Des ma­rion­nettes sur l’eau trans­cen­dées

Le Courrier du Vietnam - - LA UNE - THUY HÀ/CVN

Le der­nier spec­tacle du réa­li­sa­teur et met­teur en scène Viêt Tu, réa­li­sé sur un lac de 1,5 hec­tare, a ou­vert de nou­veaux ho­ri­zons aux ma­rion­nettes sur l’eau tra­di­tion­nelles. Des agri­cul­teurs se sont mués en ar­tistes pro­fes­sion­nels pour conter leur vie quo­ti­dienne sur la scène.

In­ti­tu­lé Thuo ây xu Doài (La quin­tes­sence du Ton­kin (1) ou The Quin­tes­sence of Ton­kin en an­glais), ce spec­tacle pré­sente les pra­tiques ri­zi­coles du del­ta du fleuve Rouge, ber­ceau de la ci­vi­li­sa­tion viet­na­mienne. La pièce, d’une du­rée d’une heure, a émer­veillé le pu­blic, jouée sur un lac de 1,5 hec­tare dans la com­mune de Sài Son, dis­trict de Quôc Oai, en ban­lieue de Ha­noï. Thuo ây xu Doài est ins­pi­ré du ré­per­toire des ma­rion­nettes sur l’eau viet­na­miennes. «Les ma­rion­nettes sur l’eau tra­di­tion­nelles du Viet­nam sont très connues. Les spec­tacles en­sor­cellent les spec­ta­teurs viet­na­miens comme étran­gers. Ce­pen­dant, je ne vou­lais pas créer quelque chose de si­mi­laire à ce qui existe. Au lieu de ce­la, dans mon spec­tacle, les hu­mains exé­cutent et rem­placent les personnages des ma­rion­nettes», a par­ta­gé le réa­li­sa­teur Viêt Tu.

Va­lo­ri­ser l’art tra­di­tion­nel

Ce réa­li­sa­teur a la ré­pu­ta­tion de faire dans l’unique, même si sa pas­sion de­meure la culture tra­di­tion­nelle. Fin 2015, il a pré­sen­té sur scène le culte des Déesses-Mères en l’ex­pur­geant de ses as­pects re­li­gieux. Ce spec­tacle de 50 mi­nutes, dé­nom­mé Tu Phu (Quatre Pa­lais), re­pré­sente de nom­breuses pra­tiques de ce culte dé­sor­mais clas­sé au pa­tri­moine mon­dial de l’UNES­CO. Sa der­nière pièce de théâtre a im­pli­qué 140 ha­bi­tants du vil­lage de Da Phuc de la com­mune de Sài Son. Les agri­cul­teurs jouent les personnages in­car­nés nor­ma­le­ment par les ma­rion­nettes dans les spec­tacles tra­di­tion­nels or­di­naires. Ils sont comme des ar­tistes pro­fes­sion­nels. «Pen­dant la jour­née, ce sont des agri­cul­teurs tra­vaillant dans leurs champs, mais le soir, ils de­viennent des personnages dif­fé­rents grâce au spec­tacle. J’ai été très ému et j’ap­pré­cie beau­coup les ef­forts qu’ils ont consa­crés du­rant les ré­pé­ti­tions pen­dant presque toute l’an­née der­nière», a confié le réa­li­sa­teur. Grâce à une suc­ces­sion d’ex­traits connus de pièces tra­di­tion­nelles, les ac­ti­vi­tés de la vie quo­ti­dienne d’un vil­lage ru­ral du del­ta du fleuve Rouge sont fi­dè­le­ment re­tra­cées : la­bours, se­mis, re­pique du riz, pêche... Le ber­ger joue de la flûte, des en­fants font vo­ler leurs cerfs-vo­lants dans les

ri­zières. Des ran­gées de bam­bous sont plan­tées au­tour du lac afin d’as­su­rer le plus d’au­then­ti­ci­té au spec­tacle. Le pu­blic a été en­core im­pres­sion­né par le thuy dinh (pa­villon sur l’eau) qui est une ré­plique de grande taille de ce­lui construit sous la dynastie des Ly (1010-1225) sur le lac Long Tri au sein de la pa­gode Thây (Maître). «Le +thuy dinh+ est le lieu où ont lieu les spec­tacles de ma­rion­nettes sur l’eau. Le maître bonze Tu Dao Hanh (10721116), qui a pas­sé sa vie à la pa­gode du Maître, est consi­dé­ré comme l’an­cêtre de cette forme d’art. C’est pour­quoi je vou­lais ap­por­ter cette idée au spec­tacle», a ex­pli­qué Viêt Tu sur les rai­sons pour les­quelles une ré­plique du thuy dinh de 10 tonnes fi­gure ici.

Tou­cher le coeur des spec­ta­teurs

Plu­sieurs ex­traits connus de ma­rion­nettes sur l’eau sont pré­sen­tés, dont Têu giao dâu (Le pré­lude de Têu). La vie quo­ti­dienne des ha­bi­tants de la ré­gion Xu Doài (Ouest de Ha­noï) est re­pro­duite avec des ex­traits comme comme Duôi cao bat vit (Chas­ser le re­nard et at­tra­per le ca­nard), Ngu ông (Pê­cheur). Entre les scènes de ma­rion­nettes, les agri­cul­teurs re­pro­duisent des scènes de tra­vail au champ, au ma­tin, in­ti­tu­lées «Nang

som» (Lu­mière du ma­tin), ou la dé­mons­tra­tion ar­tis­tique d’une fête de vil­lage. Une pro­ces­sion et une cé­ré­mo­nie ex­tra­va­gantes sou­lignent la sueur et les larmes né­ces­saires pour ob­te­nir de tels hon­neurs. Avec la scène sur l’eau, la ré­plique du thuy dinh et un sys­tème d’éclai­rage la­ser mo­derne créent des ef­fets éton­nants, fai­sant de La

Quin­tes­sence du Ton­kin une fête vi­suelle frap­pante. L’his­to­rien Duong Trung Quôc n’a pas ta­ri d’éloges sur le spec­tacle en dé­cla­rant : «Le pro­duc­teur et le réa­li­sa­teur ont in­ves­ti non seule­ment dans un nou­veau concept de scène, un sys­tème de so­no­ri­sa­tion et d’éclai­rage, mais aus­si dans des per­sonnes réelles.

La dé­ci­sion de choi­sir des agri­cul­teurs lo­caux en tant qu’in­ter­prètes ou exé­cu­tants a ému le pu­blic, y com­pris moi-même». L’ar­tiste vé­té­ran Duc Hùng du Théâtre des ma­rion­nettes sur l’eau Thang Long a af­fir­mé que les ex­traits de ma­rion­nettes tra­di­tion­nels avaient re­çu

une nou­velle touche de La Quin­tes­sence du Ton­kin. «J’ai la chair de poule en re­gar­dant le spec­tacle. J’ad­mire le réa­li­sa­teur et met­teur en scène Viêt Tu, parce qu’il a conté de fa­çon très créa­tive l’his­toire cultu­relle de la ré­gion Xu Doài d’il y a 1.000 ans». Jus­qu’au 30 sep­tembre pro­chain,

La Quin­tes­sence du Ton­kin se­ra re­pré­sen­tée du ven­dre­di au di­manche toutes les se­maines, à par­tir de 19h30.

TTVH/CVN

Une scène du spec­tacle La Quin­tes­sence du Ton­kin.

TTVH/CVN

La pièce agit comme un sor­ti­lège sur le spec­ta­teur.

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