Car­net des JTC

Le Temps (Tunisia) - - Arts & Culture -

‘’Comme tout le monde’’… Une im­mer­sion dans l’uni­vers de Brecht

Ber­tolt Brecht était bien pré­sent lun­di 21 no­vembre 2016 à tra­vers la pièce « Comme tout le monde » pré­sen­tée par le Stu­dio- Théâtre du centre de la créa­ti­vi­té ar­tis­tique avec l’ap­pui de la Caisse de la pro­mo­tion cultu­relle d’egypte. En par­tant du texte cher aux dra­ma­turges contem­po­rains « L’ex­cep­tion et la règle » écrit par Brecht en 1930, Le met­teur en scène Ha­ni Afi­fi s’est lan­cé dans une construc­tion dra­ma­tur­gique en sui­vant à la lettre le style Brech­tien qui rompt avec la re­pré­sen­ta­ti­vi­té en fa­veur d’une dis­tan­cia­tion qui in­vite le spec­ta­teur à la cri­tique et la ré­flexion. Adap­té par Ab­del­ghaf­far Mak­kaoui, le texte de Brecht prend tout son sens dans cette pièce char­gée de mé­ta­phores sur l’ac­tua­li­té du monde arabe et ses maux mul­tiples. Sur scène, avec un dé­cor pres­qu’absent, Hi­chem Is­maïl, Cha­di Ab­del Sa­lem, Ah­med Sel­kaoui, Ma­her Mah­moud, Sa­ra He­ri­di, Ka­rim Ya­hia, Sa­ra Adel ont pous­sé à fond l’art du co­mé­dien dans un jeu où la di­dac­tique se mé­lange à l’es­thé­tique par fi­dé­li­té à l’école brech­tienne. Plus de soixante-dix mi­nutes de jeux, d’illu­sion de mou­ve­ment et de dia­logues pour construire la re­la­tion conflic­tuelle qui de tout temps a nour­ri les rap­ports entre riches et pauvres entre l’au­to­ri­té et les su­jets. A l’école de Brecht, les co­mé­diens ra­content et c’est ce qu’ils ont fait ce soir en bro­dant l’his­toire d’un mar­chand dé­si­reux d’ache­ter une conces­sion pé­tro­lière. Au cours de son voyage à tra­vers le dé­sert, il tra­verse les terres éten­dues peu­plées de créa­tures mons­trueuses. Son ob­ses­sion fi­nit par l’aveu­gler et le pousse à ren­voyer son guide et mal­trai­ter son por­teur pour­tant do­cile.

« Ton pied, mon pied » à El Ham­ra

Les spec­tacles afri­cains conti­nuent à faire le bon­heur du grand pu­blic. Le spec­tacle « Ton pied, mon pied », pré­sen­té hier sur la scène du théâtre « El Ham­ra » et qui porte la si­gna­ture de la ta­len­tueuse ar­tiste Were were Li­king n’a pas dé­ro­gé à la règle. La sa­gesse afri­caine et le bon hu­mour ont été les deux mots clés d’un spec­tacle qui a te­nu toutes ses pro­messes. Spec­tacle de ma­rion­nettes où tous les hé­ros sans ex­cep­tion sont des pieds, « Ton pied, mon pied » traite de l’union et de la so­li­da­ri­té, ap­pelle à la co­hé­sion et l’en­traide. Que des pieds sur scène du­rant une cin­quan­taine de mi­nutes. Des pieds qui pro­testent, se ré­voltent, s’au­to­cri­tiquent, se dis­putent, se ré­con­ci­lient… La rei­ne­mère Were were Li­king, l’une des sages de l’afrique, fon­da­trice éga­le­ment de la troupe Ki Yi M’bock ba­sée à Abid­jan joue de l’ex­pres­sion « Mon pied, ton pied », ex­pres­sion ty­pi­que­ment ivoi­rienne qui a été em­ployée dif­fé­rem­ment pour sou­li­gner l’im­por­tance de l’union pour pou­voir vivre. C’est le cas de ce corps dont les membres ne cessent de se dis­pu­ter… Ima­gi­nez l’état de ce corps dont les pieds sont tout le temps en désac­cord. Usant du lan­gage fa­mi­lier, axant son his­toire sur le jeu des ma­rion­nettes, Were were Li­king a vou­lu abor­der de ma­nière al­lé­go­rique tout ce que nous vi­vons un peu par­tout.

