« Sha­kes­peare sans fron­tières »

Le Temps (Tunisia) - - Arts & Culture -

« Sha­kes­peare sans fron­tières » tel est l’in­ti­tu­lé du col­loque qui a dé­mar­ré lun­di dans le cadre de la 18e édi­tion des Jour­nées théâ- trales et qui a été mar­qué par la par­ti­ci­pa­tion d’émi­nents cher­cheurs et ar­tistes spé­cia­listes dans les textes sha­kes­pea­riens.

« Etre, ou ne pas être : telle est la ques­tion. Y a-t-il pour l’âme plus de no­blesse à en­du­rer les coups et les re­vers d’une in­ju­rieuse for­tune, ou à s'ar­mer contre elle pour mettre frein à une ma­rée de dou­leurs ? » Avec cette cé­lèbre ti­rade sha­kes­pea­rienne ti­rée de Ham­let, M. Las­saâd Ja­mous­si, di­rec­teur des JTC a choi­si de don­ner le la de ces ren­contres por­tant sur l’écrit de Sha­kes­peare aujourd’hui. Et d’ajou­ter « ces mêmes ques­tions qui ont fait et font la force de l’oeuvre sha­kes­pea­rienne ne cessent d’in­tri­guer l’homme aujourd’hui, le vice face à la ver­tu, l’ar­ti­fi­ciel, le mar­gi­nal en face de l’idéal, la pro­bi­té en face de la pu­re­té… Aujourd’hui, alors que les mar­chés de la haine s’or­ga­nisent de la ma­nière la plus puis­sante, les va­leurs qui ont mar­qué l’hu­ma­ni­té s’ef­fritent les unes après les autres, n’est-il pas op­por­tun de re­con­si­dé­rer ce monde ».

Cé­dant la pa­role à l’uni­ver­si­taire et cri­tique de théâtre, Mo­ha­med Mou­men, di­rec­teur éga­le­ment de ce col­loque, ce­lui-ci a choi­si d’at­ti­rer l’at­ten­tion de l’as­sis­tance aux dif­fi­cul­tés confron­tées lors de la pré­pa­ra­tion de ce col­loque. « C’est au­tour de ce grand dramaturge que nous nous réunis­sons aujourd’hui. « Sha­kes­pare sans fron­tières », est un su­jet ou­vert, pas de li­mites, pas de res­tric­tion. Nous avons pen­sé à faire de Sha­kes­peare, un thème à dé­battre par tout le monde. Je ne pense pas qu’il y a une troupe dans le monde, même dans les vil­lages loin­tains qui n’a pas eu re­cours aux écrits sha­kes­pea­riens ou qui n’a pas adap­té l’un de ses

textes d’une fa­çon ou d’une autre. Quand on pense au théâtre, quand on ré­flé­chit au 4e art et à sa ma­gie, c’est Sha­kes­peare qui nous vient en tête di­rec­te­ment, même plus que So­phocle et Mo­lière. Et c’est ça le gé­nie de Sha­kes­peare » s’est ex­pli­qué le di­rec­teur du col­loque, rap­pe­lant que les Fran­çais avaient consi­dé­ré Sha­kes­peare comme un monstre in­com­pré­hen­sif et qui mal­gré les études, les re­cherches et les adap­ta­tions, il reste énig­ma­tique.

Voix de tou­jours

Pré­si­dant la 1ère séance scien­ti­fique, l’uni­ver­si­taire et cri­tique de théâtre tu­ni­sien Mo­ha­med Me­diou­ni a fait sa­voir que les écrits de William Sha­kes­peare de­meurent in­tem­po­rels et qu’ils res­tent ou­verts et se prêtent à toutes les lec­tures et in­ter­pré­ta­tions.

Choi­sis­sant d’al­ler sur les traces des oeuvres sha­kes­pea­riennes dans le sud, l’uni­ver­si­taire amé­ri­cain, Mar­vin Carl­son a pré­sen­té une lec­ture his­to­rique bien illus­trée des pre­mières ten­ta­tives d’adap­ta­tion des écrits du dramaturge an­glais dans le monde, fo­ca­li­sant son in­ter­ven­tion sur l’egypte et l’afrique du nord, pré­ci­sant que la 1ère ini­tia­tive a eu lieu en Sy­rie et que le Caire a vu pour la 1ère fois, la pré­sen­ta­tion d’une ver­sion arabe de « Ro­méo et Ju­liette ». Ver­sion qui a ren­con­tré un grand suc­cès car se­lon l’uni­ver­si­taire amé­ri­cain a été une sorte de mé­lange entre l’oeuvre sha­kes­pea­rienne et une lec­ture an­crée dans la réa­li­té du pays. « Le suc­cès a ins­pi­ré plu­sieurs hommes de théâtre. La Tu­ni­sie, 1er pays à avoir son théâtre mu­ni­ci­pal en 1902, a vu la tour­née d’une com­pa­gnie théâ­trale étrangère, jouant la pièce sa­la­din et Ro­méo et Ju­liette » a no­té le confé­ren­cier, pas­sant en re­vue de quelques dates-phares et des pièces de théâtre abor­dant les textes du dramaturge an­glais, par­mi les­quels nous ci­tons : Ali Ben Ayed, Mo­ha­med Driss et Mo­ha­med Kou­ka.

L’in­ter­ve­nant belge Jacques Neefs a sou­li­gné dans son in­ter­ven­tion que toutes les pièces de Sha­kes­peare offrent de la

lu­mière et que chaque texte a ses clés qui ouvrent les portes à toutes les époques de notre his­toire.

Lin­guiste de son état, l’uni­ver­si­taire fran­çaise Lau­ra Gou­det a axé son in­ter­ven­tion sur deux ex­pé­riences, l’une amé­ri­caine et l’autre bri­tan­nique où le texte de Sha­kes­peare est pré­sen­té d’une ma­nière dif­fé­rente avec une mise à jour.

Sha­kes­peare en Afrique

Et si la 2e séance a por­té sur le pas­sage de l’orient vers l’oc­ci­dent de l’oeuvre Sha­kes­pea­rienne avec au me­nu des in­ter­ven­tions d’émi­nents cher­cheurs égyp­tiens, la 3e séance a été une oc­ca­sion pour re­lire la pré­sence de Sha­kes­peare en Afrique. L’uni­ver­si­taire ivoi­rienne De­nise Ko­né a com­pa­ré dans son in­ter­ven­tion les hé­ros afri­cains, ceux qui font la mé­moire du con­tinent à ceux du ré­per­toire Sha­kes­pea­rien, met­tant l’ac­cent sur quelques res­sem­blances, pré­ci­sant que le mys­tique et le scien­ti­fique se com­plètent. « Nous avons be­soin dans ce monde désaxé de ces textes qui nous parlent, qui nous ra­content l’hu­ma­ni­té… », a-telle af­fir­mé.

Op­tant pour une lec­ture com­pa­ra­tive entre « le Roi Lear » et la pièce de théâtre « L’in­cen­die » de Ka­cem Mo­ha­med, l’uni­ver­si­taire al­gé­rien et cri­tique de théâtre Ah­cene Tli­la­ni a fait sa­voir que la pièce de théâtre « L’in­cen­die » s’ins­pire de l’oeuvre sha­kes­pa­rienne. « Le dramaturge Ka­cem Mo­ha­med a pris un mor­ceau du « Roi Lear » et il a dé­ve­lop­pé à sa fa­çon, créant ain­si un nou­veau texte

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