OPEN­BOOK, UN RÉ­SEAU SO­CIAL AN­TI-FA­CE­BOOK, VOIT EN­FIN LE JOUR

L'Economiste Maghrébin - - Société - Par Me­riem Ben Nsir

Les conquêtes ne se conce­vaient au­tre­fois que par la force des armes, mais avec le temps les choses ont bien chan­gé, celles-ci se fai­sant de ma­nière plus sub­til et par le biais d’autres moyens, à sa­voir éco­no­miques, cultu­rels et tech­no­lo­giques . Par­mi ceux qui ont conquis la pla­nète en­tière, le ré­seau so­cial Fa­ce­book, le­quel grâce à un concept qui à l’époque de son lan­ce­ment était unique, a réus­si à sé­duire près de 2 mil­liards d’uti­li­sa­teurs à tra­vers le monde.

Seule­ment Fa­ce­book n’est pas uni­que­ment un ré­seau so­cial qui rap­proche ses uti­li­sa­teurs mais s’avère être une ma­chine co­los­sale à col­lec­ter des don­nées per­son­nelles et à gé­né­rer de l’ar­gent. Ce re­vers de la mé­daille ne semble pas du goût de tout le monde, et face aux nom­breux scan­dales et man­que­ments no­tam­ment re­la­tifs à la sé­cu­ri­té des don­nées, la ré­sis­tance contre ce ré­seau so­cial s’or­ga­nise, et des voix de plus en plus nom­breuses n’hé­sitent pas à le dé­non­cer, le quit­ter mais aus­si le rem­pla­cer par d’autres ré­seaux so­ciaux « plus sains ». Par­mi les as­pects de cette ré­sis­tance, la nais­sance d’un ré­seau so­cial an­ti –Fa­ce­book bap­ti­sé Open­book, qui a vu le jour très ré­cem­ment et qui est donc pré­sen­té comme une al­ter­na­tive plus sûre se­lon ses concep­teurs.

Dans le souci de se dé­mar­quer des ré­seaux so­ciaux ac­tuels, Open­book fait la pro­messe d’être « hon­nête », per­son­na­li­sé, axé sur le res­pect des don­nées confi­den­tielles, sûr et lu­dique, tout en pro­po­sant les ser­vices que l’on at­tend d’un ré­seau so­cial clas­sique, à sa­voir la pu­bli­ca­tion de posts, un es­pace pour les chats, la pos­si­bi­li­té de for­mer des groupes et des évé­ne­ments.

Le ré­seau so­cial re­pose, en ef­fet, sur un lo­gi­ciel open-source, per­met­tant à toute per­sonne d’exa­mi­ner la pla­te­forme. De plus, en par­te­na­riat avec Foun­ders-Pledge, un groupe d’en­tre­pre­neurs ba­sé en Grande-Bre­tagne , qui en­gage les fon­da­teurs de star­tup à faire don d’un pour­cen­tage de leurs gains de sor­tie à des or­ga­nismes ca­ri­ta­tifs sé­lec­tion­nés se­lon les cri­tères de l’al­truisme ef­fi­cace, Open­book s’en­gage à ver­ser 30% des re­ve­nus gé­né­rés pour des causes en­vi­ron­ne­men­tales, en­cou­ra­ger l’édu­ca­tion et pro­mou­voir la san­té men­tale.

Le ré­seau so­cial laisse le champ libre aux uti­li­sa­teurs pour per­son­na­li­ser leur pro­fil, mais éga­le­ment pour contri­buer aux chan­ge­ments sur le ré­seau lui-même. Avec cette ap­proche par­ti­ci­pa­tive, l’uti­li­sa­teur est au centre du ré­seau so­cial, contri­buant de ma­nière ac­tive à son amé­lio­ra­tion.

Au-de­là des nou­veaux ser­vices qu’il pro­pose, Open­book se dé­marque éga­le­ment par une par­ti­cu­la­ri­té tech­nique qui place la confi­den­tia­li­té et la sé­cu­ri­té des uti­li­sa­teurs au coeur de son fonc­tion­ne­ment.

Le nou­veau ré­seau so­cial sou­haite se dé­mar­quer des autres ré­seaux les­quels, au lieu de consti­tuer un le­vier pour fa­vo­ri­ser les in­ter­ac­tions au sein de leur com­mu­nau­té, voient les uti­li­sa­teurs comme un moyen de gé­né­rer le plus d'ar­gent pos­sible. « Nous ne sui­vons pas ce que vous faites, ni ne mo­né­ti­sons votre in­for­ma­tion, ni ne la par­ta­geons sans votre consen­te­ment ex­pli­cite et éclai­ré », ex­plique le ré­seau so­cial sur une page qui lui est dé­diée.

Son fon­da­teur et PDG Joel Her­nan­dez, grâce à une cam­pagne de fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif, pré­sente sa nou­velle con­cep­tion du ré­seau so­cial : « Nous sou­hai­tons for­te­ment que cette pre­mière (le­vée de fonds) soit sus­ci­tée par nos va­leurs, et non pas par un mo­dèle éco­no­mique ni par le ca­pi­tal ». Le ton est don­né, le ré­seau so­cial ne conçoit pas l’uti­li­sa­teur comme un pro­duit quel­conque, mais un par­te­naire à part en­tière.

L’in­gé­nieur en sé­cu­ri­té in­for­ma­tique ex­plique à cet ef­fet : « Il s’agit vrai­ment de construire un ré­seau so­cial qui res­pecte la vie pri­vée de ses uti­li­sa­teurs, c’est le prin­ci­pal mo­teur pour moi. Mais nous avons tou­te­fois réa­li­sé que si nous vou­lions vrai­ment réus­sir, il fal­lait ap­por­ter quelque chose de plus et ne pas nous conten­ter de créer un clone de Fa­ce­book ».

Vou­lant se dis­tan­cer d’un mo­dèle qui tend à se gé­né­ra­li­ser, Open­book « n'est pas et ne se­ra ja­mais ba­sé sur la pu­bli­ci­té ».

Ain­si d’as­su­rer sa pé­ren­ni­té, le ré­seau so­cial a op­té pour un mo­dèle de re­ve­nus trans­pa­rent, pro­po­sant aux uti­li­sa­teurs une pla­te­forme d’e-com­merce sur la­quelle des tran­sac­tions se­ront pos­sibles moyen­nant une com­mis­sion sur cha­cune d’entre elles. En de­hors de ce­la, Open­book per­met­tra éga­le­ment d'ai­der les en­tre­prises à mettre en place leurs propres ré­seaux so­ciaux in­ternes, au­to-hé­ber­gés et sé­cu­ri­sés avec des fonc­tion­na­li­tés sup­plé­men­taires telles que la ges­tion des iden­ti­tés et des ac­cès.

Par ailleurs et fait non ano­din, Open­book montre sa vo­lon­té d’être moins ad­dic­tif que Fa­ce­book, en ré­dui­sant le nombre de no­ti­fi­ca­tions.

La ques­tion qui se pose est la sui­vante : qu’est-ce qui se cache der­rière ce nou­veau mo­dèle de ré­seau so­cial ? Le doute est lé­gi­time car, rap­pe­lons- le, l'en­fer est pa­vé de bonnes in­ten­tions

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