Trois fa­vo­ris, trois droites dif­fé­rentes

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Il en avait été de même pour la gauche en 2011. Le pre­mier tour de la pri­maire de la droite de de­main a des airs de pré­si­den­tielle avan­cée : le vain­queur a de bonnes chances d’être élu pré­sident en mai 2017. A l’is­sue d’une cam­pagne qui s’est dé­rou­lée cor­rec­te­ment, en tout cas plus que celle du Brexit au Royaume-uni et plus que l’élec­tion amé­ri­caine, trois can­di­dats émergent, Alain Jup­pé, Ni­co­las Sar­ko­zy et Fran­çois Fillon – qui fait une re­mon­tée dans l’opi­nion. S’ils sont de la même fa­mille, tous is­sus du RPR, ces trois vé­té­rans in­carnent des droites sen­si­ble­ment dif­fé­rentes. Alain Jup­pé est l’homme des « trente glo­rieuses », âge d’or de la Ve Ré­pu­blique. L’an­cien pre­mier mi­nistre de Jacques Chi­rac vante « l’iden­ti­té heu­reuse » et pro­meut une France laïque et apai­sée, ca­pable d’in­té­grer la com­mu­nau­té mu­sul­mane et de te­nir sa place dans la mon­dia­li­sa­tion. Au fil des ans, il a fi­ni par res­sem­bler à un chré­tien-dé­mo­crate al­le­mand. L’an­cien pré­sident Sar­ko­zy est le re­pré­sen­tant d’une droite qu’on pour­rait ap­pe­ler« su­diste » : bo­na­par­tiste, pro­bu­si­ness, iden­ti­taire, cri­tique de l’im­mi­gra­tion et de l’is­lam, ca­pable d’ou­trances élec­to­ra­listes pour ral­lier les élec­teurs pas­sés au Front na­tio­nal. En­fin, Fran­çois Fillon in­carne la droite conser­va­trice de pro­vince. An­tia­mé­ri­cain, pro­russe, dé­fen­seur des chré­tiens d’orient, l’ex-pre­mier mi­nistre surfe sur le ca­tho­li­cisme po­li­tique qui semble se consti­tuer en France de­puis la contes­ta­tion du ma­riage pour tous et pro­pose un pro­gramme éco­no­mique ra­di­cal.

Si c’est sur l’iden­ti­té et le vivre-en­semble que les can­di­dats s’op­posent le plus, au point de créer des droites ir­ré­con­ci­liables, leurs pro­grammes éco­no­miques di­vergent aus­si, et plus qu’il n’y pa­raît. Fran­çois Fillon a don­né le la, pré­sen­tant un pro­gramme de ré­formes néo­li­bé­rales digne des an­nées 1980. Tous l’ont sui­vi, mais à des de­grés di­vers : la France doit ac­com­plir les ré­formes que ses par­te­naires ont dé­jà faites, ré­duire le coût de l’etat-pro­vi­dence dans un pays qui dé­tient le re­cord des dé­penses pu­bliques (57 % du PIB). Vents contraires En réa­li­té, dans un monde com­plexe, les trois can­di­dats ont des re­cettes dif­fé­rentes. Fillon prône ef­fec­ti­ve­ment une ré­vo­lu­tion néo­li­bé­rale et veut équi­li­brer les fi­nances d’un Etat qu’il di­sait, dès 2007, en faillite. Jup­pé est par­ti­san d’une ré­forme ferme mais moins bru­tale, tan­dis que Ni­co­las Sar­ko­zy in­siste sur la baisse des im­pôts pour re­lan­cer l’éco­no­mie, plus que sur l’as­sai­nis­se­ment des fi­nances pu­bliques. Dans le clas­se­ment des hé­ri­tages, on pour­rait dire que Fillon est that­ché­rien (re­trait de l’etat) et Sar­ko­zy plu­tôt rea­ga­nien (en­vo­lée des dé­fi­cits).

En 2017, le pré­sident élu af­fron­te­ra des vents contraires : il se trou­ve­ra dans une pé­riode de re­lance bud­gé­taire mon­diale – l’arme mo­né­taire fonc­tionne moins et Trump en­tend lan­cer un plan d’in­ves­tis­se­ments ma­jeur – pro­pice à lâ­cher la bride. Mais il fau­dra ras­su­rer Ber­lin, qui n’ac­cep­te­ra pas l’in­té­gra­tion né­ces­saire au sau­ve­tage de l’eu­ro si Pa­ris n’as­sai­nit pas ses fi­nances pu­bliques. L’ob­jec­tif pro­cla­mé des can­di­dats est de re­dres­ser la France éco­no­mi­que­ment pour qu’elle puisse se ré­af­fir­mer en Eu­rope face à l’al­le­magne et re­lan­cer le des­tin eu­ro­péen. En pé­riode de Brexit et d’iso­la­tion­nisme amé­ri­cain, une ten­ta­tion pro­tec­tion­niste et un ca­va­lier seul néo­gaul­liste, par­fois es­quis­sés à de­mi-mot dans les dé­bats de la pri­maire, se­raient voués à l’échec.

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