Cu­ba et Cas­tro, une his­toire d'es­poir et de déses­pé­rance

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

D’abord, Fi­del Cas­tro, mort dans la nuit du ven­dre­di 25 no­vembre, a re­pré­sen­té l’es­poir. Un im­mense es­poir. On ne peut pas – plus – com­prendre le re­ten­tis­se­ment de la ré­vo­lu­tion cas­triste sur cette pe­tite île des Ca­raïbes si on ne la re­si­tue dans son époque. En cette an­née 1959, quand les « bar­bu­dos » de la gué­rilla me­née par « Fi­del » contre la dic­ta­ture de Ful­gen­cio Ba­tis­ta prennent le pou­voir à La Ha­vane, le so­cia­lisme tel qu’in­car­né par L’URSS est fi­gé dans une ty­ran­nie bu­reau­cra­tique. Voi­là qu’une ré­vo­lu­tion me­née par des jeunes gens qui font le coup de fu­sil dans la mon­tagne ren­verse un ty­ran cor­rom­pu. Ba­tis­ta a confié son pays à la ma­fia nord-amé­ri­caine, la­quelle en a fait une sorte de ca­si­no pour tou­ristes en mal d’exo­tisme. Tout y est : ro­man­tisme, rum­ba et treillis de ma­qui­sard. Telle est la lé­gende – et aus­si une part de la vé­ri­té. Car les dé­buts de la ré­vo­lu­tion sont mar­qués par l’am­bi­guï­té. « La ré­vo­lu­tion cu­baine est une dé­mo­cra­tie hu­ma­niste », dit Cas­tro. Deux ans du­rant, il hé­site avant de se je­ter dans les bras de Mos­cou. Les his­to­riens dis­cutent en­core : est-ce la faute de l’agres­si­vi­té de Wa­shing­ton ou « Fi­del » était-il dé­jà dé­ci­dé à ins­tau­rer un ré­gime com­mu­niste à Cu­ba ? Une lé­gende pla­né­taire En 1961, le choix est fait, Cas­tro se pro­clame « mar­xiste-lé­ni­niste », il ins­taure une dic­ta­ture de fer, fait fu­siller ou em­bas­tille la moindre op­po­si­tion. Les li­ber­tés pu­bliques sont anéan­ties, l’éco­no­mie éta­ti­sée. Contraint ou dé­li­bé­ré­ment, il en­ferme la ré­vo­lu­tion cu­baine dans le camp so­vié­tique. Mais pour tous les dé­çus du com­mu­nisme, peu im­porte. En Afrique, en Asie, ailleurs en Amé­rique la­tine, le mo­dèle cas­triste fas­cine et, bien au­de­là du bas­sin des Ca­raïbes, anime nombre de gué­rillas ré­vo­lu­tion­naires. La lé­gende de « Fi­del » est pla­né­taire.

Sur place, la guerre froide fait son oeuvre. Wa­shing­ton veut la fin de l’ex­pé­rience cas­triste. La crise des fu­sées – celles qu’ins­talle le Krem­lin à Cu­ba – se solde par une dé­faite pour Mos­cou, mais elle contri­bue au dur­cis­se­ment d’un ré­gime dont la CIA a ju­ré la fin. Les Etats-unis ins­taurent un em­bar­go éco­no­mique to­tal, L’URSS sou­tient l’île à bout de bras. Cas­tro joue avec suc­cès d’un sen­ti­ment « an­ti-yan­kee » qu’exa­cerbent, dans toute la ré­gion, les me­nées des Etats-unis en Amé­rique la­tine. Aveugle à l’im­pi­toyable ré­pres­sion in­té­rieure, la gauche eu­ro­péenne reste long­temps sé­duite par le mythe cas­triste. La fin de la guerre froide et l’au­to­dis­so­lu­tion de L’URSS en 1991 portent un coup de plus à l’éco­no­mie de l’île. L’em­bar­go amé­ri­cain n’a en rien as­sou­pli le ré­gime. Au contraire. Alors que le Li­der, vieillis­sant, plus se­cret et mys­té­rieux que ja­mais, s’est re­ti­ré au pro­fit de son frère Raul, en 2008, le pré­sident amé­ri­cain Ba­rack Oba­ma va ou­vrir la porte à la nor­ma­li­sa­tion entre les deux pays. Le mou­ve­ment est en cours, Do­nald Trump de­vrait le pour­suivre.

Que res­te­ra-t-il de l’hé­ri­tage de « Fi­del » ? Une ré­vo­lu­tion qui a, cruel­le­ment, man­gé ses en­fants, sans sor­tir le peuple de la mi­sère ? Un homme qui a in­car­né la ré­sis­tance à l’im­pé­ria­lisme amé­ri­cain dans la ré­gion ? L’image d’un dic­ta­teur cy­nique vi­vant dans le luxe avec une no­menk­la­tu­ra de pri­vi­lé­giés sous la pro­tec­tion d’une im­pi­toyable po­lice se­crète ? Un homme qui au­ra été l’un des pions de L’URSS, en Afrique no­tam­ment, dans la guerre froide ? L’his­toire re­tien­dra tout ce­la à la fois, sans tom­ber dans les pièges du ly­risme et de l’exo­tisme.

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