La coo­pé­ra­tion mi­li­taire à l’épreuve du Brexit

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

« On quitte l’union eu­ro­péenne [UE], on ne quitte pas l’eu­rope », ré­pètent les of­fi­ciels bri­tan­niques de­puis le ré­fé­ren­dum du 23 juin. Mais le Brexit pose un évident dé­fi à un par­te­na­riat mi­li­taire fran­co-bri­tan­nique jus­qu’ici exem­plaire. La si­gna­ture, en marge de la 43e confé­rence du Conseil fran­co-bri­tan­nique de dé­fense qui s’est te­nue à Pa­ris mer­cre­di 16 et jeu­di 17 no­vembre, d’un ac­cord mu­tua­li­sant les centres de re­cherches du fa­bri­cant de mis­siles MBDA té­moigne à nou­veau de l’étroi­tesse de ce lien.

Les in­cer­ti­tudes sur l’ave­nir des re­la­tions du Royaume-uni avec L’UE vont ce­pen­dant com­pli­quer la donne pour cette coo­pé­ra­tion comme pour la très bal­bu­tiante Eu­rope de la dé­fense. Très mé­fiant vis-à-vis de la dé­fense eu­ro­péenne et op­po­sé à tout ce qui pour­rait être « des du­pli­ca­tions in­utiles » de com­pé­tences avec l’al­liance at­lan­tique, Londres a sou­vent blo­qué des pro­jets. « Mais avec les Fran­çais, ils en étaient aus­si le mo­teur, même de fa­çon très im­par­faite », re­con­naît Ch­ris­tian Le­quesne, pro­fes­seur à Sciences Po Pa­ris. « Le dé­part bri­tan­nique va obli­ger l’eu­rope à faire plus pour sa dé­fense, et il met la France face à ses res­pon­sa­bi­li­tés, car elle y a un rôle ma­jeur », a ad­mis le mi­nistre de la dé­fense bri­tan­nique, Mi­chael Fal­lon. Ce der­nier veut ras­su­rer aus­si bien sur l’am­pleur de l’en­ga­ge­ment bri­tan­nique dans L’OTAN que sur le fu­tur d’une coo­pé­ra­tion de dé­fense avec Pa­ris fon­dée sur le trai­té bi­la­té­ral de Lan­cas­ter House, si­gné en 2010 pour cin­quante ans et élar­gi au nu­cléaire. « La sé­cu­ri­té l’im­pose, l’ami­tié l’exige » Membres per­ma­nents du Conseil de sé­cu­ri­té de L’ONU et puis­sances nu­cléaires, la France et le Royaume-uni ont en com­mun « de sa­voir as­su­mer le risque de la guerre ». Ces deux pays sont en outre les seuls en Eu­rope à pou­voir me­ner ra­pi­de­ment des opé­ra­tions ex­té­rieures. Dans le cadre du trai­té, ils ont ain­si mis sur pied de­puis le prin­temps une « force ex­pé­di­tion­naire com­mune in­ter­ar­mées » avec l’idée de pou­voir dé­ployer 10 000 sol­dats en com­mun en cas de crise ma­jeure. A bien des égards, on pour­rait par­ler d’une al­liance mo­dèle. « La sé­cu­ri­té l’im­pose, l’ami­tié l’exige », note le mi­nistre de la dé­fense fran­çais, Jean-yves Le Drian. Qu’il s’agisse du Proche-orient, où Fran­çais et Bri­tan­niques sont, loin der­rière les Etats-unis, les plus en­ga­gés dans la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale contre l’or­ga­ni­sa­tion Etat is­la­mique, de la lutte contre le ter­ro­risme dans le Sa­hel ou de faire face à des puis­sances éta­tiques po­ten­tiel­le­ment me­na­çantes comme la Rus­sie, Pa­ris et Londres sont au dia­pa­son. D’où les in­quié­tudes, no­tam­ment cô­té fran­çais. « Quand, avec la mise en oeuvre de l’ar­ticle 50 [sur le re­trait de L’UE], vont réel­le­ment com­men­cer les né­go­cia­tions sur le sta­tut du Royaume-uni, l’ambiance ne se­ra plus la même », re­doute un haut fonc­tion­naire, crai­gnant « une sé­rieuse pol­lu­tion de la coo­pé­ra­tion mi­li­taire ».

Sans par­ler des in­ter­ro­ga­tions crois­santes sur la ca­pa­ci­té de Londres à main­te­nir sur le long terme ses ca­pa­ci­tés de dé­fense, alors même que le coût du Brexit s’an­nonce beau­coup plus éle­vé que pré­vu. « L’opi­nion bri­tan­nique vou­dra-t-elle conti­nuer à payer pour ce qu’elle consi­dère être la sé­cu­ri­té de l’eu­rope ? », re­lève un ex­pert. Une in­ter­ro­ga­tion cru­ciale alors que nul ne sait en­core quelle se­ra l’at­ti­tude de la nou­velle ad­mi­nis­tra­tion amé­ri­caine face aux Eu­ro­péens et à L’OTAN.

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