"La confé­rence Tu­ni­sia 2020 des mes­sages ras­su­rants"

Le Temps (Tunisia) - - Economie & Finances -

C’est un sec­teur qui em­ploie aujourd’hui 80 mille per­sonnes, dont 12 mille cadres su­pé­rieurs et in­gé­nieurs et qui fait en­vi­ron 1,3 mil­liard d’eu­ros d’ex­por­ta­tion, mais c’est aus­si un sec­teur qui fait face à plu­sieurs pro­blèmes. Les construc­teurs des com­po­sants au­to­mo­biles et les don­neurs d’ordre im­plan­tés en Tu­ni­sie, ma­ni­festent aujourd’hui une grande ré­ti­cence à dé­ve­lop­per leurs af­faires dans le pays. Ce­ci est du à plu­sieurs fac­teurs, dont la mau­vaise image du contexte so­cio-éco­no­mique, l’ab­sence d’un plan de com­mu­ni­ca­tion ef­fi­cace dé­dié à ras­su­rer ces construc­teurs et un cli­mat so­cial très ten­du même si on a aujourd’hui ten­dance à nuan­cer et à nier ces ten­sions. L’autre fac­teur im­por­tant der­rière l’hé­si­ta­tion de ces construc­teurs, c’est l’in­sta­bi­li­té et la dis­con­ti­nui­té dans les textes et lois ré­gis­sant la ques­tion de la fis­ca­li­té. On avait le meilleur sys­tème fis­cal en Afrique, mais de­puis quelque temps ce sys­tème est en train de su­bir des amen­de­ments mal étu­diés qui risquent de dé­plaire à ces in­ves­tis­seurs. Ces construc­teurs épinglent aus­si une baisse de la pro­duc­ti­vi­té et de la qua­li­té, due en grande par­tie à ce cli­mat d’im­pu­ni­té et de lais­ser-al­ler qui règne de­puis quelques temps en Tu­ni­sie, et qui risque d’im­pac­ter très né­ga­ti­ve­ment ce sec­teur très exi­geant en termes de qua­li­té. A cet égard, les construc­teurs, membres de l’as­so­cia­tion, ont ex­pri­mé leur at­ti­tude à en­vi­sa­ger des for­ma­tions, mais il faut que cette for­ma­tion soit va­lo­ri­sée dans la pra­tique. L’autre pro­blème im­por­tant au­quel fait face le sec­teur c’est l’in­fra­struc­ture non conforme aux stan­dards in­ter­na­tio­naux. Nos zones in­dus­trielles sont très mal or­ga­ni­sées. On n’a pas de vraies zones in­dus­trielles dignes de ce nom. On a juste des pe­tits ras­sem­ble­ments d’in­dus­triels dé­pour­vus de toutes les com­mo­di­tés né­ces­saires. Pour fi­nir, l’autre obs­tacle ma­jeur c’est un pro­blème de ter­rains in­dus­triels. Les grands construc­teurs de com­po­sants au­to­mo­biles ex­priment gé­né­ra­le­ment leur vo­lon­té d’ache­ter des ter­rains dans les zones sur les­quelles ils comptent in­ves­tir et on a sou­vent du mal à sa­tis­faire leur de­mande. Ce sec­teur peut bien se dé­ve­lop­per. On a même la pos­si­bi­li­té de mul­ti­plier par deux, le re­ve­nu de la Tu­ni­sie et d’at­teindre 10% du PIB, si ces pro­blèmes sont ré­glés et si une stra­té­gie claire consa­crant la conti­nui­té dans les dé­ci­sions stra­té­giques (im­pôts, aug­men­ta­tions sa­la­riales...) est adop­tée.

Ces pro­blèmes ont pous­sé cer­taines so­cié­tés de com­po­sants au­to­mo­biles étran­gères à quit­ter la Tu­ni­sie. Qu’est ce que vous en pen­sez?

Mal­heu­reu­se­ment, il y a cer­taines pe­tites so­cié­tés qui ont quit­té parce que c’était dif­fi­cile pour elles de conti­nuer à in­ves­tir dans un cli­mat aus­si ten­du, mais l’exemple le plus par­lant à ce titre c’est le dé­part du géant amé­ri­cain " Lear cor­po­ra­tion ". C’est une boîte qui a tra­vaillé pen­dant 20 ans en Tu­ni­sie ; son dé­part nous fait perdre 2000 em­plois et donne un si­gnal très né­ga­tif aux in­ves­tis­seurs étran­gers no­tam­ment amé­ri­cains. Et là, on vient de se mettre en as­so­cia­tion pour tra­vailler tous en­semble afin d'évi­ter le dé­part d’autres géants. On a les meilleurs opé­ra­teurs dans le do­maine, il faut les pré­ser­ver.

Quelles re­com­man­da­tions pour­riez-vous don­ner pour fa­vo­ri­ser le dé­ve­lop­pe­ment de ce sec­teur ?

D’abord, Il faut mi­ser sur la com­mu­ni­ca­tion. Notre di­plo­ma­tie éco­no­mique doit être suf­fi­sam­ment ef­fi­cace. Une di­plo­ma­tie éco­no­mique ef­fi­cace pour­rait dé­ve­lop­per les fi­lières exis­tantes et en at­ti­rer d’autres.

En­suite, il va fal­loir pen­ser à créer un fonds de pro­mo­tion dé­dié à ce sec­teur por­teur. Ce fonds ai­de­rait à éta­blir des so­cié­tés qu’il va fal­loir ai­der au dé­but, mais qui vont créer de la va­leur ajou­tée une fois éta­blies. L’autre sou­hait que j’ai­me­rais bien que les dé­ci­deurs po­li­tiques prennent au sé­rieux, c’est la mise en place d’une " Au­to­mo­tive Ci­ty ". C’est en tout 400 à 500 hec­tares bien connectés aux in­fra­struc­tures adé­quates (ports, aé­ro­ports, che­mins de fer et autres). Ce pro­jet pour­rait être in­té­gré dans l’ac­tuel plan de dé­ve­lop­pe­ment (2016-2020) et per­met­trait de pré­pa­rer le ter­rain pour la ve­nue d’un construc­teur au­to­mo­bile. Ma der­nière re­com­man­da­tion, c’est la mise en place d’une dis­ci­pline dé­diée au sec­teur au­to­mo­bile dans les uni­ver­si­tés et les centres tech­niques, voire même pré­voir une " Au­to­mo­tive Aca­de­my ", si vo­lon­té il y a d’op­ti­mi­ser nos ca­pa­ci­tés en la ma­tière. L’as­so­cia­tion est là pour ai­der, pour don­ner des orien­ta­tions et des pro­po­si­tions, mais il faut que les dé­ci­deurs po­li­tiques s’y im­pliquent aus­si pour pou­voir don­ner corps à ces pro­po­si­tions. (TAP)

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