Reine fai­seuse son temps

Le Courrier du Vietnam - - INTERNATIONAL -

royale est mo­derne. La mère dé­funte de la fu­ture reine par­lait an­glais, condui­sait une voi­ture. Pen­dant les va­cances sco­laires, la jeune femme est envoyée dans son pa­lais du Lim­po­po, à 400 ki­lo­mètres de là, pour y par­faire son ini­tia­tion. Le mois de sep­tembre, coup d’en­voi du printemps aus­tral, est un mo­ment par­ti­cu­lier chez les Mod­jad­jis. Pen­dant cinq wee­kends, la famille royale or­ga­nise cinq cé­ré­mo­nies dans au­tant de sanc­tuaires de la ré­gion pour ré­cla­mer le re­tour de la pluie après un hi­ver tra­di­tion­nel­le­ment sec. Danses, chants, ri­tuels avec des animaux et breu­vages sa­crés font par­tie des rites qui sont cen­sés pro­vo­quer les pré­ci­pi­ta­tions. Le rôle exact de la reine ? Il est se­cret. «On fait venir une vache qui doit boire une bière ar­ti­sa­nale spé­cia­le­ment faite pour faire tom­ber la pluie», ra­conte John Ma­lat­ji, le chef du con­seil royal. Le reste de la bière est par­ta­gé entre les membres de la famille royale avant que la reine ne pro­nonce quelques prières. «En­fin, on passe la nuit à dan­ser et chan­ter pour les di­vi­ni­tés», conclut M. Ma­lat­ji. «C’est très im­por­tant de venir ici chaque an­née. Les ri­tuels per­mettent de re­mer­cier les an­cêtres et de leur de­man­der ce qu’on veut pour l’an­née sui­vante», pour­suit Fa­thu­wa­ni Mu­lo­ved­zi, une cher­cheuse dont la voix se perd dans le gron­de­ment as­sour­dis­sant des chutes de Phi­phi­di, un autre sanc­tuaire. En Afrique du Sud, les reines et rois tra­di­tion­nels - le pays en compte un cer­tain nombre n’ont pas de rôle of­fi­ciel, mais l’an der­nier, au terme d’une longue ba­taille ju­ri­dique, la reine des Ba­lo­be­du a été of­fi­ciel­le­ment re­con­nue par l’État. «Pour la pre­mière fois dans toute l’his­toire du pays», se fé­li­cite Ma­thole Mot­sheg­ka. Ce sta­tut per­met­tra à la famille royale de re­ce­voir un fi­nan­ce­ment pu­blic aux termes de la Consti­tu­tion de 1996. Mais même sans rôle of­fi­ciel, l’in­fluence de ces mo­narques est consi­dé­rable. «La reine de la pluie est une per­sonne sacrée», ex­plique David Co­pland, an­thro­po­logue à l’Uni­ver­si­té du Wits, à Jo­han­nes­burg. Les pou­voirs que lui prête sa com­mu­nau­té sont com­pa­rables à ceux du pape sur l’Église ca­tho­lique, dit-il. Le tu­teur de Ma­sa­la­na­bo ne dit pas le contraire. Pour lui, la reine est «la re­pré­sen­tante sur Terre de la déesse de la pluie». À l’is­sue de son cou­ron­ne­ment, la reine se ma­rie avec plu­sieurs femmes, une tra­di­tion rare en Afrique. «Elle se ma­rie avec des femmes qui vont faire des en­fants avec des proches de la reine. Ils de­vien­dront ses en­fants, c’est comme ça que la famille s’élar­git», ex­plique M. Mot­sheg­ka. L’Afrique du Sud est le seul pays du conti­nent à au­to­ri­ser le ma­riage ho­mo­sexuel, de­puis 2006. «Nous fai­sons ça de­puis des siècles. Il n’y a rien de plus à dire, c’est notre mode de vie», se fé­li­cite John Ma­lat­ji.

AFP/VNA/CVN

Ma­sa­la­na­bo Mod­jad­ji se­ra for­mel­le­ment cou­ron­née quand elle au­ra 18 ans, ayant mon­té sur le trône en tant que nour­ris­son lorsque la reine pré­cé­dente, sa mère, est dé­cé­dée en 2005.

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