RENDEZ-VOUS

Dis­trac­tion. Le «jeu de balle cultuel» (vât câu) est propre au vil­lage de Dông Phi, en ban­lieue de Ha­noï. Les règles du jeu, très pré­cises, veulent que les joueurs, torse nu, se dis­putent la balle pour la je­ter dans deux trous creu­sées dans la cour de la

Le Courrier du Vietnam - - SOMMAIRE - HUU NGOC/CVN Août 2000

Un jeu tra­di­tion­nel ou­blié

Un ami, cher­cheur au mi­nis­tère de la Culture, m’a ré­pé­té : «Ne rate pas cette oc­ca­sion. Ce­la fait soixante ans que per­sonne n’a vu ce jeu». C’est ain­si que vers 09h00 du ma­tin du 4e jour du Têt de l’An­née du Dra­gon (en 2000), avec des amis sué­dois, amé­ri­cains et al­le­mands, je prends un car pour al­ler au vil­lage de Dông Phi, à une tren­taine de ki­lo­mètres de Ha­noï. Nous sommes im­pa­tients de voir le «jeu de balle cultuel» tom­bé dans l’ou­bli de­puis plus d’un de­mi-siècle et ré­ta­bli(1) dans cette ré­gion de ri­zières sub­mer­gées (ruông chiêm) dans le del­ta du fleuve Rouge. Le vil­lage, si­tué au bord de la route pro­vin­ciale 75B, est di­vi­sé en trois ha­meaux. Il res­semble à un phé­nix, oi­seau sa­cré.

Pro­ces­sion des pa­lan­quins sa­crés

Vers 10h00, notre car doit s’ar­rê­ter à une cen­taine de mètres de la mai­son com­mu­nale de Dông Phi. Nous nous mê­lons à la foule qui en­va­hit la route pour as­sis­ter à la pro­ces­sion des pa­lan­quins sa­crés. Ces der­niers font len­te­ment le tour du vil­lage puis re­viennent au point de dé­part, avec la par­ti­ci­pa­tion des trois vil­lages ju­me­lés Dông Phi, Nguyên Xa et Ngoc Dông, au­jourd’hui réunis dans la com­mune de Phuong Tri. Les dan­seurs du Dra­gon ouvrent la marche. Le cor­tège dé­file se­lon des rites so­len­nels, com­pre­nant de nom­breux groupes vê­tus de cos­tumes dif­fé­rents : por­teurs d’ori­flammes ou d’armes cultuelles, or­chestre tra­di­tion­nel à huit ins­tru­ments, pré­po­sés à la cé­ré­mo­nie du sa­cri­fice, jeunes filles, pion­niers. On compte quatre pa­lan­quins : ce­lui

conte­nant un brûle-par­fums, deux chan­de­liers et un vase à fleurs, ce­lui trans­por­tant le trône et la ta­blette ho­no­ri­fique du Gé­nie du Sol, ce­lui trans­por­tant le trône et la ta­blette ho­no­ri­fique du Gé­nie pro­tec­teur du vil­lage ho­no­ré à la mai­son com­mu­nale ou dình. En des en­droits dé­ter­mi­nés, le prin­ci­pal pa­lan­quin fait des fi­gures com­man­dées par l’usage. Les pa­lan­quins tra­versent en­fin le por­tique à trois en­trées du

