Les ani­maux sont-ils vrai­ment en dan­ger ?

Le Temps (Tunisia) - - Proximite -

Des­ti­na­tion do­mi­ni­cale pré­fé­rée des fa­milles mo­destes, le parc zoo­lo­gique de la ville de Tu­nis est, à la veille des va­cances sco­laires, poin­té du doigt pour né­gli­gence et sé­ques­tra­tion d’ani­maux dans de mau­vaises condi­tions. Créé en 1963, le « zoo », comme se plaisent à l’ap­pe­ler les Tu­ni­siens, fait de­puis quelques mois l’ob­jet d’une pé­ti­tion en ligne ap­pe­lant à sa fer­me­ture. Dans la lettre adres­sée aux res­pon­sables, on peut lire : « Les fauves sont d’une mai­greur in­ima­gi­nable. C’est im­pen­sable de lais­ser ces ani­maux aban­don­nés à leur sort sans leur don­ner les soins né­ces­saires et bien les en­tre­te­nir. Ren­dez la li­ber­té à ces ani­maux qui souffrent ! » La pé­ti­tion, qui a ob­te­nu jus­qu’ici plus de 12.000 si­gna­tures, est si­gnée par Ka­tie Man­sou­ri, de Seine Saint-de­nis, qui se pré­sente en tant que passionnée de la vie ani­male. Quand a-t-elle vi­si­té le zoo de Tu­nis pour la der­nière fois ? S’y est-elle vrai­ment ren­due et a-t-elle consta­té de vi­su l’état la­men­table des ani­maux ou est-ce là de simples al­lé­ga­tions por­tées à tort contre l’un des en­droits les plus fré­quen­tés de Tu­nis ?

Pour y voir plus clair, une vi­site au parc zoo­lo­gique s’est im­po­sée. Une fois le ti­cket, à 1.1 D, en poche, di­rec­tion les fé­lins pour voir si la pho­to du lion sque­let­tique, ac­com­pa­gnant la pé­ti­tion, était bien réelle. Dans les cages, im­pec­ca­ble­ment nettoyées, lions, lynx et léo­pards se dorent au so­leil. Ils sont calmes et bien por­tants, ni maigres, ni obèses. Plus loin, pla­cé dans une aire boi­sée, un tigre ap­pa­raît, lui aus­si en pleine forme. En 2011, cer­taines voix se sont éle­vées, dé­non­çant l’amor­phie des fauves dans leurs cages. In­ter­ro­gé à ce pro­pos, l’an­cien di­rec­teur du zoo avait alors ré­pon­du que c’était la na­ture même des fé­lins de ne com­men­cer à se mou­voir qu’à l’ap­proche des heures de re­pas. Concer­nant l’exi­guï­té des cages, il avait af­fir­mé que seuls les gué­pards avaient be­soin d’es­pace.

Pour­sui­vant notre vi­site, il nous a été pos­sible de vé­ri­fier que les en­clos et autres es­paces ou­verts dans les­quels évo­luaient les ani­maux, no­tam­ment les singes, les ours, les au­truches et les hip­po­po­tames étaient cor­rec­te­ment net­toyés. Idem pour ce­lui des dro­ma­daires. Même les es­paces ré­ser­vés aux san­gliers, mal­gré leur odeur fé­tide, étaient propres. La terre sous les cerfs semble avoir été frai­che­ment re­tour­née. Ici et là, des paons se ba­la­daient tran­quille­ment, fan­fa­ron­nant avec leurs queues ou­vertes en éven­tail, pour le plus grand bon­heur des quelques vi­si­teurs du mi­di.

