Fillon-jup­pé, une politique, deux mé­thodes

Le Temps (Tunisia) - - Kiosque International -

Pour ses ini­tia­teurs, et Fran­çois Fillon ne manque ja­mais de rap­pe­ler qu’il fut de ceux-là, la pri­maire de la droite au­ra donc été jus­qu’au bout un exer­cice réus­si : après les guerres fra­tri­cides qui ont di­vi­sé ce camp lors de la plu­part des élec­tions pré­si­den­tielles de­puis des lustres, il s’agis­sait de dé­si­gner clai­re­ment le cham­pion de la droite pour 2017. Ce n’était pas for­cé­ment ga­gné. Au len­de­main du pre­mier tour, di­manche 20 no­vembre, le ton était as­sez mon­té entre les deux fi­na­listes pour que le risque existe de voir­leur confron­ta­tion té­lé­vi­sée, jeu­di 24 no­vembre, tour­ner à la foire d’em­poigne. Il n’en a rien été. Les deux hommes ont as­sez d’ex­pé­rience pour sa­voir que, dès le soir du se­cond tour, dans deux jours, la droite dans son en­semble de­vra se ras­sem­bler au­tour de son can­di­dat si elle veut l’em­por­ter en 2017 et faire face à la me­nace exer­cée par le Front na­tio­nal. En outre, il est cer­tain que, de­puis une quin­zaine d’an­nées, les dé­bats de la droite étaient do­mi­nés et bien sou­vent élec­tri­sés par Ni­co­las Sar­ko­zy. L’éli­mi­na­tion de l’an­cien pré­sident au terme du pre­mier tour a in­dé­nia­ble­ment contri­bué à l’al­lure plus po­li­cée du face-à-face de jeu­di soir. Cette confron­ta­tion n’en a pas moins été éclai­rante. Aus­si bien pour les élec­teurs qui iront vo­ter di­manche 27 no­vembre que, plus lar­ge­ment, pour l’en­semble des Fran­çais qui de­vront choi­sir le pro­chain pré­sident de la Ré­pu­blique dans cinq mois. Elle a d’abord mis en lu­mière les fortes conver­gences entre les deux can­di­dats à la can­di­da­ture sur l’orien­ta­tion gé­né­rale de la politique éco­no­mique et so­ciale qu’ils pro­posent.

Nuances si­gni­fi­ca­tives L’un et l’autre en­tendent ré­duire d’une cen­taine de mil­liards d’eu­ros en cinq ans la dé­pense pu­blique, re­lan­cer la crois­sance en bais­sant de fa­çon si­gni­fi­ca­tive les charges, no­tam­ment fis­cales, qui pèsent sur les en­tre­prises, sor­tir des 35 heures et don­ner aux en­tre­prises la pos­si­bi­li­té de­né­go­cier le temps de tra­vail en fonc­tion de leurs be­soins. Tous deux pro­gramment le re­port à 65 ans de l’âge de dé­part à la re­traite. L’on pour­rait mul­ti­plier les exemples de cette concor­dance de vues, lo­gique dès lors qu’ils ap­par­tiennent à la même fa­mille.

Pour au­tant, les dif­fé­rences de mé­thode et de tem­po – et, au-de­là, de tem­pé­ra­ment – entre les deux pos­tu­lants ont été confir­mées. Por­té par son score plus qu’en­cou­ra­geant du pre­mier tour (44,1 % des voix, contre 28,6 % à son concur­rent), Fran­çois Fillon a conti­nué à af­fi­cher un vo­lon­ta­risme sans états d’âme. Il veut agir vite et fort, bous­cu­ler pour réus­sir et rompre avec des pru­dences qu’il n’est pas loin de qua­li­fier de pu­sil­la­ni­mi­tés. C’est, à ses yeux, la bonne ré­ponse à l’in­quié­tude, voire à la « co­lère » des Fran­çais. Trop vite, trop fort, im­pru­dent voire ir­réa­liste (no­tam­ment sur l’am­pleur de la ré­duc­tion du nombre de fonc­tion­naires), lui a ré­tor­qué Alain Jup­pé, qui se veut plus sou­cieux de ne pas bra­quer une so­cié­té fra­gi­li­sée par la crise. Ces nuances si­gni­fi­ca­tives offrent donc un choix clair aux élec­teurs. On peut sa­voir gré aux deux can­di­dats, sur­tout si l’on songe au ni­veau ac­ca­blant des dé­bats ré­cents en Grande-bretagne sur le Brexit ou lors de la pré­si­den­tielle amé­ri­caine, d’avoir en­ga­gé une confron­ta­tion sé­rieuse, où les mots, les chiffres et les pro­po­si­tions sont étayés et maî­tri­sés. Ce­pen­dant, on peut re­gret­ter que cette maî­trise tech­nique ait lais­sé trop peu de place à leur vi­sion res­pec­tive de la place de la France dans le monde dans cinq ou dix ans.

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