L’étau se res­serre sur Syrte

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Après six mois de com­bats achar­nés, les forces li­byennes sont en passe de re­prendre Syrte, bas­tion des ter­ro­ristes de l’etat is­la­mique en Li­bye, qui s’est ré­duit comme peau de cha­grin et dont le sort illustre le re­flux gé­né­ral de l’or­ga­ni­sa­tion dji­ha­diste. Res­pon­sables amé­ri­cains et li­byens en sont convain­cus, la vic­toire est à por­tée de main face à un noyau d’ir­ré­duc­tibles re­tran­chés dans un fort Ala­mo d’en­vi­ron un ki­lo­mètre car­ré. L’âpre­té et la du­rée des com­bats me­nés dans cette ville cô­tière de Li­bye consti­tuent les signes avant­cou­reurs de la tâche qui at­tend les forces ira­kiennes et leurs al­liés pour re­prendre Mos­soul, ca­pi­tale de fait de L’EI dans le nord de l’irak. «On fait face à une ré­sis­tance in­croyable», ad­met Os­sa­ma Is­sa, un homme d’af­faires de 37 ans qui com­bat avec les forces li­byennes à Ghi­za, der­nier quar­tier de la ville sur le­quel flotte en­core le pa­villon noir des dji­ha­distes. «Ils n’aban­donnent pas leurs po­si­tions même quand les mai­sons s’ef­fondrent sur eux. Ils savent que de toute fa­çon ils vont mou­rir, alors ils se battent», ex­plique-t-il.

Cette conquête, dont per­sonne n’avait an­ti­ci­pé la du­rée, a été payée chè­re­ment par les forces li­byennes : au moins 660 morts et 3.000 bles­sés. Les com­bat­tants de L’EI ont dé­mon­tré leur ap­ti­tude à la gué­rilla ur­baine et mis en lu­mière la vul­né­ra­bi­li­té de leurs ad­ver­saires. Les cen­taines de bom­bar­de­ments aé­riens de l’avia­tion amé­ri­caine n’ont été, au fi­nal, que d’une ef­fi­ca­ci­té li­mi­tée pour dé­lo­ger les in­sur­gés.

L’autre en­sei­gne­ment de la ba­taille de Syrte porte sur le ca­rac­tère es­sen­tiel de l’en­cer­cle­ment des re­belles dont le nombre est au­jourd’hui es­ti­mé à en­vi­ron 400 par un haut gra­dé li­byen.

Lors de l’of­fen­sive, nombre de ter­ro­ristes sont par­ve­nus à fuir et mènent dé­sor­mais des at­taques der­rière la ligne de front avec des en­gins ex­plo­sifs tou­jours plus per­fec­tion­nés, com­pli­quant l’avan­cée des forces li­byennes.

La du­re­té des com­bats exa­cerbe en outre les ri­va­li­tés entre les dif­fé­rentes fac­tions unies dans la lutte contre les is­la­mistes. Cet as­pect ne de­vrait pas être né­gli­gé par la coa­li­tion très hé­té­ro­gène qui tente de re­prendre Mos­soul. L’ar­mée ira­kienne bé­né­fi­cie de l’ap­pui de mi­lices chiites et de pesh­mer­gas kurdes sur un théâtre d’opé­ra­tions où la Tur­quie, éga­le­ment en­ga­gée dans le pro­ces­sus, ré­clame le droit de pro­té­ger les po­pu­la­tions sun­nites lo­cales. La prise de Syrte au­rait va­leur de sym­bole, ce­lui de l’in­ca­pa­ci­té de l’or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste à s’ex­por­ter et à s’im­plan­ter du­ra­ble­ment dans des pays autres que ceux - la Sy­rie et l’irak - sur les­quels elle a pro­cla­mé son ca­li­fat.

«Une sale guerre»

Une chute éven­tuelle de Mos­soul dans un ave­nir proche consti­tue­rait un re­vers ma­jeur pour les ter­ro­ristes, dont la ca­pa­ci­té à re­cru­ter de nou­veaux com­bat­tants se­rait cer­tai­ne­ment amoin­drie.

A Syrte, la re­con­quête se pour­suit rue par rue, pas à pas, dans le quar­tier de Ghi­za in­fes­té de ti­reurs em­bus­qués et d’en­gins pié­gés. Les dji­ha­distes cir­culent entre les im­meubles au moyen de tun­nels.

«La nuit, on les en­tend crier dans notre di­rec­tion. Ils disent qu’ils vont ve­nir nous tuer», ra­conte As­rouf al Kat, un étu­diant com­bat­tant. «Il y a des sni­pers, des mines. On avance, ils nous lancent des gre­nades. C’est une sale guerre», ad­met-il. Le chef de l’etat is­la­mique, Abou Ba­kr al Bagh­da­di, a de nouveau ap­pe­lé ce mois-ci ses fi­dèles à se rendre en Li­bye pour com­battre. Ce n’est pas la pre­mière fois qu’il se tourne vers des candidats au dji­had ve­nus de Tu­ni­sie, du Sou­dan ou d’egypte mais il semble que l’es­poir ait chan­gé de camp.

«Syrte de­vait être une po­si­tion de re­pli à par­tir de l’irak et de la Sy­rie. C’est fi­ni», ex­plique Geoff Por­ter, de North Afri­ca Risk Con­sul­ting, so­cié­té spé­cia­li­sée dans les risques po­li­tiques en Afrique du Nord et au Sa­ha­ra.

«Sur le plan stra­té­gique, l’etat is­la­mique pou­vait prendre Syrte comme exemple et dire à ses fi­dèles que les choses de­ve­naient glo­bales et qu’elles al­laient crois­sant. Ce n’est plus pos­sible main­te­nant», conti­nue Geoff Por­ter. Se­lon des res­pon­sables du ren­sei­gne­ment des bri­gades de Mis­ra­ta, les ter­ro­ristes ont, à un mo­ment don­né, comp­té jus­qu’à 2.500 hommes, des étran­gers pour la plu­part, à Syrte, une agglomération de 80.000 ha­bi­tants.

En face d’eux, les forces li­byennes sont consti­tuées prin­ci­pa­le­ment de ci­vils qui avaient com­bat­tu l’an­cien dic­ta­teur Mouam­mar Kadha­fi et ont re­pris les armes lorsque L’EI a commencé à s’im­plan­ter dans le pays.

Les forces mi­li­taires de la Li­bye, avec le sou­tien in­ter­na­tio­nal, avancent dans le quar­tier de Ghi­za Bah­riya, dans la ville de Syrte.

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