Com­prendre les soup­çons de fraude élec­tro­nique

Le Temps (Tunisia) - - Kiosque International -

Et si l’élec­tion sur­prise de Do­nald Trump s’ex­pli­quait par une fraude ci­blée à la ma­chine élec­tro­nique ? C’est l’hy­po­thèse qu’avancent plu­sieurs ex­perts aux Etats-unis, dont l’avo­cat en droit élec­to­ral John Bo­ni­faz et le pro­fes­seur en in­for­ma­tique de l’uni­ver­si­té du Mi­chi­gan John Alex Hal­der­man. Se­lon un ar­ticle du New York Ma­ga­zine du 22 no­vembre, l’en­tou­rage de Hilla­ry Clin­ton a été aler­té de pos­sibles ma­ni­pu­la­tions dans les Etats du Wis­con­sin, du Mi­chi­gan et de Penn­syl­va­nie, et pres­sé de dé­po­ser un re­cours pour contes­ter les ré­sul­tats. Se­lon leurs ana­lyses, dans le Wis­con­sin, la can­di­date dé­mo­crate a ob­te­nu en moyenne 7 % de voix de moins dans les bu­reaux de vote équi­pés de ma­chines élec­tro­niques que dans les bu­reaux pra­ti­quant le dé­compte ma­nuel. Un écart équi­valent à 30 000 élec­teurs, dans un Etat où l’an­cienne pre­mière dame des Etats-unis n’a été bat­tue que de 27 000 voix. Or, plu­sieurs ob­ser­va­teurs re­lèvent que quelques cen­taines de bu­reaux de vote suf­fisent à faire chan­ger l’is­sue d’un scru­tin ser­ré.

Des vul­né­ra­bi­li­tés connues Les ma­chines de vote élec­tro­nique amé­ri­caines ne sont pas ré­pu­tées pour leur ni­veau de sé­cu­ri­té dras­tique. Comme le rap­pelle l’in­gé­nieure et ma­thé­ma­ti­cienne Emi­ly Gor­cens­ki sur Twit­ter, alors qu’un simple cap­teur de pouls né­ces­site pas moins d’une di­zaine d’étapes de cer­ti­fi­ca­tion, il n’y a ni éva­lua­tion du code in­for­ma­tique, ni re­cherche de faille, ni sui­vi des ver­sions du lo­gi­ciel pour les urnes élec­tro­niques. Pour ce­la, la ma­chine n’a pas be­soin d’être connec­tée à In­ter­net : il suf­fit que l’or­di­na­teur à par­tir du­quel elle a été confi­gu­rée pour le scru­tin du jour soit in­fec­té pour qu’elle puisse l’être à son tour, par l’ac­tua­li­sa­tion de ses don­nées par carte mé­moire ou clé USB.

L’ombre de l’in­ter­ven­tion russe

Ces doutes se font jour dans un contexte par­ti­cu­liè­re­ment ten­du, où non seule­ment la vic­toire de Do­nald Trump a fait beau­coup de mé­con­tents, mais aus­si où des soup­çons d’in­ter­ven­tions russes ont pe­sé dès la pri­maire dé­mo­crate. Des ir­ré­gu­la­ri­tés et cy­be­rat­taques com­bi­nées aux po­si­tions pro­russes du can­di­dat ré­pu­bli­cain ont ra­pi­de­ment sus­ci­té des sus­pi­cions d’une in­ter­fé­rence de Mos­cou en fa­veur de Do­nald Trump. John Alex Hal­der­man le re­con­naît, ce scé­na­rio au­rait en­core re­le­vé de la scien­ce­fic­tion il y a quelques an­nées. Mais pas en 2016, no­tam­ment de­puis le pi­ra­tage du Co­mi­té na­tio­nal dé­mo­crate et de la mes­sa­ge­rie élec­tro­nique de John Po­des­ta, le res­pon­sable de cam­pagne de Hilla­ry Clin­ton. Do­nald Trump, lors d’une in­ter­view en juillet, a pu­bli­que­ment in­vi­té la Rus­sie à « fouiller » les e-mails de Mme Clin­ton afin de ré­vé­ler au grand jour ceux qu’elles n’au­raient pas trans­mis au FBI. Wa­shing­ton a af­fir­mé voir la main de la Rus­sie der­rière ces in­tru­sions, ce dont Mos­cou s’est dé­fen­du.

Dys­fonc­tion­ne­ments dans les urnes

Lors des élec­tions elles-mêmes, des dys­fonc­tion­ne­ments ont ra­pi­de­ment été ob­ser­vés dans plu­sieurs Etats. Dans cer­tains bu­reaux de la ban­lieue de Pitts­burgh, en Penn­syl­va­nie, plu­sieurs ma­chines ont no­tam­ment in­ver­sé les votes qui leur étaient sou­mis. Ce dys­fonc­tion­ne­ment a tou­te­fois tou­ché in­dif­fé­rem­ment les deux par­tis, et la source du pro­blème a ra­pi­de­ment été iden­ti­fiée, puis cor­ri­gée. D’autres alertes con­cer­nant des ma­chines en panne ou dé­fec­tueuses ont éga­le­ment été si­gna­lées dans l’utah et le Co­lo­ra­do. Même si ce ne furent que des évé­ne­ments courts et iso­lés, ils ont suf­fi à éveiller la mé­fiance des ré­pu­bli­cains, per­sua­dés que le sys­tème leur était hos­tile et es­saye­rait de leur bar­rer la route.

Pistes d’ex­pli­ca­tion

so­cio­lo­gique Alors que Hilla­ry Clin­ton avait jus­qu’à hier pour dé­po­ser un re­cours, faut-il croire à une cy­be­rat­taque ? A prio­ri non, af­firme Nate Sil­ver, ana­lyste et pré­vi­sion­niste élec­to­ral ré­pu­té, fon­da­teur du site Fi­ve­thir­tyeight, à par­tir d’une ana­lyse non pas in­for­ma­tique ou géo­po­li­tique du scru­tin, mais so­cio­lo­gique et dé­mo­gra­phique.

Pour ten­ter d’iso­ler l’éven­tuelle in­fluence du sys­tème de vote, ma­nuel ou élec­tro­nique, le sta­tis­ti­cien a rap­por­té les dif­fé­rences de vote dans les com­tés du Wis­con­sin à d’autres cri­tères plus clas­siques : cou­leur de peau, ni­veau d’édu­ca­tion et re­ve­nu. Les ré­sul­tats, ob­serve-t-il, ne sont gé­né­ra­le­ment pas si­gni­fi­ca­ti­ve­ment dif­fé­rents lorsque le bu­reau fonc­tionne avec des ap­pa­reils élec­tro­niques et lorsque le vote et le dé­pouille­ment se font à la main. Mais alors, pour­quoi 7 % de dif­fé­rence dans le vote Clin­ton, d’un type de vote à un autre ? Là en­core, pour Nate Sil­ver, ce sont les dif­fé­rences dé­mo­gra­phiques entre les com­tés équi­pés de sys­tèmes élec­tro­niques et les autres qui pour­raient ex­pli­quer les écarts de ré­sul­tats.

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