La dé­rive in­quié­tante du prince Mohammed Ben Sal­mane

Le Temps (Tunisia) - - MONDE -

Que reste-t-il des signes d’ouverture af­fi­chés par Mohammed Ben Sal­mane ? Dans ce royaume ul­tra-conser­va­teur, les dé­ca­pi­ta­tions s’ac­cé­lèrent et des mi­li­tants des droits de l’homme sont je­tés en pri­son.

Sale temps pour les Droits de l’homme - et de la femme - en Ara­bie Saou­dite. Le royaume wah­ha­bite n’a certes ja­mais eu la ré­pu­ta­tion d’être la terre bé­nie de la dé­mo­cra­tie. De­puis des dé­cen­nies on y pra­tique la dé­ca­pi­ta­tion en pu­blic des condam­nés et la Mut­ta­wa, la po­lice re­li­gieuse, a tou­jours fait res­pec­ter les moeurs aus­tères du royaume à grands coups de bâ­tons.

Mais de­puis le dé­but de l’an­née le ré­gime di­ri­gé d’une main de fer par Mohammed Ben Sal­mane - dé­si­gné prince hé­ri­tier en juin 2017 - a im­pri­mé un tour­nant de plus en plus au­to­ri­taire sur sa po­pu­la­tion. Se­lon les ONG in­ter­na­tio­nales, 48 dé­ca­pi­ta­tions au­raient été exé­cu­tées de jan­vier à avril 2018 et 58 per­sonnes se trou­ve­raient a ac­tuel­le­ment dans le cou­loir de la mort.

Peine de mort re­quise contre des mi­li­tants des droits de l’homme

Les condam­na­tions visent de plus en plus sou­vent des mi­li­tants et des mi­li­tantes des droits de l’homme comme Is­raa Al­ghom­gham,

une dis­si­dente chiite dont le pro­cu­reur du royaume a ré­cem­ment re­quis la peine de mort à son en­contre. Son « crime » ?Avoir fait de la pu­bli­ci­té sur des ma­ni­fes­ta­tions hos­tiles au ré­gime dans la Pro­vince orien­tale.

Le ju­ge­ment se­ra ren­du fin oc­tobre, mais l’in­quié­tude gran­dit. « Is­raa et quatre autres per­sonnes font au­jourd’hui face à la pire peine pos­sible et ce, pour leur en­ga­ge­ment dans des ma­ni­fes­ta­tions an­ti­gou­ver­ne­men­tales », dé­plore Sa­mah Ha­did, di­rec­trice Moyen Orient d’am­nes­ty In­ter­na­tio­nal. Ar­rê­tées dans la même vague, des fé­mi­nistes saou­diennes sont éga­le­ment dé­te­nues de­puis plus de cent jours.

Ces der­niers mois, le prince Ben Sal­mane a donc en­voyé des signes pour le moins contra­dic­toires. Après avoir prê­ché un Is­lam éclai­ré et la mo­der­ni­sa­tion du royaume (en ac­cor­dant no­tam­ment le droit de conduire aux femmes et en ou­vrant des salles de ci­né­ma), après avoir aus­si fait les yeux doux aux in­ves­tis­seurs du monde en­tier, le jeune prince a aus­si mon­tré un vi­sage as­sez ef­frayant. «Les gens ont peur et ne savent plus où il veut em­me­ner le royaume»

Bru­tal, il n’a pas hé­si­té à em­pri­son­ner ré­cem­ment un de ses plus proches conseillers éco­no­miques ju­gé res­pon­sable du coup d’ar­rêt de la co­ta­tion en bourse du géant Sau­di Aram­co vic­time de l’ef­fon­dre­ment des cours du pé­trole de­puis 2014. Mohammed Ben Sal­mane est aus­si res­té sourd aux ap­pels à la clé­mence ve­nus du monde en­tier vis-à-vis du jeune blo­gueur Raif Ba­da­wi, em­pri­son­né de­puis 2015 et ré­gu­liè­re­ment fouet­té.

Le prince Ben Sal­mane

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