BCE marque des points es­sen­tiels… Mais, la mo­bi­li­sa­tion syn­di­cale s’am­pli­fie !

Le Temps (Tunisia) - - La Une -

BCE et sa nou­velle équipe gou­ver­ne­men­tale, me­née par Yous­sef Cha­hed et Fadhel Ab­del­ke­fi, ont frap­pé un grand coup, les 29 et 30 no­vembre, avec un suc­cès spec­ta­cu­laire et his­to­rique dans la mo­bi­li­sa­tion du monde éco­no­mique et de la haute fi­nance, et des vrais amis de la Tu­ni­sie à hau­teur de 34 mil­liards de di­nars (ex­cu­sez du peu), sur­tout en pé­riode de ré­ces­sion mon­diale, et de doute à l’échelle pla­né­taire. Evi­dem­ment, ce ne sont que des in­ten­tions ap­puyées de fi­nan­ce­ment, mais la moi­tié au moins est pra­ti­que­ment fi­ce­lée par des ac­cords en bonne et due forme, avec pos­si­bi­li­té de dé­mar­rage dans les se­maines et mois qui ar­rivent.

BCE et sa nou­velle équipe gou­ver­ne­men­tale, me­née par Yous­sef Cha­hed et Fadhel Ab­del­ke­fi, ont frap­pé un grand coup, les 29 et 30 no­vembre, avec un suc­cès spec­ta­cu­laire et his­to­rique dans la mo­bi­li­sa­tion du monde éco­no­mique et de la haute fi­nance, et des vrais amis de la Tu­ni­sie à hau­teur de 34 mil­liards de di­nars (ex­cu­sez du peu), sur­tout en pé­riode de ré­ces­sion mon­diale, et de doute à l’échelle pla­né­taire. Evi­dem­ment, ce ne sont que des in­ten­tions ap­puyées de fi­nan­ce­ment, mais la moi­tié au moins est pra­ti­que­ment fi­ce­lée par des ac­cords en bonne et due forme, avec pos­si­bi­li­té de dé­mar­rage dans les se­maines et mois qui ar­rivent. 2017 était craint et an­non­cée comme un « cau­che­mar » et « la fin du monde », pour les classes moyennes ap­pe­lées à ser­rer la cein­ture et aux pro­mo­teurs, hommes d’af­faires, mé­de­cins et avo­cats, à se plier à une pres­sion fis­cale de toutes les exi­gences pour sou­la­ger les fi­nances pu­bliques et sur­tout apai­ser les syn­di­cats fron­deurs avec quelques as­so­cia­tions de plus en plus mon­tées contre le peuple de la réus­site ! Je dis ce­la parce que de­puis Boi­leau, la cri­tique est ai­sée, mais l’art est dif­fi­cile, et il n’y a pas de plus ai­sé et de plus confor­table que d’oc­cu­per la « Rue », blo­quer les ins­ti­tu­tions et le monde pro­duc­tif, parce qu’on se la coule douce et parce qu’on peut pro­fi­ter en abon­dance sans état d’âme, ni re­mords, des fruits de ceux qui tra­vaillent vrai­ment. Pour ma part j’es­time, ce­la, comme l’in­jus­tice su­prême que de vou­loir ré­com­pen­ser les fai­néants et pé­na­li­ser les tra­vailleurs pro­duc­teurs qui réus­sissent. Plus au­cun pays de haute per­for­mance et de crois­sance ne fait ce­la ! J’en ar­rive à cette ten­dance ab­so­lu­ment hal­lu­ci­nante qui s’ins­talle dans le pays et qui consiste à « dé­ga­ger » des mi­nistres aux cris de slo­gans de bas étages et qui frisent la dif­fa­ma­tion d’une voyou­cra­tie pri­maire. Après un cer­tain Saïd El Aï­di, li­mo­gé sous la pres­sion syn­di­cale et po­li­tique de droite, voi­là que le tour est ve­nu pour Né­ji Jel­loul de su­bir le mar­tyre de la rue « Bab Be­nat », de­vant ce temple de l’edu­ca­tion na­tio­nale qui a vu dé­rou­ler les Chab­bi, les Mes­saâ­di, les Mza­li, les Driss Gui­ga et j’en passe. Cette « ar­mée » bap­ti­sée de « la craie » mo­bi­li­sée par des gau­chistes pa­ten­tés avec quelques vel­léi­tés droi­tière aus­si, a vou­lu hu­mi­lier le mi­nistre et l’etat.

Je n’ai nul­le­ment l’in­ten­tion ni l’en­vie de dé­fendre ce mi­nistre que je ne connais pas, et qui a com­mis beau­coup d’er­reurs d’ai­guillage et beau­coup de mal­adresses, do­pé qu’il était quelque part par les son­dages fa­vo­rables qui le met­taient lar­ge­ment en tête des hommes po­li­tiques les plus po­pu­laires, de­puis main­te­nant presque trois ans. Pre­mière er­reur de M. Jal­loul, au ni­veau des pro­grammes et de la ré­forme, où en vou­lant ara­bi­ser à ou­trance il s’est fait ac­cro­cher par le peuple de la mo­der­ni­sa­tion.

