Mais où est donc pas­sée la lo­gique du par­te­na­riat cultu­rel ?

Le Temps (Tunisia) - - Arts & Culture - Ha­tem BOURIAL

Entre Jazz à Car­thage et les JMC, la po­lé­mique sur les dates conti­nue...

A suivre les pé­ri­pé­ties du mal­en­ten­du entre Jazz à Car­thage et les Jour­nées mu­si­cales de Car­thage, on ne peut que dé­plo­rer l'hos­ti­li­té lar­vée et les ten­ta­tives de mar­gi­na­li­sa­tion qui sont à l'oeuvre. Pour­tant, les res­pon­sables de fes­ti­vals ont un de­voir de

Après notre ar­ticle sur les rap­ports heur­tés entre Jazz à Car­thage et les Jour­nées mu­si­cales de Car­thage (JMC) et la pu­bli­ca­tion sur ces mêmes co­lonnes d'un entretien avec Ham­di Ma­kh­louf, le di­rec­teur des JMC, la ques­tion du che­vau­che­ment de ces deux fes­ti­vals mu­si­caux conti­nue à faire cou­ler de l'encre. En ef­fet, Mou­rad Ma­tha­ri, di­rec­teur et fon­da­teur de Jazz à Car­thage vient de nous contac­ter pour ap­por­ter quelques pré­ci­sions.

Les pré­ci­sions de Mou­rad Ma­tha­ri

Ces deux ma­ni­fes­ta­tions mu­si­cales doivent se dé­rou­ler qua­si­ment aux mêmes dates, au mois d'avril pro­chain, ce qui de toute évi­dence peut sus­ci­ter des craintes en ce qui concerne le bon dé­rou­le­ment de cha­cun des fes­ti­vals dans le res­pect de l'autre. Si Jazz à Car­thage oc­cupe ce cré­neau du ca­len­drier de­puis 11 ans, les JMC qui en sont à leur troi­sième édi­tion, ont aus­si choi­si d'oc­cu­per ces mêmes dates, sans se sou­cier de l'an­té­rio­ri­té de Jazz à Car­thage. A ce propos, Mou­rad Ma­tha­ri sou­ligne les consé­quences, se­lon lui, de ce che­vau­che­ment des dates et son bien-fon­dé. Il af­firme ain­si: "In­sis­ter sur le ca­rac­tère cultu­rel des JMC et jus­ti­fier l'im­pos­si­bi­li­té de les dé­ca­ler au nom de ce ca­rac­tère sous-en­ten­drait que Jazz à Car­thage n'est pas un évé­ne­ment cultu­rel. Tou­te­fois, ce ca­rac­tère cultu­rel lui a été ac­cor­dé par le Mi­nis­tère des Af­faires cultu­relles de­puis 2005 et re­nou­ve­lé chaque an­née par ce même mi­nis­tère.

Ain­si, es­sayer de dif­fé­ren­cier les JMC et Jazz à Car­thage en se ba­sant sur le cri­tère cultu­rel ne fait jus­te­ment que re­pro­duire le sché­ma de su­pré­ma­tie des évé­ne­ments cultu­rels éta­tiques sur­pro­té­gés et sou­te­nus - sur les évé­ne­ments cultu­rels pri­vés, sur­taxés et en­tra­vés". Mou­rad Ma­tha­ri pour­suit son ar­gu­men­taire en in­di­quant que: "Si Jazz à Car­thage a choi­si la deuxième se­maine d'avril - et ce de­puis plus de onze ans -, c'est que c'est ce cré­neau qui lui est le mieux adap­té. Dé­ca­ler le fes­ti­val n'est pas une op­tion en­vi­sa­geable pour Jazz à Car­thage car c'est lié à d'autres fes­ti­vals in­ter­na­tio­naux, à la dis­po­ni­bi­li­té des es­paces et celles des équipes".

