Avec Trump, les vau­tours gou­ver­ne­ront l’amé­rique

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

On se sou­vient que Do­nald Trump cla­mait pen­dant sa cam­pagne : «Je les connais, les banquiers de Gold­man Sachs ! Ils exercent un contrôle to­tal sur Hilla­ry Clin­ton.» La conni­vence, réelle, entre les Clin­ton Bill et Hilla­ry, avait beau­coup ser­vi à jus­ti­fier une ten­dresse po­li­tique pour « le Do­nald », cen­sé par simple pa­ral­lé­lisme des formes, re­pré­sen­ter les in­té­rêts des « pe­tits», no­tam­ment les classes moyennes blanches, contre les « gros », al­liés aux minorités et à Hilla­ry Clin­ton. Pa­ta­tras ! Le dé­cor mé­dia­tique en car­ton s’écroule lorsque Trump ré­vèle pour qui il roule vrai­ment : les banquiers et les spé­cu­la­teurs qui ont fi­nan­cé sa cam­pagne, et qu’il nomme aux postes stra­té­giques. Les al­lers­re­tours entre Washington et Wall Street sont fré­quents aux Etats-unis, dans les ad­mi­nis­tra­tions dé­mo­crates comme ré­pu­bli­caines, mais ra­re­ment un tel ni­veau de main­mise avait été at­teint !

Un pro­gramme de ban­quier

Do­nald Trump confie ain­si le poste de se­cré­taire au Tré­sor (mi­nis­tère de l’éco­no­mie et des fi­nances) à Steve Mnu­chin, an­cien de la Banque Gold­man Sachs (dite « la Firme ») et ac­tuel­le­ment à la tête d’un énorme fonds d’in­ves­tis­se­ment ap­pe­lé Dune Ca­pi­tal (il a fi­nan­cé no­tam­ment le fil­ma­va­tar). Mun­chin met­tra en oeuvre les orien­ta­tions de Trump : baisse des im­pôts pour les en­tre­prises, am­nis­tie fis­cale pour les ra­pa­trie­ments de ca­pi­taux, et dé­man­tè­le­ment de la loi Dodd-franck qui sé­pare les ac­ti­vi­tés ban­caires des ac­ti­vi­tés spé­cu­la­tives, afin d’évi­ter une nou­velle crise des su­primes. Un pro­gramme de ban­quier, en somme.

Un roi de la faillite mi­nistre du Com­merce

Le poste de se­cré­taire au Com­merce re­vient à un per­son­nage du même ca­libre, Wil­bur Ross. Même s’il ne né­go­cie­ra pas les ac­cords in­ter­na­tio­naux (rôle du « re­pré­sen­tant spé­cial du pré­sident », pas en­core nom­mé) il a dé­jà dé­fi­ni sa po­li­tique : « Je suis moi-même fa­vo­rable au com­merce mon­dial. Beau­coup de nos en­tre­prises son en­ga­gées dans le com­merce in­ter­na­tio­nal. Mais (...) tout ac­cord com­mer­cial doit faire en sorte de bé­né­fi­cier aux Etats-unis. » Au moins an­nonce-t-il la cou­leur ! Il est pré­sen­té par L’AFP comme un « spé­cia­liste du re­dres­se­ment des en­tre­prises en dif­fi­cul­tés très bien in­tro­duit à Wall Street ». En fait son sur­nom, c’est « le roi de la faillite », tant il res­semble à un Ber­nard Ta­pie (qui au­rait réus­si). Né en 1937, Ross a long­temps tra­vaillé pour la banque Roth­schild, se spé­cia­li­sant dans les af­faires de faillites. Il avait à ce titre ai­dé Do­nald Trump, dont les ca­si­nos d’at­lan­tic Ci­ty (New Jer­sey, est) se por­taient par­ti­cu­liè­re­ment mal à la fin des an­nées 1980. Au dé­but des an­nées 2000, Wil­bur Ross a créé sa propre so­cié­té d’in­ves­tis­se­ments, WL Ross & Co, se lan­çant dans une en­tre­prise de « sau­ve­tage » de groupes si­dé­rur­giques en dif­fi­cul­tés. Dans les an­nées sui­vantes, il al­lait s’in­té­res­ser de la même fa­çon aux pièces dé­ta­chées au­to­mo­biles, au tex­tile et au char­bon. C’est ain­si qu’une de ses mines ex­plo­sa en Vir­gine oc­ci­den­tale, cau­sant la mort de 13 mi­neurs. Sa ges­tion igno­rant la sé­cu­ri­té est mise en cause. Sa for­tune est éva­luée au­jourd’hui par le ma­ga­zine Forbes à 2,9 mil­liards de dol­lars, le si­tuant au 232e rang des mil­liar­daires amé­ri­cains. WL Ross a dû payer 2,3 mil­lions de dol­lars en août der­nier dans le cadre d’un ac­cord à l’amiable avec le gen­darme de la Bourse amé­ri­caine (SEC) por­tant sur la fac­tu­ra­tion de com­mis­sions aux in­ves­tis­seurs dans ses dif­fé­rents fonds. Ses ac­ti­vi­tés ne se li­mitent pas aux Etat­su­nis. Il est ain­si de­ve­nu l’un des membres du Conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de la Bank of Cy­prus après que celle-ci a fait faillite en 2013 puis a été ren­flouée dans le cadre d’un plan de sau­ve­tage eu­ro­péen du sec­teur ban­caire chy­priote se mon­tant à 10 mil­liards de dol­lars.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.