Le choix de l’ou­ver­ture ou du re­tour en ar­rière

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Comme s’ils avaient dé­jà ga­gné, comme si un re­tour en ar­rière était im­pos­sible. Klaxon­nant sur leur mo­to, bran­dis­sant bal­lons, pos­ters et écharpes vio­lettes, la cou­leur de leur can­di­dat, le pré­sident sor­tant Has­san Ro­ha­ni, une foule de jeunes ap­plau­die par les moins jeunes pa­ra­lyse les ar­tères de Té­hé­ran tous les soirs en cette fin de cam­pagne pré­si­den­tielle pas­sion­nelle, qui voit s’af­fron­ter deux Iran. Près de 50,6 mil­lions d’élec­teurs sont ap­pe­lés à tran­cher ce ven­dre­di. La pour­suite de l’ou­ver­ture in­ter­na­tio­nale, avec la vic­toire du re­li­gieux Has­san Ro­ha­ni, 68 ans, élu en 2013 avec 50,7 % des voix. Ou l’iso­le­ment, voire une confron­ta­tion sou­ter­raine avec l’oc­ci­dent, avec l’élec­tion d’ebra­him Rais­si, 56 ans. Le tout sous l’oeil at­ten­tif du Guide su­prême et vrai maître du pays depuis 1989, l’aya­tol­lah Ali Kha­me­nei. Ro­ha­ni a les fa­veurs des com­men­ta­teurs, et, de peu, de son­dages ré­pu­tés très peu fiables. Mais une sur­prise est pos­sible à l’an­nonce des ré­sul­tats dans la nuit de ven­dre­di à sa­me­di. Un deuxième tour, le 26 mai, semble très im­pro­bable puisque les quatre autres can­di­dats (sur 1 .600 au dé­part, tous in­va­li­dés par le ré­gime) ne sont que des faire-va­loir ou se sont re­ti­rés, comme le maire de Té­hé­ran, Mo­ha­med Gha­li­baf, dé­fait par Ro­ha­ni il y a quatre ans, et le vice-pré­sident, Es-hagh Ja­han­gui­ri.

Op­po­si­tions

Le choix semble clair, mais comme tou­jours en Iran les clans po­li­tiques s’avèrent opaques, confus et fluc­tuants, « il faut en fi­nir avec le cli­ché ré­for­ma­teurs contre conser­va­teurs, ou prag­ma­tiques contre prin­ci­pa­listes », aver­tit Ali Mar­ta­ra­vi Sha­rif, po­li­to­logue à l’uni­ver­si­té cen­trale de Té­hé­ran. Qui em­ploie le terme perse d’es­lah­ta­lab pour dé­si­gner les par­ti­sans de Ro­ha­ni et de la mon­dia­li­sa­tion, et ce­lui d’usul­ga­ra pour dé­si­gner le camp de Rais­si, qui veut que le pays compte en prio­ri­té sur ses propres forces. Au der­nier mee­ting de ce der­nier, mar­di à Téh­ran, Amir, un pu­bli­ciste de 39 ans, in­voque les va­leurs ré­vo­lu­tion­naires de 1979 et dé­nonce « Ro­ha­ni la­quais des Oc­ci­den­taux », tan­dis que Ma­ryam, une étu­diante vê­tue de noir des pieds à la tête, comme qua­si­ment toutes les autres femmes pré­sentes, fus­tige le « li­bé­ra­lisme dé­pra­vé im­por­té des Etats-unis ». Dans le mé­tro quel­qu’un a lan­cé « que ceux qui votent Rais­si lancent une phrase ri­tuelle » et le wa­gon presque ex­clu­si­ve­ment mas­cu­lin (les femmes ont un wa­gon ré­ser­vé) a ru­gi « Bé­ni soit Ma­hom­med et sa fa­mille ».

Cli­vage cultu­rel

À l’in­verse, sur l’ave­nue Va­liasr, aux cô­tés de par­ti­sanes de Ro­ha­ni au voile crâ­ne­ment re­je­té en ar­rière, Chayan, ve­nu des quar­tiers hup­pés du nord de la ca­pi­tale, dit s’être ré­so­lu à vo­ter pour le pré­sident sor­tant, de peur d’un re­tour aux « an­nées Ah­ma­di­ne­jad où la po­lice dé­bar­quait à toute heure pour confis­quer les an­tennes sa­tel­lites ». Il re­garde sur son smart­phone des chan­teuses ira­niennes tête nue (mais ba­sées hors du pays), boit par­fois du vin, ce qui est in­ter­dit, et veut bar­rer la route à Rais­si, qui in­carne une « pro­pa­gande pa­ra­noïaque, in­té­griste et chau­vine ».

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