Li­pie, les murs été

Le Courrier du Vietnam - - INTERNATIONAL -

La tra­di­tion est née vers la fin du XIXe siècle. À l'ori­gine, il s'agis­sait de cou­vrir les murs noir­cis par la fu­mée au­tour du four, ex­plique la cheffe du centre culturel lo­cal, Wan­da Ch­las­ta­wa. «Les femmes pre­naient un pin­ceau im­pro­vi­sé, le plon­geaient dans la chaux blanche et fai­saient avec des taches sur les murs sales pour les éclair­cir», ex­plique la di­rec­trice sexa­gé­naire de la Mai­son des Peintres. «Puis elles ont com­men­cé à ajou­ter des points, des lignes et des cercles, fi­nis­sant par don­ner nais­sance aux pre­mières fleurs pri­mi­tives».

Chaux, suie, ar­gile

Les pre­miers mo­tifs flo­raux étaient li­mi­tés à trois cou­leurs - blanc, noir et beige confec­tion­nées à la mai­son avec de la chaux, de la suie et de l'ar­gile. Les pin­ceaux étaient des branches de bou­leau aux pointes dé­chi­que­tées ou des touffes de crin de che­val ou de vache ser­rées avec de la fi­celle. Ma­ria Ch­las­ta­wa (sans lien de pa­ren­té avec Wan­da), 78 ans, se rap­pelle les pin­ceaux fa­bri­qués à la mai­son, et les cou­leurs en poudre, ache­tées dans le com­merce à par­tir du mo­ment où les femmes ont élar­gi leur pa­lette aux teintes vives de l'arc-en-ciel qu'on voit au­jourd'hui. «Par­fois on pei­gnait, puis la pluie ar­ri­vait et tout par­tait. Il fal­lait tout re­com­men­cer», ra­conte-telle. Les pein­tures acry­liques d'au­jourd'hui, qui sèchent ra­pi­de­ment, sont bien meilleures que celles d'il y a 70 ans, re­con­naît la vieille dame. «Ma­man fai­sait de la pein­ture, donc j'ai peint aus­si de­puis toute pe­tite. Puis ma fille s'y est mise et main­te­nant ma pe­tite-fille le fait aus­si. C'est une tra­di­tion qui passe d'une gé­né­ra­tion à l'autre». De­puis plus d'un de­mi-siècle, le vil­lage or­ga­nise au prin­temps un concours an­nuel de pein­ture. Un ju­ry d'eth­no­graphes fait le tour des mai­sons et dis­tri­bue des prix. Cer­tains ha­bi­tants ne prennent le pin­ceau qu’avant le concours. Mme Ch­las­ta­wa, elle, peint toute l’an­née, as­su­rant que ce­la a un ef­fet cal­mant sur elle.

Fleurs ima­gi­naires

«La cour semble triste quand tout est blanc», dit-elle. «Ici, on a des fleurs en hi­ver et en au­tomne», ter­mine sa fille Bo­gus­la­wa Mis, 50 ans. Leurs des­sins font un peu pen­ser aux co­que­li­cots rouges, aux roses, ou en­core aux pâ­que­rettes jaunes et blanches. Mais «ce sont des fleurs ima­gi­naires. On n’en trouve pas de comme ce­la dans les champs», ex­plique An­na Ow­ca, 44 ans, em­ployée au centre culturel. Elle n'est pas née dans une fa­mille de peintres, mais en a re­joint une par ma­riage. «Nous avons dé­mé­na­gé chez ma belle-mère, et, quand je suis ar­ri­vée chez elle, il y avait des fleurs par­tout. J'avais dix-neuf ans et je me suis dit, +Mon Dieu, je vais cra­quer, je ne peux pas les voir+», se sou­vien­telle en riant. «Tout d'abord j'ai vou­lu cou­vrir ces fleurs de pein­ture... Mais un an ou deux plus tard je me suis mise à les peindre moi aus­si.» «Je me rap­pelle que mon ma­ri a dit +Doux Jé­sus, je suis né au mi­lieu des fleurs et au mi­lieu des fleurs je mour­rai+».

AFP/VNA/CVN

Une femme qui peint des mo­tifs flo­raux tra­di­tion­nels sur un puits à Za­li­pie, dans le Sud-Ouest de la Po­logne.

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