La bourde de trop

Le Temps (Tunisia) - - MONDE -

Comme pour com­pli­quer en­core plus les choses, le mi­nistre de la San­té, qui s'est jusque-là abs­te­nu de toute in­ter­ven­tion à un mo­ment où sa pré­sence était sou­hai­tée pour apaiser les es­prits, vient de créer une nou­velle po­lé­mique dans ce malheureux feuille­ton de l'été: l'épi­dé­mie de cho­lé­ra. Il a ain­si éton­né plus d'un, qu'il soit ex­pert ou non, lors­qu'il avait dé­cla­ré di­manche à Bou­fa­rik, as­sailli par des jour­na­listes, que l'épi­dé­mie de cho­lé­ra se­ra «éra­di­quée dans les trois pro­chains jours et que la ren­trée sco­laire se fe­ra nor­ma­le­ment».

Même Pas­teur, res­sus­ci­té, n'au­rait pas fait une telle dé­cla­ra­tion. Une dé­cla­ra­tion bien pré­somp­tueuse, à la li­mite de l'in­cons­cience po­li­tique, lorsque ce mi­nistre et son ar­mée de mé­de­cins, de pa­tho­lo­gistes et d'épi­dé­mio­lo­gistes n'ar­rivent tou­jours pas à trou­ver le foyer de l'épi­dé­mie et l'éra­di­quer. Et ras­su­rer les ci­toyens que leur san­té est bien prise en charge. Non, il a fait une grosse er­reur lors­qu'il a af­fir­mé que cette épi­dé­mie de cho­lé­ra se­ra éra­di­quée dans trois jours. Une grosse bou­lette sur la­quelle il est re­ve­nu gau­che­ment hier lun­di en trans­met­tant un dé­men­ti à des chaînes TV qui avaient rap­por­té en di­rect ses pro­pos. Le mi­nistre de la San­té a ain­si si­gni­fié aux Al­gé­riens, qui l'ont bien écou­té d'ailleurs et avec un cer­tain éton­ne­ment, qu'il n'a pas fait de telles dé­cla­ra­tions. Ques­tion: le mi­nistre de la San­té pense-t-il que les Al­gé­riens vont le croire do­ré­na­vant ? Etant un re­pré­sen­tant du gou­ver­ne­ment, il au­rait dû me­su­rer ses pro­pos.

Avant lui, le Pre­mier mi­nistre af­fir­mait que le pays a les moyens de vaincre la crise fi­nan­cière et la baisse des recettes pé­tro­lières. Il a ag­gra­vé le quo­ti­dien des Al­gé­riens en al­lant vers la planche à billets, une so­lu­tion trom­peuse et à ef­fet court, au lieu de mettre en place un mé­ca­nisme viable et à long terme pour re­mettre l'éco­no­mie na­tio­nale sur rails. Là, cette vi­sion s'ar­rête à 2019, un court terme fi­nan­ciè­re­ment sui­ci­daire. Par­fois, les re­com­man­da­tions du FMI sont sa­lu­taires. Et, après son Pre­mier mi­nistre, le mi­nistre de la San­té, peu pré­sent sur la scène lorsque les mé­de­cins ré­si­dents re­ven­di­quaient plus de «res­pect et un sta­tut so­cial», confirme ain­si en di­rect et sur les écrans TV le peu de cré­di­bi­li­té que traîne ce mi­nis­tère de­puis plu­sieurs an­nées.

Il est un fait éta­bli que le mi­nis­tère de la San­té pa­tine, fait du sur­place et au coeur d'une po­li­tique sa­ni­taire qui ailleurs au­rait fait sau­ter des gou­ver­ne­ments. Ce n'est pas le cas, hé­las, chez nous. Même s'il a été vi­si­ble­ment tan­cé par sa hié­rar­chie et qu'il tente un déses­pé­ré loo­ping pour re­tom­ber sur ses pieds, il au­ra fa­ta­le­ment fait la bourde de trop.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.