Deux points obs­curs que Fillon doit éclair­cir d’ur­gence

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

-L’avan­tage des sur­prises élec­to­rales, pour les ob­ser­va­teurs de la vie politique, est de for­cer l’adap­ta­tion ra­pide des ques­tion­ne­ments à adres­ser aux can­di­dats. À l’ap­proche du se­cond tour de la pri­maire ou­verte de la droite et du centre, tous les pro­jec­teurs se braquent dé­sor­mais vers le grand fa­vo­ri, l’homme qui a sur­gi avec sur­prise : Fran­çois Fillon.

In­tro­ver­ti, ap­pa­rem­ment ti­mide, ce nou­veau fa­vo­ri doit dé­sor­mais as­su­mer le rôle du pré­si­den­tiable, an­non­cé et ex­po­sé. Il n’est na­tu­rel­le­ment en rien déso­bli­geant, la si­tua­tion l’exige même, de l’in­ter­ro­ger et de s’in­ter­ro­ger sur deux points qui ap­pa­raissent obs­curs dans son po­si­tion­ne­ment : la Rus­sie de l’au­to­crate Pou­tine et le FN des Le Pen (père, fille et pe­tite-fille).

Proxi­mi­té avec Pou­tine

En ef­fet, le dé­pu­té de Pa­ris ne l’a lui-même d’ailleurs pas ca­ché lors du der­nier dé­bat té­lé­vi­sé, qui a pré­cé­dé le pre­mier tour des pri­maires, même s’il n’a cu­rieu­se­ment pas été ame­né à dé­ve­lop­per son ar­gu­men­taire : il est fa­vo­rable à un très net rap­pro­che­ment stra­té­gique avec la Rus­sie de Vla­di­mir Pou­tine, di­ri­geant qu’il tu­toie d’ailleurs à loi­sir, comme le montre un do­cu­ment de FTVI, où il ap­pa­raît en pleine com­pli­ci­té avec le maître du Krem­lin Son rap­pro­che­ment géo­po­li­tique n’est pas une simple équi­dis­tance à réa­li­ser entre notre al­lié les États-unis et une Rus­sie si peu dé­mo­cra­tique, équi­dis­tance sour­cilleuse que tend à af­fir­mer son concur­rent et chal­len­ger, Alain Jup­pé. Ce der­nier in­voque une cer­taine idée du gaul­lisme, ap­pli­quée à l’eu­rope. Le rap­pro­che­ment sou­hai­té par Fran­çois Fillon va bien plus loin et ce­la pose plu­sieurs ques­tions. Dont celles-ci : pour­quoi avoir sou­te­nu, en com­pa­gnie de Jean-fré­dé­ric Pois­son (ce can­di­dat du pre­mier tour, très ai­ma­ble­ment re­çu à Da­mas par le dic­ta­teur sy­rien Ba­char al-as­sad), une pro­po­si­tion de ré­so­lu­tion par­le­men­taire concoc­tée par le très rus­so­phile dé­pu­té LR Thier­ry Ma­ria­ni, vi­sant à le­ver les sanc­tions eu­ro­péennes contre la Rus­sie (rap­pe­lons que ces sanc­tions ont été ac­tion­nées quand la Rus­sie a mi­li­tai­re­ment an­nexé la Cri­mée, me­na­çant la paix aux portes de l’ukraine et de l’eu­rope) ?

Pour­quoi un tel geste «pa­ci­fiste» vers un di­ri­geant russe qui ne l’est pas vrai­ment ?

Le cal­vaire d’alep en toile de fond

Et pour­quoi un tel rap­pro­che­ment avec le pré­sident russe au mo­ment où, en Sy­rie, toutes les or­ga­ni­sa­tions non gou­ver­ne­men­tales en­core pré­sentes le disent, un ter­rible cal­vaire est su­bi par des po­pu­la­tions ci­viles, à Alep en par­ti­cu­lier, là où les forces russes et sy­riennes sont com­plices de frappes mi­li­taires meur­trières et par­fois aveugles, or­don­nées sous pré­texte d’éra­di­quer Daesh de cette zone ? Comment ne pas voir qu’un rap­pro­che­ment stra­té­gique avec Pou­tine, ren­for­ce­rait la vio­lence de cet étau, qui en­ferme dans la dic­ta­ture ce pays mar­ty­ri­sé, meur­tri c’est vrai par Daesh mais aus­si, de­puis plus de 4 ans, par un ré­gime qui a cy­ni­que­ment ins­tru­men­ta­li­sé la me­nace is­la­miste (réelle) pour faire ti­rer son ar­mée sur son propre peuple ? Comment en­fin ne pas voir non plus – à moins que cette myo­pie soit vo­lon­taire ?! – la dan­ge­ro­si­té de la com­pli­ci­té ren­for­cée de la Rus­sie, non seule­ment avec la dic­ta­ture sy­rienne mais aus­si avec le ré­gime ira­nien et son bras ar­mé dans la ré­gion, le Hez­bol­lah, dont les mi­lices, du Li­ban à la Sy­rie, font ré­gner un ordre is­la­mique ter­ri­fiant, que ne sau­rait cau­tion­ner un di­ri­geant réel­le­ment dé­mo­crate ?

