15 mille foot­bal­leurs dé­voilent leurs sa­laires et leurs condi­tions de tra­vail

Le Temps (Tunisia) - - Sports -

Une en­quête de la FIF­PRO, le syn­di­cat mon­dial des foot­bal­leurs, a dres­sé hierle por­trait d'une pro­fes­sion pro­fon­dé­ment in­éga­li­taire, en butte aux re­tards de sa­laires et sous la pres­sion des trans­ferts et des tru­queurs.

C'est une en­quête in­édite par son am­pleur que dé­voile mar­di la FIF­PRO, le syn­di­cat mon­dial des joueurs. Quelque 15 000 d'entre eux, de 62 pays dif­fé­rents, ont été in­ter­ro­gés par ques­tion­naire sur leur sa­laires et leurs condi­tions de tra­vail. Ils re­pré­sentent un tiers en­vi­ron des pros du monde en­tier. Si cer­tains des plus pri­vi­lé­giés, comme ceux de la Pre­mier League, ont re­fu­sé de par­ti­ci­per, d'autres par­mi les moins bien lo­tis sont éga­le­ment ab­sents de l'échan­tillon, ce qui ré­ta­blit un équi­libre se­lon la FIF­PRO et l'uni­ver­si­té de Man­ches­ter qui a dé­pouillé et ana­ly­sé les ré­ponses.45% des joueurs gagnent moins de 945 eu­ros par mois L'en­quête confirme d'abord l'ex­trême in­éga­li­té des sa­laires dans le foot­ball. L'aris­to­cra­tie de la pro­fes­sion les joueurs ga­gnant au moins 700 000 € net par an - ne re­pré­sente que 2% du to­tal. Ces stars évo­luent sur­tout dans les cinq grands Cham­pion­nats eu­ro­péens, les ligues émer­gentes (MLS, Chine) et les top clubs sud-amé­ri­cains. Le «deuxième étage» dé­crit par l'étude de la FIF­PRO ras­semble un grand nombre de pros évo­luant dans des clubs of­frant des sa­laires mo­dé­rés mais des condi­tions de tra­vail «dé­centes». On les trouve en Scan­di­na­vie, en Aus­tra­lie, aux Etats-unis, dans les meilleurs clubs d'amé­rique du Sud et dans les deuxièmes di­vi­sions du Top 5. La troi­sième ca­té­go­rie iden­ti­fiée par l'en­quête peut s'as­si­mi­ler au pro­lé­ta­riat de la pro­fes­sion. Elle re­pré­sente les 45% de joueurs qui gagnent moins de 1000 dol­lars (en­vi­ron 945 eu­ros) par mois. Ils évo­luent no­tam­ment en Eu­rope de l'est, en Amé­rique la­tine ou en Afrique. C'est le cas par exemple de 83% des joueurs bré­si­liens...sa­laire faibles, sa­laires en re­tard En plus de ces grosses dif­fé­rences de re­ve­nus, beau­coup de joueurs sont ex­po­sés à des re­tards de paie­ment de leur sa­laire. La FIF­PRO parle même d'une «épi­dé­mie mon­diale». Le phé­no­mène touche les foot­bal­leurs évo­luant dans les pays où le droit du tra­vail est le moins ré­gle­men­té et sur­tout, comme une double peine, ceux qui touchent les sa­laires les moins éle­vés. Plus de 2 joueurs sur 5 (41%) ont ain­si été payés en re­tard ces deux der­nières sai­sons. Pour 8% d'entre eux, le re­tard a dé­pas­sé trois mois. «Tout em­ployé doit pou­voir tou­cher son sa­laire in­té­gral dans les dé­lais, c'est un droit fon­da­men­tal, et le fait que ce droit ne soit pas res­pec­té est in­ac­cep­table», écrit la FIF­PRO dans le com­mu­ni­qué joint à l'étude et re­layé par L'UNFP, le syn­di­cat fran­çais. Pres­sion, tru­cage, har­cè­le­ment L'étude montre en­core que plus de 29% des joueurs ont su­bi des «pres­sions» pour être trans­fé­rés d'un club à l'autre, ou n'ont pas pu re­joindre la des­ti­na­tion de leur choix. Par ailleurs, 7% des joueurs té­moignent avoir été ap­pro­chés pour tru­quer un match, le chiffre mon­tant même à 11% pour ceux qui ont pas­sé la tren­taine. En­fin, 9% des joueurs ont été vic­times de vio­lences, 8% de dis­cri­mi­na­tion et 16% de har­cè­le­ment. «Nous avons main­te­nant une base d'in­di­ca­teurs pour les ré­formes qui sont né­ces­saires dans l'in­dus­trie du foot­ball. Sa­laires en re­tard, trans­ferts for­cés, et en­traî­ne­ment à l'écart, tout ce­la doit ap­par­te­nir au pas­sé», pré­vient le se­cré­taire gé­né­ral de la FIF­PRO, le Néer­lan­dais Theo Van Seg­ge­len. «Le nou­veau pré­sident de la Fifa (Gian­ni In­fan­ti­no) a an­non­cé qu'il vou­lait tra­vailler avec les pro­fes­sion­nels pour mettre en place cette ré­forme in­dis­pen­sable. Ce rap­port doit en être le point de dé­part», pour­suit-il. Les joueurs fran­çais pro­té­gés Dans cette pein­ture glo­ba­le­ment bru­tale du monde du foot­ball, la France ap­pa­raît comme un havre pri­vi­lé­gié. «Les joueurs en France ont par­mi les meilleurs condi­tions avec des sa­laires éle­vés, de longs contrats et le plus faible pour­cen­tage de re­tards de sa­laire de l'étude», notent les au­teurs de la syn­thèse. «90% des joueurs étu­diés dé­clarent qu'ils bé­né­fi­cient d'une sé­cu­ri­té ac­cep­table dans leur club ac­tuel», est-il en­core dit. Les chiffres confirment. Les joueurs de L1 et de L2 ayant su­bi des pres­sions en matière de trans­fert sont moi­tié moins nom­breux que la moyenne mon­diale (14% contre 29%). 5% (contre 41%) ont connu des re­tards de paie­ment. Quant aux ap­proches des tru­queurs, elles sont ra­ris­simes en France : 2% en Ligue 1, 1% en Ligue 2 (7% dans le monde). Les don­nées sur les sa­laires des joueurs fran­çais vont aussi dans le sens de l'idée qu'il fait plu­tôt bon vivre du foot­ball en France : les joueurs de Ligue 1 qui gagnent 700 000 € net men­suels et plus sont plus de 10% (contre 2% dans le monde).

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