si sur l’or­ga­ni­sa­tion de ren­contres pé­rio­diques, la pro­mo­tion de l’artisanat des deux ré­gions et l’ac­com­pa­gne­ment et la for­ma­tion des ar­ti­sans dé­si­reux de lan­cer leurs propres pro­jets.

Res­pon­sa­bi­li­té ci­toyenne

Si du cô­té al­gé­rien, les au­to­ri­tés tu­ni­siennes ne semblent pas ren­con­trer de réels pro­blèmes pour col­la­bo­rer pour le dé­ve­lop­pe­ment des zones fron­ta­lières à tra­vers le lan­ce­ment de pro­jets éco­no­miques, la si­tua­tion est toute autre du cô­té des voi­sins li­byens tant par la com­plexi­té du contexte so­cio-po­li­tique du pays que par son in­sta­bi­li­té du­rant ces der­nières an­nées. Mais ce ne sont pas là les seuls obs­tacles ren­con­trés par les dé­ci­deurs tu­ni­siens ou en­core la so­cié­té ci­vile, très ac­tive dans ce do­maine, à éta­blir des pro­jets dans les zones fron­ta­lières. En ef­fet, la concré­ti­sa­tion et sur­tout la pé­ren­ni­té des ini­tia­tives lan­cées a bien sou­vent été en­tra­vée par des obs­tacles ad­mi­nis­tra­tifs, fi­nan­ciers ou tout sim­ple­ment à cause du manque de vo­lon­té et d’im­pli­ca­tion des lo­caux. En 2012 par exemple, dans une des lo­ca­li­tés, le pro­jet de construc­tion d’un puits qui de­vait four­nir de l’eau po­table pour tous, ir­ri­guer la ré­gion et boos­ter l’agri­cul­ture a été stop­pé net à cause d’un dif­fé­rend entre deux tri­bus. En ef­fet, le puits de­vant être si­tué à une distance plus proche d’un vil­lage que de l’autre a pro­vo­qué une vague de co­lère à cause de ce dé­tail ano­din et n’a ja­mais été creu­sé. En­core une fois, il s’avère que la pros­pé­ri­té des ré­gions et la lutte contre le ter­ro­risme ne peut se ré­duire à des pro­jets éco­no­miques sans qu’ils ne soient com­plé­tés par des cam­pagnes de sen­si­bi­li­sa­tion et d’édu­ca­tion ci­toyenne im­pli­quant un chan­ge­ment ra­di­cal des men­ta­li­tés et une réelle im­pli­ca­tion de tous les Tu­ni­siens, mal­gré leurs dif­fé­rends, mal­gré leurs dif­fé­rences.

Au Nord comme au Sud les zones fron­ta­lières mé­ritent mieux

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