Sans par­ler (mais il faut le pré­ci­ser) de la me­nace que le même Hez­bol­lah ira­nien fait pe­ser, mi­li­tai­re­ment et vo­lon­tai­re­ment bien sûr, sur le Nord d’is­raël, ris­quant à tout mo­ment de ré­ac­ti­ver un conflit et d’em­bra­ser en­core plus cette ré­gion de­ve­nue pou­drière.

Pour­quoi un tel rap­pro­che­ment ?

À ces ques­tions pré­cises, ce­lui qui est dé­sor­mais pla­cé en fa­vo­ri de la pri­maire, et donc po­ten­tiel­le­ment de la pro­chaine élec­tion pré­si­den­tielle, doit ré­pondre et convaincre. Sans en res­ter à la sur­face d’un pro­pos écu­lé sur l’his­to­rique re­la­tion ami­cale avec la Rus­sie ou sur une Eu­rope rê­vée qui, comme le di­sait le Gé­né­ral de Gaulle, s’éten­drait de l’at­lan­tique à l’ou­ral… Pour­quoi de­man­der la le­vée de sanc­tions eu­ro­péennes alors que de nom­breux pays d’eu­rope de l’est consi­dèrent tou­jours la Rus­sie mi­li­ta­ri­sée comme une réelle me­nace ? Pour­quoi le faire alors que les États-unis de Trump semblent en­core plus ten­tés qu’hier de se dés­in­té­res­ser de notre Eu­rope, voire de la dé­lais­ser à son sort sé­cu­ri­taire, le pa­ra­pluie amé­ri­cain de L’OTAN n’étant plus vrai­ment une pré­oc­cu­pa­tion pour le pro­chain pré­sident, qui a fait toute sa cam­pagne sur le pro­tec­tion­nisme et le re­pli iso­la­tion­niste des États-unis .

Quid de sa po­si­tion sur le FN ?

À ces ques­tions, qui concernent notre ave­nir et ce­lui de l’eu­rope, s’ajoutent des ques­tions sur le Front na­tio­nal, de­ve­nu l’un des points-clés de notre politique in­té­rieure. Le fa­vo­ri de la pri­maire re­grette-t-il, ou non, avoir dé­cla­ré, après la dé­faite de son camp en 2012, qu’entre un can­di­dat PS et un can­di­dat FN, non seule­ment il n’avait pas à choi­sir – c’est la thèse du «ni-ni», dé­non­cée par Na­tha­lie Kos­cius­ko-mo­ri­zet – mais que fi­na­le­ment il fal­lait choi­sir «entre le moins sec­taire» ?!

Le fa­vo­ri sur­prise de cette pri­maire n’est ja­mais vrai­ment re­ve­nu clai­re­ment sur cette dé­cla­ra­tion, re­prise de­puis avec al­lé­gresse par tous les te­nants, buis­so­niens, d’un rap­pro­che­ment or­ga­ni­sé entre la «droite forte» de LR et le par­ti le­pé­niste, sous cou­vert d’un «sou­ve­rai­nisme» com­mun na­tu­rel­le­ment.

D’ailleurs, Jean-fré­dé­ric Pois­son, qui a dé­ci­dé­ment plus d’un point com­mun avec Fran­çois Fillon, a dé­cla­ré le 12 oc­tobre der­nier (à «Va­leurs Ac­tuelles»), qu’il fal­lait mettre fin à la règle du «cor­don sa­ni­taire» qui sé­pare net­te­ment le FN du par­ti «Les Ré­pu­bli­cains». Fran­çois Fillon ap­prou­vet-il, ou dé­nonce-t-il, cette toute ré­cente dé­cla­ra­tion, le conte­nu de la ré­ponse fillo­niste ayant une très haute im­por­tance politique, pour les mois et les an­nées à ve­nir ?

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