Ti­ming dou­teux et des­seins sca­breux !...

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Nou­red­dine HLAOUI

Tout le monde s'ac­corde à re­le­ver avec sur­prise et éton­ne­ment, la re­cru­des­cence, du­rant ces der­niers jours, des mou­ve­ments so­ciaux de fa­çon à sus­ci­ter l'in­quié­tude et le doute quant à l'exis­tence de « cer­taines forces » qui se­raient en train d'en ti­rer les fi­celles tel­le­ment ces mou­ve­ments sont nom­breux et si­mul­ta­nés. On ci­te­ra, d'abord la po­si­tion, par ailleurs com­pré­hen­sible, mais trop in­tran­si­geante de l'union gé­né­rale tu­ni­sienne du tra­vail (UGTT) qui re­fu­se­rait tout re­port, même pas d'un seul mois, du paie­ment des ma­jo­ra­tions sa­la­riales confor­mé­ment à un ac­cord dé­jà si­gné avec le gou­ver­ne­ment Ha­bib Es­sid alors qu'il se se­rait en­ga­gé au­près du Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal (FMI) à un gel de toute aug­men­ta­tion des sa­laires. Et d'un !

Tout le monde s’ac­corde à re­le­ver avec sur­prise et éton­ne­ment, la re­cru­des­cence, du­rant ces der­niers jours, des mou­ve­ments so­ciaux de fa­çon à sus­ci­ter l’in­quié­tude et le doute quant à l’exis­tence de « cer­taines forces » qui se­raient en train d’en ti­rer les fi­celles tel­le­ment ces mou­ve­ments sont nom­breux et si­mul­ta­nés.

On ci­te­ra, d’abord la po­si­tion, par ailleurs com­pré­hen­sible, mais trop in­tran­si­geante de l’union gé­né­rale tu­ni­sienne du tra­vail (UGTT) qui re­fu­se­rait tout re­port, même pas d’un seul mois, du paie­ment des ma­jo­ra­tions sa­la­riales confor­mé­ment à un ac­cord dé­jà si­gné avec le gou­ver­ne­ment Ha­bib Es­sid alors qu’il se se­rait en­ga­gé au­près du Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal (FMI) à un gel de toute aug­men­ta­tion des sa­laires. Et d’un !

Pour sa part, le Conseil na­tio­nal de l’ordre des avo­cats a en­ta­mé, de­puis hier mer­cre­di 23 no­vembre 216, une grève, dont la du­rée n’a pas été dé­ter­mi­née, sciem­ment ou non, pour pro­tes­ter contre l’im­po­si­tion de la cor­po­ra­tion telle qu’elle est pré­vue dans le pro­jet de la loi des fi­nances 2017, et ce suite à l’im­passe dans la­quelle se sont en­gluées les né­go­cia­tions avec le gou­ver­ne­ment sur ce dos­sier. Com­bien du­re­ra ce dé­brayage ? On n’en sait rien, mais se­lon les der­nières in­for­ma­tions, il risque de du­rer as­sez long­temps si au­cun ac­cord n’est pas trou­vé, se­lon une me­nace du conseil de l’ordre. Et se­lon les nou­velles d’hier en mi­lieu de jour­née, le sit-in or­ga­ni­sé par les hommes en robe noire de­vant le siège de l’as­sem­blée des re­pré­sen­tants du peuple (ARP) a se­mé la pa­nique et la confu­sion sur les lieux au Bar­do lorsque cer­tains avo­cats au­raient ten­té d’es­ca­la­der le siège de l’as­sem­blée. Et de deux ! C’est en­core en ces mo­ments pré­cis que les pro­prié­taires de taxis in­di­vi­duels ont lan­cé un pré­avis de grève de trois jours, en l’oc­cur­rence les 28, 29 et 30 no­vembre 2016. Une grève qui coïn­cide avec la te­nue de la confé­rence in­ter­na­tio­nale sur l’in­ves­tis­se­ment !!! C’est l’union na­tio­nale des taxis in­di­vi­duels qui a lan­cé ce mot d’ordre et non la Fé­dé­ra­tion syn­di­cale des pro­prié­taires des taxis in­di­vi­duels re­le­vant de L’UTI­CA qui avait dé­jà dé­clen­ché une grève le 31 oc­tobre der­nier pour pro­tes­ter contre la sé­vé­ri­té des agents de l’ordre et le mon­tant éle­vé des amendes sanc­tion­nant les contra­ven­tions.. Et de trois ! Et ce n’est pas tout. Une re­prise des mou­ve­ments des élèves vient d’être si­gna­lée un peu par­tout à tra­vers les ly­cées et col­lèges du pays avec la sor­tie de ces jeunes dans les rues pour crier leur ras-le-bol et leur contes­ta­tion contre le sys­tème des exa­mens, mais aus­si et sur­tout pour ré­cla­mer et ap­pe­ler à… la chute du gou­ver­ne­ment. Ni plus, ni moins.