dình pour s’ar­rê­ter de­vant le hall des cé­ré­mo­nies (bái duong). La cé­ré­mo­nie du sa­cri­fice dure plu­sieurs heures et com­prend toute une sé­rie de rites d’of­frandes : en­cens, al­cool, fruits, fleurs. Ex­cep­té le vieillard char­gé de ré­ci­ter l’orai­son au Gé­nie, les of­fi­ciants sont des femmes ceintes d’un tur­ban jaune et ha­billées de jaune. Les femmes sont ac­cep­tées dans les lieux sa­crés de­puis plus d’une dé­cen­nie, dans un but re­li­gieux. Le sa­cri­fice au Gé­nie pro­tec­teur est une oc­ca­sion pour rap­pe­ler ses mé­rites. Ce­lui de Dông Phi est le sei­gneur Bach Tuong dont voi­ci la lé­gende : un chef de clan d’une grande ver­tu vi­vait dans le Hoan Châu (ac­tuel­le­ment Ng­hê An, Centre). Sa femme, à 49 ans, lui don­na des ju­meaux, Bach Tuong et Bach Dia. Quand les deux frères at­tei­gnirent l’âge adulte, le pays était dé­chi­ré par des guerres ci­viles in­ter­mi­nables entre douze sei­gneurs. Bach Tuong, Bach Dia et leur cou­sin Dô Dai, guer­riers sans peur et sans re­proche, se mirent au ser­vice de Dinh Bô Linh pour re­don­ner la paix au pays. Ce der­nier, de­ve­nu roi en 968, leur ac­cor­da un fief à Dông Phi. Après leur mort, la po­pu­la­tion de cha­cun des trois vil­lages dé­dia à cha­cun d’eux un temple. C’est ain­si que la fête en l’hon­neur de chaque gé­nie est cé­lé­brée à tour de rôle. Dông Phi rend hom­mage au Gé­nie Bach Tuong tous les trois ans. Le re­pas vé­gé­ta­rien pré­sen­té sur l’au­tel com­porte trois bols de riz, trois bols de po­tage su­cré, trois bols de bouillon d’ha­ri­cot, et six as­siettes de noix de co­co, d’ara­chide, de courges, de sé­same, de germes de so­ja, de dâu

ván. Nous man­geons des plats de fruits de mer avec les no­tables du vil­lage, l’usage de la viande étant in­ter­dit avant une cer­taine date dans cette ré­gion.

Vât câu, un jeu à ca­rac­tère ri­tuel

La cé­ré­mo­nie d’in­vo­ca­tion de la pluie (dao vu), clou du sa­cri­fice, a lieu au dé­but de l’après-mi­di. Les an­ciens du vil­lage nous in­forment qu’elle était or­ga­ni­sée, avant la Ré­vo­lu­tion de 1945, chaque fois que la sé­che­resse se pro­lon­geait. Le ri­tuel com­mence par la «lutte sa­crée» (vât tho) qui op­pose deux vieillards. En­suite se dé­roule le match de vât câu ou cuop câu (se dis­pu­ter la balle). Au­tre­fois, la balle était taillée dans une ra­cine de ba­na­nier et peinte en rouge. Au­jourd’hui, elle est faite en bois d’aca­jou et tou­jours de cou­leur rouge. La balle re­pré­sente le so­leil. Si le so­leil s’im­mo­bi­lise, ses rayons tuent les ré­coltes. Il faut le faire bou­ger. Telle est la signification du jeu ri­tuel du vât

câu. Les règles du jeu, très pré­cises, veulent que les joueurs, torse nu, se dis­putent la balle pour la je­ter dans deux trous creu­sées dans la cour de la mai­son com­mu­nale. Pen­dant ce temps, le sa­cri­fice conti­nue jus­qu’à ce que tombent les pre­mières gouttes de pluie. De son vi­vant, le Doc­teur Nguyên Khac Viên s’est dé­me­né pour que le vo­lant (câu) tra­di­tion­nel de­vienne un sport na­tio­nal. Le Dé­par­te­ment gé­né­ral de l’édu­ca­tion phy­sique et du sport doit-il faire de même avec le vât

câu ?

Huu Ngoc.

Vât câu est un jeu tra­di­tion­nel as­so­cié aux us et cou­tumes du vil­lage de Dông Phi, en ban­lieue de Ha­noï. CTV/CVN (1) : Avec la contri­bu­tion du Fonds Suède - Vietnam pour la pro­mo­tion de la culture.

Newspapers in French

Newspapers from Viet Nam

© PressReader. All rights reserved.