Oba­ma et les di­ri­geants eu­ro­péens face à Trump

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Ce de­vait être un adieu ; ce fut aus­si une mise en garde. Pour Ba­rack Oba­ma, An­ge­la Mer­kel, Fran­çois Hol­lande, The­re­sa May, Mat­teo Ren­zi et Ma­ria­no Ra­joy, le som­met or­ga­ni­sé à Ber­lin, n’a pas été qu’une simple prise de congé. Ul­time étape de la der­nière vi­site du pré­sident amé­ri­cain en Eu­rope avant son dé­part de la Mai­son Blanche, la ren­contre, qui a du­ré deux heures, a éga­le­ment don­né l’oc­ca­sion aux par­ti­ci­pants de rap­pe­ler à Do­nald Trump, dix jours après son élec­tion, les prin­cipes et les en­ga­ge­ments qui fondent, à leurs yeux, la re­la­tion trans­at­lan­tique.

Sans ci­ter di­rec­te­ment le pré­sident élu des Etats-unis, qui pren­dra ses fonc­tions le 20 jan­vier 2017, les six di­ri­geants ont pas­sé en re­vue les su­jets sur les­quels ils craignent un chan­ge­ment de cap des Etats-unis. L’OTAN, d’abord. Pen­dant sa cam­pagne, M. Trump avait qua­li­fié l’al­liance at­lan­tique d’« ob­so­lète et coû­teuse ». Ven­dre­di, M. Oba­ma et ses ho­mo­logues eu­ro­péens ont, au contraire, « ré­af­fir­mé l’im­por­tance de la pour­suite de la co­opé­ra­tion mul­ti­la­té­rale, y com­pris dans le cadre de L’OTAN », a in­di­qué la Mai­son Blanche. La Rus­sie, en­suite. Face au rap­pro­che­ment qui se pro­file entre M. Trump et Vla­di­mir Pou­tine, les six di­ri­geants ont in­sis­té sur « la né­ces­si­té de conti­nuer à mettre la pres­sion » sur Mos­cou. Au su­jet de l’ukraine d’une part, en rap­pe­lant que les sanc­tions contre la Rus­sie doivent res­ter en vi­gueur jus­qu’à la mise en oeuvre des ac­cords de Minsk, si­gnés en 2014 et des­ti­nés à mettre un terme au conflit dans l’est du pays ; sur la Sy­rie d’autre part, en ap­pe­lant de nou­veau à « l’ar­rêt im­mé­diat » des at­taques du ré­gime de Ba­char Al-as­sad et de ses al­liés russe et ira­nien contre Alep. M. Trump se­ra-t-il sen­sible à ces mes­sages ? Il est per­mis d’en dou­ter. Quelle por­tée, en ef­fet, peut avoir un som­met réunis­sant un pré­sident amé­ri­cain sur le dé­part, un pré­sident fran­çais af­fai­bli au point de n’être même pas as­su­ré de pou­voir se por­ter can­di­dat à sa ré­élec­tion, un pré­sident du con­seil ita­lien en­ga­gé dans une cam­pagne ré­fé­ren­daire à l’is­sue in­cer­taine, un chef du gou­ver­ne­ment es­pa­gnol à la tête d’un gou­ver­ne­ment mi­no­ri­taire après des mois de crise po­li­tique, une chan­ce­lière al­le­mande dont le troi­sième man­dat ar­rive bien­tôt à son terme – tou­jours cri­ti­quée pour sa po­li­tique à l’égard des ré­fu­giés – et une pre­mière mi­nistre bri­tan­nique char­gée de faire sor­tir son pays de l’union eu­ro­péenne ?

« In­tense lob­bying »

Mar­gi­na­li­sée par la pré­émi­nence du duo Oba­ma-mer­kel, The­re­sa May a pei­né à convaincre que le Royaume-uni post-brexit al­lait res­ter en­ga­gé au­près des Eu­ro­péens « sur L’EI [or­ga­ni­sa­tion Etat is­la­mique], la Sy­rie, la Rus­sie et les mi­gra­tions », d’au­tant que les mé­dias bri­tan­niques et Dow­ning Street ont ten­dance à de­ve­nir mo­no­ma­niaques du Brexit. Les dé­cla­ra­tions du mi­nistre al­le­mand des fi­nances, Wolf­gang Schäuble, ven­dre­di dans le Fi­nan­cial Times, se­lon les­quelles Londres de­vrait choi­sir entre « la to­ta­li­té du me­nu » de L’UE « ou rien », ont été per­çues comme le signe que Ber­lin – « à la suite de l’in­tense lob­bying de Fran­çois Hol­lande » se­lon le jour­nal – avait adop­té une po­si­tion dure sur le Brexit.

Tra­di­tion­nel­le­ment an­ti­al­le­mands, les ta­bloïds s’en donnent à coeur joie. Sous une pho­to de Mme Mer­kel af­fi­chant une moue ap­puyée à l’égard de Mme May, le Dai­ly Mail a dé­crit la pre­mière mi­nistre bri­tan­nique « en­trant dans la fosse aux lions » à Ber­lin et lui re­proche de « tendre l’autre joue » face à la chan­ce­lière. Seul res­pon­sable po­li­tique bri­tan­nique à com­men­ter le som­met de Ber­lin, Ni­gel Fa­rage (ex­trême droite) a qua­li­fié les di­ri­geants eu­ro­péens de « pauvres ché­ris dans le dé­ni » des bou­le­ver­se­ments de 2016.

Mer­kel, « la plus so­lide »

At­ta­ché à cé­lé­brer l’uni­té de l’eu­rope, M. Oba­ma n’a pu, en réa­li­té, que consta­ter sa fra­gi­li­té. « Oba­ma est ve­nu à Ber­lin car Mer­kel est, à ses yeux, celle qui est la plus so­lide pour dé­fendre la com­mu­nau­té de va­leurs sur les­quelles est fon­dée la re­la­tion trans­at­lan­tique », ex­plique Alexan­dra de Hoop Schef­fer, di­rec­trice du bu­reau pa­ri­sien du Ger­man Mar­shall Fund of the Uni­ted States (GMF), un centre de re­cherche amé­ri­cain dont l’ob­jec­tif est de ren­for­cer la co­opé­ra­tion entre l’eu­rope et les Etats-unis. « Mais ce que sa vi­site a rap­pe­lé, pré­cise-t-elle, c’est que cette com­mu­nau­té de va­leurs est au­jourd’hui à bout de souffle. »

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