Ren­zi res­te­ra-t-il aux com­mandes en cas d’échec de sa ré­forme ?

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Quand Oba­ma, qui quit­te­ra la Mai­son blanche le 20 jan­vier, est ve­nu faire ses adieux à plu­sieurs chefs d’etat et de gou­ver­ne­ment eu­ro­péens, le 18 no­vembre à Ber­lin, Mat­teo Ren­zi lui a dé­cla­ré que son man­dat pour­rait très bien s’ache­ver avant le sien. Le pré­sident du Con­seil ita­lien âgé de 41 ans a pro­mis de dé­mis­sion­ner en cas de re­jet de son pro­jet de ré­forme consti­tu­tion­nelle, lors du ré­fé­ren­dum du 4 dé­cembre, or le «non» est don­né lar­ge­ment ga­gnant.

«Je n’ai pas l’in­ten­tion de m’éter­ni­ser», a-t-il dé­cla­ré lors de l’en­tre­vue avec le pré­sident amé­ri­cain sor­tant, di­ton de source di­plo­ma­tique. Cer­tains le pressent tou­te­fois de res­ter aux af­faires quelle que soit l’is­sue du scru­tin, no­tam­ment pour évi­ter une nou­velle crise ban­caire. Par­mi eux fi­gurent Ba­rack Oba­ma lui-même, qui a lui a conseillé en oc­tobre de «res­ter un mo­ment quoi qu’il ar­rive». Plu­sieurs di­ri­geants d’en­tre­prises et membres du gou­ver­ne­ment se sont éga­le­ment ex­pri­més en ce sens. «Mon opi­nion per­son­nelle est que Ren­zi doit res­ter. Ce qui doit être consi­dé­ré (...), c’est l’in­té­rêt du pays», a ain­si dé­cla­ré ven­dre­di son mi­nistre de l’in­dus­trie, Car­lo Ca­len­da. Trois membres de la ma­jo­ri­té ayant des contacts ré­gu­liers avec le chef du gou­ver­ne­ment as­surent néan­moins qu’il tien­dra pa­role et dé­mis­sion­ne­ra sans dé­lais en cas de vic­toire du «non».

Le pré­sident Ser­gio Mat­ta­rel­la pour­rait en ap­pe­ler à son sens des res­pon­sa­bi­li­tés et l’in­vi­ter à sol­li­ci­ter à nou­veau la confiance du Par­le­ment, mais sa ré­ponse dé­pen­dra pro­ba­ble­ment de l’am­pleur de la dé­faite, se­lon l’un de ses conseillers ayant re­quis l’ano­ny­mat.

Bi­lan mi­ti­gé

«Il est jeune et im­pul­sif. Si le ré­sul­tat est dé­sas­treux, il peut très bien s’ar­rê­ter là et faire autre chose de sa vie», a-t-il pro­nos­ti­qué. Le texte qui se­ra mis aux voix di­manche pro­pose no­tam­ment de li­mi­ter les pou­voirs lé­gis­la­tifs du Sé­nat en lui re­ti­rant ce­lui de ren­ver­ser l’exé­cu­tif. Mat­teo Ren­zi le juge in­dis­pen­sable pour mettre fin à une in­sta­bi­li­té ch­ro­nique. De­puis 1948, l’ita­lie a connu 63 gou­ver­ne­ments.

Les mi­lieux d’af­faires, fa­vo­rables à la ré­forme, se sont faits dis­crets pen­dant la cam­pagne, de peur de sti­mu­ler le vote contes­ta­taire, mais ils craignent une nou­velle pa­ra­ly­sie de l’ap­pa­reil po­li­tique à un mo­ment cri­tique. Monte dei Pa­schi di Sie­na, troi­sième banque ita­lienne, doit le­ver cinq mil­liards d’eu­ros dé­but dé­cembre pour as­su­rer sa sur­vie, or les in­ves­tis­seurs ne semblent pas très en­thou­siastes, ce qui pour­rait contraindre l’etat à in­ter­ve­nir. Au­cun son­dage ne peut être pu­blié pen­dant les deux se­maines qui pré­cèdent le scru­tin, mais les 40 der­niers an­noncent tous la vic­toire du «non» avec une marge al­lant jus­qu’à 11%. De sources proches du Par­ti dé­mo­crate, dont Ren­zi est is­su, on as­sure tou­te­fois que cette marge se si­tue dé­sor­mais aux alen­tours de 5% et que les in­dé­cis re­pré­sentent en­core un quart de l’élec­to­rat, ce qui laisse un es­poir aux par­ti­sans de la ré­forme.

Au dé­part, 70% de l’élec­to­rat y était fa­vo­rable, mais la ten­dance s’est in­ver­sée fin 2015, lorsque le pré­sident du Con­seil a lié son sort à ce­lui du scru­tin, de­ve­nu un ré­fé­ren­dum sur son main­tien aux af­faires. En dé­pit des nom­breuses ré­formes qu’il a en­tre­prises de­puis deux ans de­mi, l’ita­lie reste en queue du pe­lo­ton eu­ro­péen en terme de crois­sance éco­no­mique, le chô­mage dé­passe 11% de la po­pu­la­tion ac­tive et les sa­laires stag­nent.

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