Toyer monde

Le Courrier du Vietnam - - INTERNATIONAL -

Mais à quel prix ! En­vi­ron 280 tonnes de dé­chets in­dus­triels sont dé­ver­sés chaque jour dans le fleuve se­lon des don­nées of­fi­cielles. En plus, de nom­breux ha­bi­tants y jettent leurs dé­tri­tus. “Quand il pleut, ma mai­son est inon­dée, l’odeur est hor­rible”, ex­plique l’un d’eux, ré­pon­dant au nom d’Ach­mad Fa­chru­re­za, en na­vi­guant sur le Ci­ta­rum dans un ca­not gon­flable au mi­lieu de bou­teilles en plas­tiques, d’em­bal­lages en po­ly­sty­rène et dé­chets de toute sorte. Cet homme de 57 ans tra­vaillait comme agent de sé­cu­ri­té dans une usine tex­tile proche de chez lui. Mais après avoir po­sé des ques­tions sur le sys­tème de ges­tion de dé­chets de l’en­tre­prise, il a per­du son em­ploi. Des deux cô­tés du fleuve, des conduites re­jettent des dé­chets in­dus­triels di­rec­te­ment dans l’eau. “La plu­part des usines ici ont un sys­tème de ges­tion des dé­chets, mais il ne fonc­tionne pas cor­rec­te­ment, c’est juste pour la forme”, afin d’être en règle, ex­plique De­ni Ris­wan­da­ni, de l’ONG Elin­gan. La mul­ti­pli­ca­tion des dé­chets toxiques dé­ver­sés dans l’eau par les usines tex­tiles de la ré­gion n’ar­range rien. La pol­lu­tion de ce fleuve long de 300 km consti­tue un grave risque pour la san­té des quelque cinq mil­lions d’ha­bi­tants vi­vant dans la ré­gion. Nombre d’entre eux souffrent de ma­la­dies de la peau telle la gale, comme M. Su­priya­di, ou d’in­fec­tions res­pi­ra­toires pro­vo­quées par l’in­ha­la­tion de pol­luants. “Un nombre très éle­vé de per­sonnes fré­quentent des éta­blis­se­ments de soins”, constate M. Ris­wan­da­ni. Frus­trés par cette pol­lu­tion, ce der­nier et d’autres dé­fen­seurs de l’en­vi­ron­ne­ment bloquent sou­vent des conduites qui re­jettent des dé­chets toxiques avec des pierres et des mor­ceaux de bé­ton, mais les obs­tacles sont ra­pi­de­ment re­ti­rés par le per­son­nel des usines. “J’ai très en­vie de voir le Ci­ta­rum comme il était quand j’étais jeune”, rêve Ach­mad. “Je pou­vais y na­ger et boire l’eau. C’était si propre”. Après des dé­cen­nies d’échec pour le net­toyer, Ja­kar­ta a écar­té les au­to­ri­tés lo­cales et pris les choses en main. Ob­jec­tif : rendre l’eau du Ci­ta­rum po­table d’ici à 2025, une mis­sion qua­si im­pos­sible. En jan­vier, le gou­ver­ne­ment in­do­né­sien a char­gé la po­lice, l’ar­mée et la jus­tice de ré­pri­mer les en­tre­prises qui ne res­pectent pas la loi. Dé­sor­mais, les usines qui dé­versent leurs dé­chets dans le fleuve risquent de se voir re­ti­rer leur li­cence d’ex­ploi­ta­tion. De plus, des ca­mé­ras de sur­veillance vont être ins­tal­lées le long des rives du fleuve pour iden­ti­fier les contre­ve­nants. Pa­ral­lè­le­ment, du ma­té­riel de dra­gage se­ra uti­li­sé pour net­toyer le fleuve aux odeurs nau­séa­bondes, dé­clare un por­te­pa­role du mi­nis­tère des Af­faires ma­ri­times. “En l’es­pace de sept ans, nous al­lons tout ré­gler”, af­firme ce por­te­pa­role du mi­nis­tère des Af­faires ma­ri­times. Et “cette fois, nous ne plai­san­tons pas. Nous abor­dons ce­la avec une ap­proche glo­bale et c’est avec op­ti­misme que nous pou­vons rendre le Ci­ta­rum à nou­veau propre, comme c’était le cas il y a 50 ou 60 ans”, af­firme-t-il.

AFP/VNA/CVN

Un gar­çon à bord d’une barque au mi­lieu des dé­chets de toute sorte sur le Ci­ta­rum.

Newspapers in French

Newspapers from Viet Nam

© PressReader. All rights reserved.