Lot­fi Laa­ma­ri n’est pas cou­pable…

Le Temps (Tunisia) - - Proximite - Sa­mia HARRAR

Lâ­chez-lui les bas­kets : il n’a pas men­ti, n’a pas failli, n’a pas com­mis un crime de lèse-ma­jes­té, n’a pas mar­ché sur les pla­tes­bandes d’au­trui, n’a pas dif­fa­mé, ne s’est pas mon­tré ir­res­pec­tueux, ou ir­ré­vé­ren­cieux en­vers qui que ce soit, ni com­mis ou­trage ou mort d’homme, pour qu’il soit ap­pe­lé à com­pa­raître de­vant la justice, le plus pro­bable en tant qu’ac­cu­sé, lors-même qu’il n’a fait que dire tout haut, ce que qua­si tout le monde pense tout bas. A sa­voir la vé­ri­té, et rien que la vé­ri­té…

Parce que oui, la justice peut-être aveugle et sourde, et s’em­mê­ler les pin­ceaux par mo­ments, et par en­droits, que ce soit à des­sein, ou mu­ni des meilleures in­ten­tions au monde, les­quelles ne font pas tou­jours que ses ju­ge­ments soient in­faillibles, étant don­né que la na­ture hu­maine est ain­si faite, qu’elle doive tou­jours s’ar­ran­ger, du mieux qu’elle peut, de ses fai­blesses comme de ses points de force, sa­chant qu’il ar­rive que la ba­lance penche, d’un cô­té ou d’un autre, se­lon que l’ange en nous l’em­porte ou le dé­mon. Car, il faut vrai­ment faire montre d’une mau­vaise foi à toute épreuve, pour ju­rer ses grands dieux, la main sur le coeur, que notre justice, tout comme toutes nos ins­ti­tu­tions re­le­vant de l’etat sont in­faillibles, in­cor­rup­tibles, et n’ont pas com­mis fut-ce l’ombre, d’un pé­cher ca­pi­tal. Ce­la ne se­rait pas vrai. Et foin du cor­po­ra­tisme de bas étage, qui n’ho­nore point, jus­te­ment, nos ins­ti­tu­tions of­fi­cielles, lors­qu’un chef de l’etat, avec l’au­to­ri­té qui lui est al­loué, n’hé­site pas à dé­cla­rer, qu’il a été cho­qué par un ju­ge­ment ren­du : ici en l’oc­cur­rence, ce­lui concer­nant l’as­sas­si­nat de Lot­fi Na­guedh, ce­la veut dire ce que ce­la veut dire. A sa­voir que Lot­fi Laa­ma­ri, lors­qu’il a ex­pri­mé son propre sen­ti­ment sur la ques­tion, en son âme et conscience, se di­sant ou­tré et ul­cé­ré par une dé­ci­sion de justice pour le moins in­at­ten­du, à l’is­sue d’un pro­cès qui a connu un dé­noue­ment en queue de pois­son, cho­quant, à tout le moins, une bonne par­tie de l’opi­nion publique tu­ni­sienne, la­quelle ne s’est d’ailleurs pas gê­née pour le ma­ni­fes­ter sur les ré­seaux so­ciaux, ne s’est pas ren­du cou­pable d’un quel­conque dé­lit, sauf ce­lui peut-être, d’oser avoir la pa­role libre, dans un pays qui est cen­sé avoir fait sa ré­vo­lu­tion. Pour ce­la no­tam­ment : avoir toute la­ti­tude d’émettre une libre pa­role, en son âme et conscience tou­jours, sans avoir à en pâ­tir, comme en ces temps que l’on pen­sait, ré­vo­lus, où par­ler vous en coû­tait, et oser dire la vé­ri­té vous ré­dui­sait à néant. Si le roi est nu il faut le lui dire. Ce­la lui évi­te­ra de se pro­me­ner à poil, s’at­ti­rant tous les ri­di­cules, en lieu et place de lui tendre un mi­roir, qui lui ren­ver­ra son vrai vi­sage, lui don­nant l’oc­ca­sion ain­si de s’ar­ran­ger, pour faire hon­neur à sa cou­ronne. Lot­fi Laa­ma­ri a poin­té du doigt la nu­di­té du roi. Pour que le roi s’ha­bille. Il de­vrait le re­mer­cier. Le traî­ner de­vant la justice, c’est abu­ser. Il va de soi que nous sommes so­li­daires…

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