1 eu­ro = 2,750 di­nars : L’onde de choc !

Le Temps (Tunisia) - - News - Par Ez­zed­dine Ben Ha­mi­da

Le choc est qua­si­ment dé­vas­ta­teur pour notre éco­no­mie : une éco­no­mie fra­gi­li­sée par le manque de conso­li­da­tion et d’in­té­gra­tion des dif­fé­rents sec­teurs et branches d’ac­ti­vi­té, vul­né­rable par son de­gré trop éle­vé d’ou­ver­ture et le far­deau de la dette, al­té­rée par le poids de l’éco­no­mie in­for­melle.

L’ob­jec­tif de notre pré­sente contri­bu­tion n’est pas de re­ve­nir sur les consé­quences dra­ma­tiques d’une telle dé­pré­cia­tion ou les avan­tages éco­no­miques d’une mon­naie forte ; nous ren­voyons le lec­teur à nos pré­cé­dentes ré­flexions en la ma­tière. Nous sou­hai­tons ici nous in­ter­ro­ger sur 2 ques­tions :

A qui in­combe la res­pon­sa­bi­li­té d’un tel dé­sastre mo­né­taire ?

Quelles se­raient les consé­quences d’un éven­tuel chan­ge­ment du ré­gime de change et as­sou­plis­se­ment des règles qui ré­gissent les comptes en de­vises ? A qui in­combe la res­pon­sa­bi­li­té d’un tel dé­sastre mo­né­taire ?

On ne tire pas sur une am­bu­lance ! Mon­sieur Ched­ly Aya­ri, 89 ans, Gou­ver­neur de la BCT, de­puis plus de 60 ans est dans le rouage de la vie po­li­tique, cris­tal­lise aujourd’hui toutes les cri­tiques acerbes des jour­na­listes. Il est certes res­pon­sable, mais la res­pon­sa­bi­li­té in­combe aus­si à ceux qui l’ont nom­mé en 2012 et sur­tout à ceux qui l’ont gar­dé en 2015. Avant lui c’était le bap­tême du feu de ma­dame La­mia Zri­bi, l’ex-mi­nistre des Fi­nances, sur qui la presse a ti­ré à bou­lets rouges dès sa no­mi­na­tion d’ailleurs à la tête de ce mi­nis­tère ré­ga­lien. Son crime est tout bon­ne­ment d’être une femme ; Ma­dame Zri­bi n’a pas eu le temps in­dis­pen­sable pour dé­rou­ler son ap­proche ain­si que sa stra­té­gie éco­no­mique !

Alors, Il nous faut bien un cou­pable ! Qui ? Le jeune mi­nistre de l’in­dus­trie et du Com­merce, Zied Laadha­ri! Ah, l’ac­cu­sa­tion cette fois-ci semble te­nir, dur comme fer, elle lui va comme un gant ; il a le pro­fil idéal : Nadhaoui et proche des Turcs -cer­tains l’ac­cusent même d’en avoir la na­tio­na­li­té : gro­tesque-. Pis, il ma­nie trop la langue de bois, chose qui agace, ir­rite, beau­coup nos « for­mi­dables » jour­na­listes. En fait, il n’a fait que res­pec­ter des si­nistres ac­cords si­gnés par ses pré­dé­ces­seurs. Tou­te­fois, il se doit d’ar­rê­ter l’hé­mor­ra­gie.

Les vraies rai­sons sont donc ailleurs ! Les vrais cou­pables sont tous ceux qui se sont suc­cé­dé au pou­voir de­puis le tour­nant de 1970. Ils étaient in­ca­pables de do­ter le pays d’une vé­ri­table stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment en me­sure de his­ser le pays aujourd’hui au rang des pays émer­gents! Ils ont man­qué le son de cloche, d’am­bi­tion pour le pays ! (voir notre com­mu­ni­ca­tion, «L’his­toire du chô­mage en Tu­ni­sie : un mal dont la res­pon­sa­bi­li­té est col­lec­tive » dis­po­nible sur le site lea­ders.com).

La dé­pré­cia­tion du di­nar comme leit­mo­tiv pour s’in­sé­rer dans la di­vi­sion in­ter­na­tio­nale du tra­vail : Que dit la théo­rie éco­no­mique ?

Les au­to­ri­tés tu­ni­siennes de­puis 50 ans croient que la dé­pré­cia­tion du di­nar est de na­ture à sti­mu­ler, grâce à un re­gain de com­pé­ti­ti­vi­té-prix, nos ex­por­ta­tions et à li­mi­ter nos im­por­ta­tions. Mal­gré l’échec cui­sant d’une telle stra­té­gie, ils s’en­têtent tou­jours ! Nor­mal, de­puis 50 ans sont tou­jours les mêmes !

