L’UE res­serre les rangs

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Un an après les at­ten­tats de Pa­ris et huit mois après ceux de Bruxelles, l’union eu­ro­péenne pa­raît – en­fin – avoir pris conscience du phé­no­mène ter­ro­riste, et elle a agi plus vite que d’ha­bi­tude. C’est le constat que de­vaient dres­ser, hier, les 28 mi­nistres de l’in­té­rieur de L’UE avant d’exa­mi­ner le sui­vi de la vaste bat­te­rie de me­sures en­vi­sa­gées. Car au-de­là des dé­ci­sions prises, il faut s’as­su­rer qu’elles se­ront ra­pi­de­ment mises en pra­tique, ce qui est un autre dé­fi. D’au­tant que la me­nace reste évi­dente : le ren­for­ce­ment de la coo­pé­ra­tion a abou­ti, de­puis un an, à quelque 4 000 si­gna­le­ments de com­bat­tants eu­ro­péens, dont 2 500 dans les zones de conflit, et en­vi­ron 9 000 men­tions de per­sonnes soup­çon­nées de ra­di­ca­lisme. « Je ne peux pas en vou­loir à ceux qui res­tent scep­tiques, mais les at­taques qui ont eu lieu ont vrai­ment consti­tué un ré­veil pour beau­coup d’etats », ex­plique le com­mis­saire aux af­faires in­té­rieures, Di­mi­tris Avra­mo­pou­los. « L’UE et ses Etats membres ont avan­cé à marche for­cée et je n’au­rais pas ima­gi­né, il y a trois ou quatre ans, qu’ils iraient aus­si vite », ajoute Gilles de Ker­chove, le co­or­di­na­teur de la lutte an­ti­ter­ro­riste de L’UE.

Vers une banque de don­nées unique L’un des chan­ge­ments les plus spec­ta­cu­laires, confir­mé par des pro­fes­sion­nels, concerne les échanges d’in­for­ma­tions entre les services de ren­sei­gne­ment na­tio­naux, l’une des grandes la­cunes mises en évi­dence lors des at­ten­tats de Pa­ris, no­tam­ment. « Il y a plus de com­pré­hen­sion et d’ap­pé­tit pour le par­tage »,as­sure M. Avra­mo­pou­los. Un Centre eu­ro­péen de lutte an­ti­ter­ro­riste (ECTC) est en cours de ren­for­ce­ment à l’agence de po­lice com­mu­nau­taire Eu­ro­pol, à La Haye, et de­vrait de­ve­nir « la plate-forme par ex­cel­lence » pour four­nir l’ana­lyse et un sou­tien opé­ra­tion­nel, co­or­don­ner les échanges d’in­for­ma­tions et pla­ni­fier des opé­ra­tions conjointes, in­dique le com­mis­saire grec. L’ap­pel à une « coo­pé­ra­tion struc­tu­rée » for­mu­lée par les chefs d’etat en 2015 pa­raît avoir été en­ten­du. Un « groupe de haut ni­veau » consti­tué par la Com­mis­sion vise, par ailleurs, à amé­lio­rer l’in­ter­opé­ra­bi­li­té des banques de don­nées, avec l’ob­jec­tif d’ar­ri­ver, si pos­sible, à un seul grand fi­chier.

Le contrôle des fron­tières ex­té­rieures a éga­le­ment connu des amé­lio­ra­tions no­tables. Les pré­lè­ve­ments d’em­preintes sont dé­sor­mais la règle dans les « hot spots », les centres d’en­re­gis­tre­ment des mi­grants. « Notre ob­jec­tif est de réa­li­ser des contrôles sys­té­ma­tiques », confirme M. Avra­mo­pou­los. Des spé­cia­listes d’eu­ro­pol, d’eu­ro­just et du nou­veau corps eu­ro­péen de gardes-fron­tières (an­cien­ne­ment Fron­tex) y co­opèrent avec des spé­cia­listes na­tio­naux de la sé­cu­ri­té. « Il y a un an, les mondes de la mi­gra­tion et de la sé­cu­ri­té ne se par­laient pas », in­siste M. de Ker­chove. En­re­gis­tre­ment des voya­geurs dis­pen­sés de vi­sa Un sys­tème de contrôle à l’en­trée et à la sor­tie pour tous les res­sor­tis­sants de pays tiers a été mis en oeuvre et un nou­veau pro­jet, Etias, im­po­se­ra – à par­tir de 2020 en prin­cipe – un en­re­gis­tre­ment préa­lable à toutes les per­sonnes pou­vant ac­tuel­le­ment voya­ger vers l’eu­rope sans vi­sa. « Ce­la com­ble­ra notre manque ac­tuel d’in­for­ma­tion », ex­plique M. Avra­mo­pou­los.

Le « grand puzzle » qu’il dé­crit doit être com­plé­té mais les né­go­cia­tions entre la Com­mis­sion, les Etats et le Par­le­ment ne sont pas toutes clô­tu­rées. Ces ini­tia­tives concernent l’ac­qui­si­tion et la dé­ten­tion d’armes, la sanc­tion des ter­ro­ristes et de ceux qui les sou­tiennent au plan lo­gis­tique, fi­nan­cier et opé­ra­tion­nel. Le contrôle sys­té­ma­tique des Eu­ro­péens aux fron­tières reste éga­le­ment en dé­bat.

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