Nou­veau test di­plo­ma­tique pour Ma­cron

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Le pré­sident fran­çais a re­çu hier son ho­mo­logue russe pour une vi­site de tra­vail. Le ren­dez-vous entre Vla­di­mir Pou­tine et Em­ma­nuel Ma­cron se se­rait dé­rou­lé dans le parc du châ­teau de Ver­sailles, ré­si­dence des rois Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. Les deux hommes au­raient inau­gu­ré au Grand Tria­non une ex­po­si­tion sur Pierre le Grand, em­pe­reur de toutes les Rus­sies. Il y a 300 ans, au châ­teau du Grand Tria­non, la cour de Ver­sailles ac­cueillait Pierre le Grand, un tsar par­ti­cu­liè­re­ment tour­né vers l’eu­rope. Une Eu­rope que les pré­si­dents russe et fran­çais ap­pré­hendent dé­sor­mais, à l’heure de ce tri­cen­te­naire, cha­cun à leur ma­nière. Le pre­mier la voit comme une en­ti­té af­fai­blie dé­pour­vue d’in­dé­pen­dance, le se­cond s’est don­né pour ob­jec­tif de la re­lan­cer. Mos­cou n’avait pas pa­rié un ko­pek sur la vic­toire d’em­ma­nuel Ma­cron, rap­pelle notre cor­res­pon­dante à Mos­cou, Mu­riel Pom­ponne. Vla­di­mir Pou­tine avait des re­la­tions an­ciennes et bonnes avec Fran­çois Fillon. Il voyait par ailleurs dans le Front na­tio­nal un mou­ve­ment na­tio­na­liste et an­ti-eu­ro­péen comme il les aime. Entre les deux tours, et même après, les mé­dias russes ont ain­si me­né une cam­pagne agres­sive contre M. Ma­cron. Ma­cron, Pou­tine... les deux hommes sont des prag­ma­tiques. Alors, Em­ma­nuel Ma­cron pro­fite de cet évè­ne­ment his­to­ri­co-cultu­rel pour faire de la diplomatie. Et pour Vla­di­mir Pou­tine, une in­vi­ta­tion à Ver­sailles ne sau­rait se re­fu­ser. Elle com­pense lar­ge­ment le ren­dez-vous man­qué entre Fran­çois Hol­lande et le chef du Krem­lin en oc­tobre der­nier pour l’inau­gu­ra­tion du centre cultu­rel russe de Pa­ris. Pou­tine veut sor­tir son pays de

l’iso­le­ment L’ac­cueil pré­vu au Tria­non a de quoi sé­duire les Russes. A Mos­cou, la presse y voit un grand hon­neur. Le jour­nal Mos­kovs­ki Kom­so­mo­lets écrit tout bon­ne­ment qu’em­ma­nuel Ma­cron va re­ce­voir Vla­di­mir Pou­tine avec les hon­neurs dus à « un père ». Et de tis­ser un point com­mun entre Pierre Le Grand et Vla­di­mir Pou­tine, deux hommes qui ont vou­lu ou­vrir la fe­nêtre de la Rus­sie sur l’eu­rope, se­lon MK. Le pré­sident russe a be­soin de l’eu­rope. Ses ro­do­mon­tades an­ti-eu­ro­péennes n’ont me­né la Rus­sie nulle part, et les re­la­tions avec Do­nald Trump ne sont pas au ni­veau es­pé­ré. Vla­di­mir Pou­tine et Em­ma­nuel Ma­cron se sont té­lé­pho­né le 18 mai der­nier, à l’ini­tia­tive de Mos­cou. Quoi qu’il en dise, le chef du Krem­lin sou­haite sor­tir de l’iso­le­ment. Il va donc à Pa­ris pour « tâ­ter le ter­rain ».

Les Russes couvrent Ma­cron de louanges La presse of­fi­cielle russe re­grette la dé­gra­da­tion des re­la­tions entre la Rus­sie et l’eu­rope de­puis trois ans, même si elle n’en évoque pas les causes. « De­puis presque 200 ans, la France a tou­jours été un élé­ment im­por­tant pour le po­si­tion­ne­ment de la Rus­sie en Eu­rope. Ces re­la­tions ont été ébran­lées sous l’an­cien pré­sident Hol­lande, mais dans l’ensemble cette tra­di­tion est bien en­ra­ci­née dans la po­li­tique russe », ex­plique le spé­cia­liste russe des re­la­tions in­ter­na­tio­nales Fio­dor Lou­kia­nov. « On constate en Eu­rope, ces der­nières an­nées, un dés­équi­libre in­té­rieur de pou­voir et d’in­fluence, ajoute-t-il. L’al­le­magne, sans for­cé­ment le vou­loir, s’est re­trou­vée dans une po­si­tion hé­gé­mo­nique. Ce n’est pas dans l’in­té­rêt de la Rus­sie, même si tra­di­tion­nel­le­ment, on a eu de bonnes re­la­tions elle - mais main­te­nant tout a chan­gé. Et le rôle de la France en tant que contre­poids à l’in­fluence al­le­mande est im­por­tant pour la Rus­sie ac­tuel­le­ment, car c’est un pays en­clin à être plus prag­ma­tique sur cer­taines ques­tions que l’al­le­magne. »

Les Russes veulent voir dans cette in­vi­ta­tion de M. Ma­cron, qu’ils qua­li­fient à Mos­cou de « Won­der­king de la po­li­tique », une preuve d’in­dé­pen­dance de Pa­ris vis-à-vis de Ber­lin et Wa­shing­ton. L’am­bas­sa­deur de Rus­sie en France, Alexan­der Or­lov - qui a sou­vent re­çu Ma­rine Le Pen -, ne ta­rit plus d’éloges concer­nant le chef de l’etat fran­çais, qua­li­fié de pré­sident « com­pé­tent et brillant». La Sy­rie et l’ukraine au me­nu

de la ren­contre La ren­contre de Ver­sailles se­ra l’oc­ca­sion d’évo­quer deux su­jets sen­sibles pour Em­ma­nuel Ma­cron et Vla­di­mir Pou­tine : la Sy­rie et l’ukraine. Le pré­sident fran­çais, qui a af­fir­mé au som­met du G7 en Si­cile que « la Rus­sie a en­va­hi l’ukraine », a pré­ve­nu qu’il au­rait un « dis­cours exi­geant » et « sans au­cune conces­sion » sur ce dos­sier. Iou­ri Ou­cha­kov, conseiller di­plo­ma­tique du Krem­lin, rap­pelle qu’il s’agit d’une ren­contre in­for­melle qui ne se tra­dui­ra pas par la si­gna­ture d’un do­cu­ment. De fait, il ne fau­dra pas s’at­tendre à des évo­lu­tions sur les grands dos­siers où les désac­cords sont les plus im­por­tants. Peut-être y au­ra-t-il en re­vanche des dé­cla­ra­tions sur la lutte contre le ter­ro­risme, la Ly­bie et quelques avan­cées sur le plan bi­la­té­ral.

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