Ain­si, ces jeunes, re­pré­sen­tant une frange fa­cile à ma­ni­pu­ler, sont ex­ploi­tés pour mettre de l’huile sur le feu et faire ac­cen­tuer la ten­sion, dé­jà as­sez grande comme elle l’est afin de mettre un peu plus de pres­sion sur les gou­ver­nants. Et de quatre ! Sans ou­blier de rap­pe­ler que la Cen­trale syn­di­cale en­vi­sage, d’ores et dé­jà, le re­cours à la grève gé­né­rale qui de­vrait être dé­clen­chée pas plus tard que le 8 dé­cembre pro­chain. Et de cinq !

La fuite en avant

Il est in­dé­niable que la si­tua­tion éco­no­mique et so­ciale est dif­fi­cile et grave. Mais au lieu d’es­sayer d’at­té­nuer les ten­sions et de conju­guer les ef­forts pour trou­ver des so­lu­tions loin de toute cris­pa­tion et autre sur­en­chère, cer­taines par­ties semblent op­ter pour la fuite en avant dans un bras de fer à l’is­sue in­cer­taine pour tous. Et au lieu de re­tour­ner au dia­logue pour ten­ter de trou­ver une solution fiable et viable aux pro­blèmes réels, cer­taines par­ties « in­vi­sibles » main­tiennent une pres­sion in­sou­te­nable. Car, il est évident que, face à la gra­vi­té de la crise que tra­verse le pays, tous ces mou­ve­ments so­ciaux ne peuvent qu’at­ti­ser le mé­con­ten­te­ment de la po­pu­la­tion et ag­gra­ver le ma­laise dans le pays.

Et au risque d’être ac­cu­sé d’adhé­rer à la théo­rie du com­plot, force est de re­con­naître que toutes ces agi­ta­tions in­ter­viennent à la veille d’un évé­ne­ment ma­jeur et cru­cial pour l’ave­nir de la Tu­ni­sie, à sa­voir la te­nue à Tu­nis, les 29 et 30 no­vembre cou­rant, de la Confé­rence in­ter­na­tio­nale de l’in­ves­tis­se­ment « Tu­ni­sia 2020 » qui porte de grands es­poirs en vue de contri­buer à la sor­tie de la crise éco­no­mique du pays en lui per­met­tant de le­ver les fonds né­ces­saires à la créa­tion de grands pro­jets de dé­ve­lop­pe­ment. Ce qui se­rait sy­no­nyme de créa­tion de postes d’em­ploi et d’aug­men­ta­tion de la crois­sance et des ri­chesses. Quelle image don­ne­rait-on de la Tu­ni­sie si les par­ti­ci­pants à cette ma­ni­fes­ta­tion de « Tun­siia 2020 » trouvent un pays où l’ac­ti­vi­té quo­ti­dienne est pa­ra­ly­sée par une grève des taxis, ce moyen in­dis­pen­sable pour la bonne marche de la dy­na­mique éco­no­mique ?! Quelle image don­ne­rait-on de la Tu­ni­sie si nos hôtes as­sis­te­raient à des mou­ve­ments pro­tes­ta­taires de nos élites, en l’oc­cur­rence les avo­cats et les mé­de­cins ?!

Les Tu­ni­siens sont ap­pe­lés à réa­li­ser que le cor­po­ra­tisme, les in­té­rêts étri­qués et le cha­cun pour soi ne sont plus in­ac­cep­tables, ni to­lé­rables. Une chose est cer­taine, quels qu’en soient les des­sous de ces mou­ve­ments, leur ti­ming est dou­teux voire in­ten­tion­nel puis­qu’il coïn­cide, comme pré­cé­dem­ment men­tion­né, avec la confé­rence in­ter­na­tio­nale sur l’in­ves­tis­se­ment au cours de la­quelle on at­tend la vi­site de mil­liers de vi­si­teurs étran­gers qui ne com­pren­draient pas une pa­reille ef­fer­ves­cence so­ciale de la part d’un pays qui as­pire à at­ti­rer les in­ves­tis­seurs in­ter­na­tio­naux.

En tout état de cause, il est im­pé­ra­tif pour toutes les forces vives du pays de prendre conscience que la si­tua­tion est dan­ge­reuse et que l’heure est grave. C’est dire qu’il ne faut pas souf­fler sur les braises. Si­non tout le monde va se faire brû­ler et ce se­ra tout le pays qui ira à sa perte. Aus­si­chaque par­tie de­vrai­telle mettre du sien pour me­ner notre ba­teau à bon port.

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