Le goût du théâtre tra­di­tion­nel

L’ex­pé­rience «Du théâtre à l’école» est fort pro­met­teuse. Les clubs sco­laires d’arts scé­niques pour­raient s’en ser­vir comme ferment pour ai­der à pré­ser­ver et à dé­ve­lop­per notre hé­ri­tage théâ­tral. Mo­dèle de for­ma­tion de jeunes co­mé­diens et spec­ta­teurs.

Le Courrier du Vietnam - - RENDEZ-VOUS - HUU NGOC/CVN Jan­vier 2001

Au Viet­nam, la for­ma­tion des spec­ta­teurs s’avère aus­si in­dis­pen­sable que celle des co­mé­diens, en par­ti­cu­lier pour le théâtre tra­di­tion­nel qui compte deux genres : le chèo ou opé­ra po­pu­laire et le tuông ou opé­ra clas­sique. La concur­rence ef­fré­née de la té­lé­vi­sion, du cinéma, de la pop, du ka­rao­ké, du football in­ter­na­tio­nal cause une di­mi­nu­tion alar­mante du nombre de spec­ta­teurs du chèo et du tuông. Les jeunes, ha­bi­tués au rythme de la vie mo­derne, ne goûtent plus la fi­nesse et la pro­fon­deur des pièces qu’ils jugent sur­an­nées.

Le théâtre au ser­vice des élèves

L’opé­ra po­pu­laire chèo, théâtre au­then­ti­que­ment viet­na­mien, est né dans le del­ta du fleuve Rouge, ber­ceau de notre culture. Re­flet de la vie pay­sanne, il abonde en flèches acé­rées contre les classes féo­dales. L’opé­ra clas­sique tuông, à la fois aris­to­cra­tique et po­pu­laire, puise ses su­jets dans les his­toires dy­nas­tiques, il exalte la loyau­té confu­céenne en­vers le mo­narque. Ces deux genres scé­niques font usage d’un lan­gage sym­bo­lique et conven­tion­nel qui pour­rait re­bu­ter un pu­blic non aver­ti.

Les spec­ta­teurs ini­tiés, sur­tout par­mi les per­sonnes d’un cer­tain âge, se font de plus en plus rares ; il est na­tu­rel de for­mer une re­lève par­mi les jeunes. Cette idée m’est ve­nue il y a plus d’une dé­cen­nie, lors­qu’à une confé­rence de l’UNESCO en In­do­né­sie, j’ai vu de pe­tits élèves pré­sen­ter avec brio des danses et des scènes folk­lo­riques. Le sé­mi­naire in­ter­na­tio­nal sur les arts scé­niques d’Asie (1998) me conforte dans mon opinion. Le pro­jet «Du théâtre à l’école» pour­rait être le pre­mier pas dans la réa­li­sa­tion de mon voeu. Mis en oeuvre par le Dé­par­te­ment des arts scé­niques, il est par­rai­né par la Ford Foun­da­tion et a trou­vé une ex­cel­lente ani­ma­trice en la per­sonne de Mme Pham Thi Thành, met­teur en scène. Il se pro­pose mo­des­te­ment «d’at­ti­rer l’at­ten­tion des élèves sur le théâtre tra­di­tion­nel». C’est un ef­fort conju­gué des or­ga­nismes de la culture et de l’édu­ca­tion en vue de ré­pondre aux be­soins de loi­sirs des en­fants, ma­riant l’en­sei­gne­ment es­thé­tique et mo­ral. Le champ d’ex­pé­ri­men­ta­tion en­globe trois en­droits, Ha­noï et Nha Trang pour le tuông et Nam Dinh pour le

chèo, cha­cun avec la par­ti­ci­pa­tion de trois écoles pri­maires ou se­con­daires pour une du­rée de deux à cinq mois.

Trois étapes du pro­jet

Le pro­jet a été réa­li­sé en trois étapes. La pre­mière étape est celle de la pré­pa­ra­tion par les ser­vices cultu­rels et édu­ca­tifs lo­caux : consti­tu­tion de groupes de co­mé­diens et d’or­ga­ni­sa­teurs, éla­bo­ra­tion d’un pro­gramme de vul­ga­ri­sa­tion, contacts entre les co­mé­diens et les élèves. La deuxième étape est mar­quée par 23 re­pré­sen­ta­tions de tuông et chèo sur place, les­quelles ont at­ti­ré plus de 5.000 spec­ta­teurs par­mi les élèves et la po­pu­la­tion. La troi­sième étape vise à or­ga­ni­ser des clubs pi­lotes d’arts scé­niques pour neuf écoles – cha­cun com­po­sé de 15 élèves, 3 à 4 pour l’or­chestre et 11–12 pour la re­pré­sen­ta­tion. Le choix est très ser­ré : cer­tains ont choi­si 15 sur 200 à 300 pos­tu­lants. Les ac­teurs du Théâtre na­tio­nal tuông, de la Troupe tuông de Nam Dinh et du Théâtre tuông de Khánh Hòa se sont re­layés pen­dant deux mois pour don­ner aux membres du club un en­sei­gne­ment pro­fes­sion­nel ex­tra- -sco­laire. Pen­dant cette pé­riode, chaque club a re­çu un équi­pe­ment som­maire pour la mu­sique (5-7 ins­tru­ments), l’ha­bille­ment (pour la re­pré­sen­ta­tion de 3 ex­traits de pièce), le ma­quillage (fard, cou­leurs...), le dé­cor (fond, meubles...), le son (3-4 mi­cros, porte-voix...) et l’éclairage. Les clubs n’ont pas tar­dé à mon­trer leur sa­voir-faire en don­nant des re­pré­sen­ta­tions en dif­fé­rentes oc­ca­sions, à l’in­ten­tion des écoles et du pu­blic lo­cal. En même temps, de jeunes ta­lents se sont ré­vé­lés. L’ex­pé­rience «Du théâtre à l’école», riche d’en­sei­gne­ment, est fort pro­met­teuse. Les clubs sco­laires d’arts scé­niques pour­raient ser­vir de ferment pour ai­der à pré­ser­ver et dé­ve­lop­per notre hé­ri­tage théâ­tral en lui four­nis­sant de nou­veaux contin­gents de co­mé­diens et de spec­ta­teurs.

TCV/CVN

Un spec­tacle de théâtre tra­di­tion­nel à l’école pri­maire Trân Cao Vân à Dà Nang (Centre).

Huu Ngoc.

Van Dat/ VNA/CVN

Le théâtre tra­di­tion­nel veut re­con­qué­rir le coeur des en­fants.

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