Fillon l'an­ti-trump?

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Une sur­prise chasse l'autre. Trump: pas pré­vu au pro­gramme. Fillon, pas da­van­tage. Dé­ci­dé­ment les son­deurs et les mé­téo­ro­logues po­li­tiques pour­ront al­ler se rha­biller. Mais si­non, quelle dif­fé­rence, quelle res­sem­blance entre ces deux hommes? Pas ques­tion ici de faire une ana­lyse ex­haus­tive. Mais di­sons dé­jà que au­tant Trump fait com­merce de son nar­cis­sisme, son cô­té nou­veau su­per-riche, sa dé­ma­go­gie, son im­pré­pa­ra­tion et son im­pré­vi­si­bi­li­té, au­tant Fillon est tout le contraire: aus­tère, pro­vin­cial, clair sur sa ligne et sans une once de dé­ma­go­gie. Sous cet angle, il est fort ras­su­rant que ces qua­li­tés qui sont aux an­ti­podes des traits fort in­quié­tants d'un Trump (et un peu aus­si de ses élec­teurs...), aient trou­vé fi­na­le­ment grâce aux yeux des par­ti­ci­pant-e-s aux pri­maires de la droite fran­çaise. Il est donc pos­sible de ga­gner en res­tant ci­vil et ré­flé­chi, en ayant une ligne qui ne va­cille pas de­vant la moindre courbe des son­dages, de culti­ver un abord res­pec­tueux et mo­deste. La proxi­mi­té, l'échange, le contact avec la po­pu­la­tion sont donc pos­sibles sans sur­en­chère, in­sultes, sé­duc­tion et ré­pul­sion fa­ciles. Je le dis d'au­tant plus vo­lon­tiers que le pro­gramme du can­di­dat de la droite à la pré­si­den­tielle n'est cer­tai­ne­ment pas ce­lui que j'au­rais sou­hai­té à la France. Les 100 points de Hol­lande me semblent en­core au­jourd'hui tout à fait adap­tés à la si­tua­tion. C'est ce­lui qui de­vait les réa­li­ser qui était dra­ma­ti­que­ment in­adap­té à la fonc­tion qu'il avait bri­guée, et ob­te­nue. Tou­te­fois un point com­mun entre Trump et Fillon in­trigue: l'at­trac­tion qu'exerce sur les deux hommes l'un dé­jà élu, l'autre qui va cer­tai­ne­ment l'être, la fi­gure de Pu­tine. Oli­garque par­mi les oli­garques, mé­pri­sant de tout son être l'état de droit, ré­sur­gence vi­vante du KGB de si­nistre mé­moire dont il fut le chef, ma­cho à l'ex­cès, com­ment peut-on confondre à ce point le res­pect dû à la Rus­sie, la vo­lon­té, la né­ces­si­té d'in­clure ce grand pays plei­ne­ment dans le concert des na­tions, et l'ad­mi­ra­tion pour ce­lui qui en est de plus en plus clai­re­ment le dic­ta­teur? L'amal­game entre les in­té­rêts lé­gi­times de la Rus­sie et la per­son­na­li­té de son pré­sident est jus­te­ment ce qui pol­lue le dé­bat, et c'est lé­gi­ti­mer le jeu de l'au­to­crate que d'y sous­crire. L'uni­ver­sa­li­té de l'etat de droit, des droits hu­mains est bien la base de la co­opé­ra­tion entre les peuples, et ne doit pas être rem­pla­cée par la loi du plus fort. Si­non ces avan­cées de l'hu­ma­ni­té n'au­ront été que de courtes pa­ren­thèses dans sa longue his­toire, et nous n'au­rions plus que nos yeux pour pleu­rer... Que deux des plus im­por­tants ins­ti­ga­teurs puis pro­mo­teurs de ces va­leurs, les Etats-unis et la France, flé­chissent sur ce point fon­da­men­tal se­rait plus qu'in­quié­tant. Real­po­li­tik oui mais sans bra­der les fon­da­men­taux.

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