Ab­bas ré­élu à la tête du Fa­tah

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Pour la pre­mière fois de­puis 2009, le Fa­tah tient congrès. La for­ma­tion du pré­sident pa­les­ti­nien Mah­moud Ab­bas, prin­ci­pale com­po­sante de l’organisation de li­bé­ra­tion de la Pa­les­tine (OLP), est confron­tée à une crise his­to­rique. Im­po­pu­laire, in­ca­pable de pro­po­ser un ho­ri­zon à une po­pu­la­tion jeune et dé­mo­ra­li­sée par l’en­ra­ci­ne­ment de l’oc­cu­pa­tion is­raé­lienne, le Fa­tah veut of­frir des gages de re­nou­vel­le­ment et de res­pi­ra­tion. Mais c’est sur­tout l’oc­ca­sion pour son lea­der de raf­fer­mir son contrôle sur les cadres, alors que les spé­cu­la­tions sur sa suc­ces­sion agitent Ramallah de­puis des mois. Agé de 81 ans, Mah­moud Ab­bas cu­mule les fonc­tions de pré­sident de l’au­to­ri­té pa­les­ti­nienne, de chef de L’OLP et du Fa­tah. A l’ou­ver­ture du congrès, il a été ré­élu à la tête du par­ti par ac­cloa­ma­tion.

Deux ins­tances à re­nou­ve­ler

Le congrès doit per­mettre le re­nou­vel­le­ment des membres de deux ins­tances, le con­seil ré­vo­lu­tion­naire et sur­tout le co­mi­té exé­cu­tif, fort de 23 membres, où le pré­sident veut pous­ser ses par­ti­sans. Un nu­mé­ro deux doit aussi être choi­si, dont l’iden­ti­té pour­rait consti­tuer un in­dice pour la suc­ces­sion de M. Ab­bas.

L’op­po­si­tion à M. Ab­bas mu­se­lée

Mais les par­ti­sans de l’homme d’af­faires Mo­ham­med Dah­lan, ex­clu du Fa­tah en 2011 et contraint à l’exil, n’ont pas été conviés. De­puis sep­tembre, plu­sieurs d’entre eux ont été éga­le­ment ex­clus des rangs du par­ti. Ils ont ten­té, mar­di à la mi-jour­née, de se ras­sem­bler dans le camp de ré­fu­giés de Qa­lan­diya, mais les forces de sé­cu­ri­té ont em­pê­ché la réunion d’avoir lieu. Les pays du Quar­tet arabe (Egypte, Jor­da­nie, Emi­rats arabes unis, Ara­bie saou­dite) ont fait pres­sion ces der­niers mois sur Mah­moud Ab­bas afin qu’il ac­cepte une ré­con­ci­lia­tion avec Mo­ham­med Dah­lan. Sans Fa­tah pa­ci­fié, au­cun pro­grès no­toire ne pour­ra avoir lieu dans les né­go­cia­tions avec le Ha­mas, pour en­fin pré­sen­ter un front pa­les­ti­nien uni et en­vi­sa­ger des élec­tions gé­né­rales. La te­nue du congrès du Fa­tah sans les par­ti­sans de M. Dah­lan risque de pro­vo­quer de nou­velles ten­sions entre les pays arabes et L’AP. De­puis avril, l’ara­bie saou­dite a ain­si ces­sé de ver­ser près de 20 mil­lions de dol­lars par mois à l’au­to­ri­té pa­les­ti­nienne.

La stra­té­gie en ques­tion

Mah­moud Ab­bas est de­ve­nu pré­sident de l’au­to­ri­té pa­les­ti­nienne en 2005. En 2007, le Ha­mas a pris le contrôle, seul, de la bande de Ga­za. De­puis, ce ter­ri­toire et la Cis­jor­da­nie ont vé­cu des vies sé­pa­rées. Tout le monde s’est ac­com­mo­dé de la si­tua­tion, lais­sant fleu­rir l’es­prit clien­té­liste. De­puis 2007, M. Ab­bas a don­né tous les gages né­ces­saires à une bonne co­or­di­na­tion sé­cu­ri­taire avec l’ar­mée is­raé­lienne. Il a concen­tré ses ef­forts sur le plan in­ter­na­tio­nal, afin d’ob­te­nir le plus de re­con­nais­sances pos­sibles de la Pa­les­tine et de mettre la pres­sion sur l’is­raël, à L’ONU, à la Cour pé­nale in­ter­na­tio­nale ou à l’unes­co.

Ab­bas contes­té

Cette stra­té­gie a connu des suc­cès li­mi­tés et a ac­cen­tué le fos­sé entre la rue pa­les­ti­nienne et son di­ri­geant, qui concentre les pou­voirs. A comp­ter de l’été 2015, Mah­moud Ab­bas a envoyé des si­gnaux in­di­quant qu’il comp­tait prendre en compte le be­soin de re­nou­vel­le­ment. Pour l’heure, ces in­dices n’ont pas connu de tra­duc­tion.

Des ap­pels à re­voir les ins­ti­tu­tions

Mais la ques­tion des cadres n’est pas la seule à se po­ser. De nom­breux res­pon­sables du Fa­tah, cons­cient du dis­cré­dit qui touche leur organisation, vou­draient une ré­vi­sion com­plète des ins­ti­tu­tions et de la stra­té­gie, alors que se pro­file, en juin 2017, le 50e an­ni­ver­saire de l’oc­cu­pa­tion. Faut-il sa­bor­der l’au­to­ri­té pa­les­ti­nienne, aux pré­ro­ga­tives très li­mi­tées par la co­lo­ni­sa­tion et le contrôle is­raé­lien exclusif ñ sé­cu­ri­taire et ad­mi­nis­tra­tif ñ exer­cé sur la zone C (60 % du ter­ri­toire)? Comment re­vi­ta­li­ser L’OLP ? Quel sens don­ner à la « ré­sis­tance po­pu­laire pa­ci­fique » ré­cla­mée no­tam­ment par les par­ti­sans de Ma­rouane Bar­ghou­ti, le plus cé­lèbre pri­son­nier pa­les­ti­nien ?

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