Per­sonne, aus­si, n’a ou­blié sa ten­ta­tion « Saint-an­toi­nienne », de faire de nos écoles des « Kou­tebs-ré­pé­ti­teurs » sur conseil d’un an­cien mi­nistre des Af­faires re­li­gieuses ! Deuxième er­reur, le bras de fer in­cons­tant mi-figue mi-rai­sin, avec les syn­di­cats, un jour, les rap­ports au beau fixe et un jour conflic­tuels et de rup­ture. Le fait de ne ja­mais sanc­tion­ner les gré­vistes au moins, sur les jours « chô­més » du fait de la grève et de cé­der tout le temps à leurs re­ven­di­ca­tions, a mis le mi­nistre dans un état de dé­pen­dance au bon-vou­loir des Yaâ­kou­bi et autres Gam­mou­di. En­fin le « flirt » avec les is­la­mistes d’un cô­té et les gau­chistes de l’autre, a fi­ni par iso­ler M. Jal­loul qui perd sur les deux ta­bleaux à force de vou­loir sa­tis­faire tout le monde. Je fi­ni­rai aus­si par ce chan­ge­ment de ca­len­drier des va­cances sco­laires qui per­turbe énor­mé­ment les pa­rents et les fa­milles ha­bi­tués à se réunir pen­dant les fêtes de fin d’an­née et de la Saint Syl­vestre. En bref, M.jal­loul n’a presque plus de sou­tiens parce que per­sonne ne se sent concer­né par sa mé­thode in­stable et peu convain­cante. Mais, tout ce­la ne peut en au­cune ma­nière lé­gi­ti­mer ces marches bouillon­nantes avec des slo­gans in­dignes et très éloi­gnés du monde édu­ca­tif. A ce pro­pos, beau­coup doutent de ces « 30.000 ma­ni­fes­tants » dont une bonne par­tie n’ap­par­tient pas ou si peu au corps édu­ca­tif et viennent d’autres « bases » syn­di­cales « so­li­daires » comme c’est la règle de­puis belle lu­rette dans ce pays « sous oc­cu­pa­tion in­terne », de la « Rue » et son peuple pris en otage du fait de l’af­fai­blis­se­ment de l’etat.

Main­te­nant, que faire, si­non s’in­gé­nier pour trou­ver une sor­tie de crise ho­no­rable où le gou­ver­ne­ment ne per­drait pas la face et où les syn­di­cats trou­ve­raient aus­si leur compte. Un re­ma­nie­ment mi­nis­té­riel qui confir­me­rait M. Jal­loul dans un autre poste digne, sans que ce­la puisse res­sem­bler à un li­mo­geage et une conces­sion ma­jeure du gou­ver­ne­ment est, peut être, sou­hai­table, au point où en sont les choses.

Mais, au-de­là de la per­son­na­li­sa­tion, le pro­blème qui se pose sé­rieu­se­ment est ce­lui du fonc­tion­ne­ment des ins­ti­tu­tions. L’UGTT se veut être as­so­ciée au pou­voir de dé­si­gner les mi­nistres tout en cla­mant son re­fus de faire par­tie du gou­ver­ne­ment. C’est ce qu’on ap­pelle vou­loir le beurre et l’ar­gent du beurre. On veut le pou­voir sans en as­su­mer, ni les risques, ni les contraintes. La lo­gique et la règle dé­mo­cra­tiques veulent pour­tant que les « po­li­ti­ciens » syn­di­ca­listes (plus po­li­ti­sés que ja­mais) soient comp­ta­bi­li­sés aus­si de leurs actes et de leurs agis­se­ments.

Pour ce­la, ils peuvent se muer en par­ti po­li­tique, dire aux Tu­ni­siens com­ment ils veulent gou­ver­ner, et se pré­sen­ter aux élec­tions pour avoir les suf­frages des ci­toyens. Mais, conti­nuer à se dé­ro­ber sous la tente syn­di­cale, et re­fu­ser la res­pon­sa­bi­li­té po­li­tique et les actes de gou­ver­ne­ment de fait, c’est al­ler vers des crises ma­jeures, où le syn­di­cal pousse le pays au seuil po­li­tique et so­cial cri­tiques. Les Tu­ni­siens veulent sa­voir au­jourd’hui qui fait quoi dans ce pays !? Est-ce trop de­man­der ?! En Dé­mo­cra­tie, la règle du chan­ge­ment po­li­tique passe par les « urnes » et non par la « Rue » !... Mais, il y a comme tou­jours, « l’ex­cep­tion tu­ni­sienne », qui com­mence à dé­ri­ver vers un cer­tain to­ta­li­ta­risme des plus forts… Ceux qui tiennent la mo­bi­li­sa­tion de la rue entre leurs mains ! Et dire que le Fo­rum de l’in­ves­tis­se­ment a don­né beau­coup d’es­poir aux Tu­ni­siennes et aux Tu­ni­siens… Mais, c’est vrai aus­si, que sou­vent, les peuples sont ré­frac­taires à la dis­ci­pline pour­vu qu’on leur chante qu’ils sont « ré­vo­lu­tion­naires » … Un luxe qu’on paye chè­re­ment de­puis six ans ! K.G

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