«Nous n’avons rien à ca­cher»

Ce n’est pas la pre­mière fois que les mi­li­tants de la cause ani­male font le pro­cès du zoo de Tu­nis. In­ter­ro­gé sur la pé­ti­tion en ques­tion, Dr Mah­moud Laâ­ti­ri, ac­tuel di­rec­teur du parc zoo­lo­gique de Tu­nis, a ac­cep­té de ré­pondre à nos ques­tions, non sans avoir émis un cer­tain nombre de ré­serves au dé­but de l’en­tre­tien. Il ex­pli­que­ra ain­si ses pre­mières ré­ti­cences : « Nous sommes près de vingt-cinq sa­la­riés au zoo et four­nis­sons tous de grands ef­forts pour te­nir au propre l’en­droit et prendre bien soin des ani­maux. C’est vrai­ment dé­cou­ra­geant de tom­ber par la suite sur des pé­ti­tions et des ar­ticles qui se basent sur des al­lé­ga­tions et qui nous ac­cusent de mal­trai­tance. Cette pho­to du lion sque­let­tique a été prise dans un autre zoo, pro­ba­ble­ment au Yé­men. » Il ajou­te­ra : « Nous n’avons rien à ca­cher. S’ils le dé­si­rent, nous in­vi­tons les res­pon­sables des as­so­cia­tions de dé­fense de la cause ani­male à ve­nir s’as­su­rer par eux-mêmes des bonnes condi­tions dans les­quelles vivent les ani­maux et de la qua­li­té de la nour­ri­ture qui leur est pro­po­sée. D’ailleurs, s’ils étaient mal­trai­tés, af­fa­més et sé­ques­trés dans de tous pe­tits box, ils ne se re­pro­dui­raient pas. Tous les vé­té­ri­naires pour­ront confir­mer que la re­pro­duc­tion est le plus grand luxe chez l’ani­mal. » En­fin, concer­nant les pho­tos pu­bliées mon­trant des cages sales et des es­paces jon­chés de dé­chets, Dr Laâ­ti­ri a dé­cla­ré : « Nous fai­sons de notre mieux pour net­toyer le zoo et sen­si­bi­li­ser les vi­si­teurs sur l’im­por­tance de lais­ser l’en­droit propre et de ne pas je­ter de fruits, de bis­cuits et toutes sortes d’ob­jets aux ani­maux en cage. Nous n’avons pas lé­si­né sur les moyens côté si­gna­li­sa­tion et autres pla­quettes d’in­for­ma­tion, mais mal­heu­reu­se­ment, cer­tains ne se conforment pas aux règles, ne res­pectent pas les consignes et n’en font qu’à leur tête. Idem pour les me­sures de sé­cu­ri­té. Mal­gré les aver­tis­se­ments écrits si­tués près de chaque cage et la pré­sence d’agents, cer­tains fran­chissent les bar­rières et se rap­prochent im­pru­dem­ment des ani­maux. Sin­cè­re­ment, nous n’avons certes pas de bud­gets fa­ra­mi­neux, com­pa­rés aux zoos d’eu­rope par exemple, mais nous sommes dans les normes et le bud­get qui nous est al­loué est suf­fi­sant. Il suf­fit juste que cer­tains de nos vi­si­teurs s’abs­tiennent de sa­lir le zoo et de je­ter par-ci et par-là leurs dé­chets. » Le di­rec­teur du zoo a par la suite de­man­dé aux agents d’ou­vrir les portes de la cui­sine, celles des pièces où sont sto­ckés les graines et les lé­gumes ain­si que celle où sont dis­po­sés les congé­la­teurs mais aus­si la chambre froide où est sto­ckée la viande et les pois­sons dont ils re­çoivent une tonne par se­maine. Force a été de consta­ter que tout était propre, bien ran­gé et que les pro­duits étaient frais. De­puis la ré­vo­lu­tion, la dé­fense des droits ani­maux semble mieux in­té­grée aux dé­bats po­li­tiques. Plu­sieurs cam­pagnes de sen­si­bi­li­sa­tion, d’in­for­ma­tion mais aus­si de dé­non­cia­tion ont ain­si été lan­cées, à l’ins­tar de celle de­man­dant l’in­ter­dic­tion d’abat­tage des chiens er­rants. Dé­fendre les ani­maux oui, ac­cu­ser, à tort, les hu­mains de né­gli­gence en­vers eux, non!

Rym BENAROUS

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