En réa­li­té, la si­tua­tion est émi­nem­ment plus com­plexe. Une telle orien­ta­tion stra­té­gique se tra­duit né­ces­sai­re­ment par au moins deux consé­quences né­ga­tives : Une in­fla­tion im­por­tée et in­com­pres­sible en rai­son de la hausse des coûts de la fac­tu­ra­tion des ma­tières pre­mières, des pro­duits se­mi-fi­nis et des tech­no­lo­gies in­dis­pen­sables pour nos en­tre­prises (biens d’équi­pe­ments, pièces de re­change,…) ; Et une aug­men­ta­tion du ser­vice (des in­té­rêts) de la dette ex­té­rieure : 60% de la dette tu­ni­sienne sont li­bel­lées en eu­ro.

En gé­né­ral, les tra­vaux des éco­no­mistes sur les ef­fets de la baisse des taux de change sur les soldes des ba­lances com­mer­ciales ont mon­tré que ces ef­fets sont va­riables dans le temps et se­lon la qua­li­té du tis­su in­dus­triel. En clair, ce­ci sup­pose pour la Tu­ni­sie de dis­po­ser d’un grand ba­taillon d’en­tre­prises na­tio­nales (pu­bliques et pri­vées) ex­por­ta­trices dont le pro­ces­sus de pro­duc­tion est par­fai­te­ment bien in­té­gré. Hé­las, ce­la fait en­core dé­faut, et ce­ci après plus de 60 ans d’in­dé­pen­dance.

Que faire, alors ? En­core une fois, la so­lu­tion semble être toute trou­vée par nos chantres du li­bé­ra­lisme éco­no­mique - tout en étant d’ailleurs très conser­va­teurs sur le plan so­cié­tal : Plus de li­bé­ra­lisme, de dé­ré­gle­men­ta­tion et de pri­va­ti­sa­tion. Ah, oui ! Au­tant li­vrer le pays aux ex-puis­sances co­lo­niales. Cer­tains pour­raient me ré­tor­quer, à rai­son : ils y sont dé­jà ! Pire en­core, beau­coup d’af­fai­ristes et d’éco­no­mistes pro-oc­ci­den­taux ap­pellent de leurs voeux à un chan­ge­ment du ré­gime de change et à l’as­sou­plis­se­ment des règles qui ré­gissent les comptes en de­vises. Quelles se­raient les consé­quences d’un éven­tuel chan­ge­ment du ré­gime de change et as­sou­plis­se­ment des règles qui ré­gissent les comptes en de­vises ? Mise en garde contre un éven­tuel chan­ge­ment du ré­gime de change

De­puis 3 ans, des voix se lèvent pour chan­ger de ré­gime de change. Chan­ger de ré­gime de change est sy­no­nyme, comme nous l’avons clai­re­ment ex­pli­qué et mon­tré ré­cem­ment dans nos co­lonnes, de faillite na­tio­nale! Nous sommes en ef­fet dans un mode change qua­li­fié de type «ar­ri­mage souple» : La Banque cen­trale tu­ni­sienne (BCT) fixe tous les ma­tins la pa­ri­té du di­nar (cours pi­vot) en fonc­tion du taux de change de la veille sur le mar­ché in­ter­ban­caire, mais aus­si d’une pé­réqua­tion très com­plexe connue que par cer­tains res­pon­sables de la BCT. Le pas­sage à un ré­gime de change flot­tant si­gni­fie le pas­sage à un sys­tème de change où c’est la loi de l’offre et de la de­mande qui dé­ter­mi­ne­ra la pa­ri­té du di­nar, c’est-à-dire le taux de change par rap­port aux autres de­vises.

L’offre et la de­mande du di­nar sont fonc­tions de plu­sieurs pa­ra­mètres ma­croé­co­no­miques : le taux crois­sance, le taux d’in­fla­tion, le taux de chô­mage et sur­tout le taux du dé­fi­cit com­mer­cial et plus gé­né­ra­le­ment de la balance des tran­sac­tions cou­rantes. Le dé­fi­cit chro­nique de notre balance des tran­sac­tions cou­rantes exerce une ter­rible pres­sion en termes de de­mande de de­vises étran­gères sur le mar­ché de change. Ce qui se tra­duit dans les faits par une dé­pré­cia­tion du di­nar. Le risque est donc réel tant que nos fon­da­men­taux éco­no­miques (solde com­mer­cial, taux d’in­fla­tion, taux de crois­sance, le taux d’en­det­te­ment par rap­port au PIB et par rap­port aux re­cettes fis­cales et les re­cettes en de­vises) ne sont pas à l’équi­libre. Nous ris­quons l’hé­mor­ra­gie.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.