Speed- mee­ting Si les « show­case » ont été ré­ser­vées uni­que­ment aux ar­tistes tu­ni­siens qui n’ont pas pu fi­gu­rer sur le ca­ta­logue de l’édi­tion, les « Speed- mee­ting » ont été ou­verts à toutes les com­pa­gnies théâ­trales pré­sentes aux JTC, aus­si bien tu­ni­siennes qu’étran­gères. Que des « Face à Face », c’est le prin­cipe de ces ren­contres fur­tives et suc­ces­sives entre créa­teurs et pro­gram­ma­teurs et les tour­neurs ve­nant de tout ho­ri­zon. Cho­ré­graphe tu­ni­sien de re­nom­mée in­ter­na­tio­nale, Imed Je­maâ a été pré­sent à l’oc­ca­sion pour pré­sen­ter dans les dé­tails son « Pu­blic », créa­tion d’une du­rée de presque une heure et où il s’in­ter­roge sur la re­la­tion entre toute créa­tion ar­tis­tique et le pu­blic. Imed Je­maâ n’a pas été le seul cho­ré­graphe à prendre part à cette sec­tion. L’équipe de la créa­tion de danse contem­po­raine « Gha­fla » n’a pas ra­té l’oc­ca­sion. Ar­més des dos­siers de presse, ils ont été prêts pour ren­con­trer les pro­gram­ma­teurs in­ter­na­tio­naux, es­pé­rant pou­voir of­frir à leur spec­tacle des ailes, de pou­voir dan­ser sous autres cieux et de ren­con­trer d’autres pu­blics. Ta­len­tueux met­teur en scène dont l’oeuvre « On ne pas être » a drai­né l’im­mense foule lors de sa re­pré­sen­ta­tion, Anouar Chaâ­fi a été au ren­dez-vous pour ra­con­ter aux pro­gram­ma­teurs cette ren­contre in­édite entre les per­son­nages de quatre oeuvres- phares du ré­per­toire sha­kes­pea­rien, à sa­voir « Ham­let », « Othel­lo », « Le Roi Lear » et « Ro­méo et Ju­liette » et les rai­sons pour les­quelles, il a choi­si de lais­ser ces hommes et femmes sus­pen­dus entre ciel et terre.

Dé­cla­ra­tion de Car­thage pour la pro­tec­tion des ar­tistes en si­tua­tion de vul­né­ra­bi­li­té

Le mi­nistre des af­faires cultu­relles Lun­di l'ap­pui du mi­nis­tère à la "Dé­cla­ra­tion de Car­thage pour la pro­tec­tion des ar­tistes en si­tua­tion de vul­né­ra­bi­li­té" et la vo­lon­té de la faire connaitre à plus large échelle, et ce, lors de la clô­ture lun­di de la ren­contre pro­fes­sion­nelle des di­rec­teurs de fes­ti­vals. Or­ga­ni­sée dans le cade de la 18ème édi­tion des Jour­nées théâ­trales de Car­thage, la clô­ture s'est dé­rou­lée en pré­sence d’un grand nombre d’ar­tistes, d’hommes de culture et de créa­teurs de pays arabes et afri­cains ain­si que des re­pré­sen­tants de plu­sieurs or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales et com­po­santes de la société ci­vile ac­tive dans le do­maine ar­tis­tique. Lan­cée lors des 17ème jour­nées théâ­trales de Car­thage pla­cée sous le signe "Le théâtre et les droits de l'homme", la Dé­cla­ra­tion de Car­thage, éla­bo­rée en 2015 par un groupe d’ar­tistes, d’uni­ver­si­taires et de mi­li­tants tu­ni­siens pour les droits des ar­tistes, est ve­nue sou­li­gner qu’il est tout aus­si né­ces­saire qu’urgent de consa­crer un do­cu­ment ap­pe­lant à la "pro­tec­tion des ar­tistes per­sé­cu­tés, en si­tua­tion de vul­né­ra­bi­li­té, d’in­sé­cu­ri­té et de pré­ca­ri­té, en si­tua­tion pé­rilleuse, dans les zones à risque et dans les zones de conflits ar­més", et de prendre les me­sures ap­pro­priées et d’ins­ti­tuer des mé­ca­nismes spé­ci­fiques pour as­su­rer cette pro­tec­tion.

La Dé­cla­ra­tion de­vrait être adop­tée par l’or­ga­ni­sa­tion de Na­tions Unies en sep­tembre 2018, par­tant de la convic­tion qu’il "est im­pé­ra­tif que la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale puisse s’en­ga­ger po­si­ti­ve­ment pour les droits des ar­tistes dans le monde, no­tam­ment dans les zones de conflit, où ils sont de plus en plus ex­po­sés à des actes in­to­lé­rables por­tant at­teinte à leur in­té­gri­té phy­sique et mo­rale, les pri­vant du droit de créer li­bre­ment.

A cet ef­fet, le mi­nistre a te­nu à pré­ci­ser que le rôle du mi­nis­tère consiste à dé­ployer tous les ef­forts né­ces­saires pour pro­té­ger l'ar­tiste en lui of­frant un cadre pro­pice à la créa­tion et la créa­ti­vi­té, par­tant de la convic­tion que leur pro­tec­tion est une res­pon­sa­bi­li­té col­lec­tive, qui né­ces­site le concours de toutes les au­to­ri­tés éta­tiques, gou­ver­ne­men­tales et ci­viles, ce qui cadre par­fai­te­ment avec l'es­prit de la Dé­cla­ra­tion.

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