Ça existe en­core ?

Le Temps (Tunisia) - - Faits De Societe -

Ali Doua­gi, qui fut par­mi les fi­gures em­blé­ma­tiques du groupe Taht Es­sour, a fait part dans plu­sieurs de ses pièces sa­ti­riques de la condi­tion de la femme, qui lais­sait à dé­si­rer, à cette époque où la Tu­ni­sie était sous le joug de la co­lo­ni­sa­tion, c’est-à-dire vers les an­nées trente du siècle der­nier. C’est jus­te­ment du­rant cette pé­riode, que Ta­har Had­dad a ap­pe­lé à la li­bé­ra­tion de la femme qui était vic­time entre autres de mau­vais trai­te­ments. Les temps certes ont chan­gé et la femme s’est prise en main et a mi­li­té pour sa li­bé­ra­tion et son sta­tut so­cial au même titre que l’homme dont elle doit être sans conteste, l’égale, en droits mais aus­si en de­voirs. Dans l’une des nou­velles de Ali Doua­gi, une femme ne ces­sait de se plaindre constam­ment à sa mère de l’at­ti­tude vio­lente de son ma­ri.la mère ex­cé­dée est al­lée un jour lui rendre vi­site afin de s’en­qué­rir de vive voix et de vi­su de ce qu’en­du­rait sa fille.

Celle-ci était dans tous ses états. Elle dé­cla­rait à sa mère qu’elle n’en pou­vait plus et que son ma­ri se­mait la ter­reur à la mai­son. Elle fut comme exor­ci­sée en ra­con­tant à sa mère tout ce qu’elle avait sur le coeur, d’au­tant plus que son ma­ri n’était pas en­core ren­tré à la mai­son. Sa mère lui dit de quit­ter le do­mi­cile conju­gal pour re­ga­gner ce­lui de ses pa­rents. Mais dès que son ma­ri fut de re­tour, l’épouse ex­cé­dée se chan­gea en femme do­cile et cou­rut vers la chambre à cou­cher pour l’ai­der à se chan­ger et lui ra­me­ner ses pan­toufkes et son py­ja­ma.

Elle re­vint vers sa mère qui l’at­ten­dait, les yeux écar­quillés dans une autre chambre pour la sup­plier de bais­ser le ton, pour ne pas trou­bler la quié­tude de son ma­ri. Ali Doua­gi, vou­lait dé­mon­trer la sou­mis­sion de la femme à l’époque, bien qu’elle fût consciente de sa si­tua­tion. De nos jours bien des femmes, vic­times de vio­lence de la part de leur ma­ri, n’osent pas les dé­non­cer, et ce, par pu­deur ou par ré­si­gna­tion. Sans comp­ter les mul­tiples vio­lences que su­bissent en­core des filles en bas âge de la part de leurs pa­rents.

C’est un état d’es­prit qui per­sis­te­ra avec les men­ta­li­tés fi­gées de cer­taines per­sonnes qui n’ont pas en­core réa­li­sé que la vio­lence est sy­no­nyme de dé­ca­dence. Ban Ki-moon, Se­cré­taire gé­né­ral de L’ONU a dé­cla­ré à juste titre que : « La vio­lence à l’égard des femmes et des filles consti­tue une vio­la­tion des droits de l’homme, une pan­dé­mie de san­té publique et un obs­tacle de taille au dé­ve­lop­pe­ment du­rable. [...] Elle im­pose des coûts exor­bi­tants aux fa­milles, aux com­mu­nau­tés et aux éco­no­mies. Le monde ne peut pas se per­mettre de payer ce prix. »

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