La si­tua­tion res­semble fort à un dia­logue de sourds et, sans prendre par­ti, il est clair que l'an­té­rio­ri­té plaide en fa­veur de Jazz à Car­thage alors que les JMC au­raient ai­sé­ment pu choi­sir n'im­porte quelle autre se­maine du ca­len­drier y com­pris par­te­na­riat et de com­plé­men­ta­ri­té qui, dans ce cas, est mis à mal puisque, sans crier gare, les JMC se sont ap­pro­prié les dates de Jazz à Car­thage. Et dire qu'une an­née compte 52 se­maines... du­rant le mois d'avril. Se­lon de nom­breux ob­ser­va­teurs, il y au­rait an­guille sous roche et du non-dit qui pour­rait mo­ti­ver l'achar­ne­ment des JMC à dé­lo­ger Jazz à Car­thage de ses dates ha­bi­tuelles. Plus symp­to­ma­tique, il est un fait que Jazz à Car­thage est ac­tuel­le­ment en dif­fi­cul­té, que l'édi­tion 2017 de ce fes­ti­val pour­rait ne pas avoir lieu, que les spon­sors se font rares. Tou­te­fois, l'éthique cultu­relle la plus élé­men­taire com­mande de ne pas ti­rer sur les am­bu­lances et a for­tio­ri de ne pas pous­ser vers le gouffre une en­tre­prise cultu­relle en dif­fi­cul­té. C'est, se­lon notre mo­deste ap­pré­cia­tion, à ce ni­veau que le bât blesse et que la di­rec­tion des JMC conjugue faute mo­rale, en­tê­te­ment et manque d'élé­gance. Pour­quoi s'achar­ner contre un fes­ti­val consi­dé­ré à tort comme concur­rent, au point de vou­loir lui "pi­quer" ses dates tout en pous­sant des cris d'or­fraie dès que quel­qu'un s'aven­ture à en faire la re­marque? Pour­quoi deux ma­ni­fes­ta­tions mu­si­cales en ar­rivent-elles à ce point de rup­ture de dia­logue? Le rôle du ser­vice pu­blic est-il de contri­buer à tor­piller les ini­tia­tives pri­vées? En ce qui nous concerne, et tou­jours sans prendre par­ti, les faits sont tê­tus et ce sont clai­re­ment les JMC qui ont adop­té une dé­marche hos­tile.

Une ano­ma­lie re­gret­table en at­ten­dant le re­tour du res­pect mu­tuel

Il est temps pour les deux fes­ti­vals de trou­ver un mo­dus vi­ven­di et re­prendre le dia­logue même si les ca­rottes semblent cuites pour les édi­tions 2017 de ces deux ma­ni­fes­ta­tions car les pro­grammes ont été pu­bliés et dans cer­tains cas, les contrats pro­ba­ble­ment si­gnés. Il n'en reste pas moins qu'étant don­né la ra­re­té des fes­ti­vals de mu­sique contem­po­raine, c'est un crè­ve­coeur de consta­ter que les com­bats de co­qs tiennent lieu de par­te­na­riat cultu­rel. Pen­dant ce temps, le pu­blic est déso­rien­té de­vant cette im­passe même si Mou­rad Ma­tha­ri concède dans sa cor­res­pon­dance que: "Il est vrai que dans une cer­taine me­sure les deux évé­ne­ments n'ont pas le même pu­blic-cible. Ce­pen­dant, les spec­tacles pro­po­sés sur l'une ou l'autre scène peuvent at­ti­rer un même pu­blic, le cli­vage entre les styles mu­si­caux n'étant pas si her­mé­tique".

Re­marques per­ti­nentes, certes, mais qui ne font mal­heu­reu­se­ment rien avan­cer. En ef­fet, il est triste de consta­ter que sur les 52 se­maines que compte une an­née, les JMC ont choi­si, contre toute lo­gique et toute cor­dia­li­té, la seule se­maine du­rant la­quelle se dé­roule un fes­ti­val de mu­sique contem­po­raine pour choi­sir leurs dates.

Il s'agit ici non seule­ment d'une ano­ma­lie re­gret­table mais aus­si d'un man­que­ment à l'éthique. C'est là notre point de vue de mé­dia­teur et, tout en étant ou­vert à la dis­cus­sion, nous ne pou­vons que dé­plo­rer L'OPA hos­tile d'un fes­ti­val sur un autre. Ce­ci car nous croyons en la culture et en la né­ces­si­té pour les ac­teurs dans ce do­maine d'ac­cor­der leurs vio­lons dans le res­pect mu­tuel et ce­lui des at­tentes du pu­blic.

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