IN­TER­NA­TIO­NAL

Ju­melles en main, Juan Da­vid Ca­ma­cho ar­pente la jungle. À 10 ans, il est le plus jeune ob­ser­va­teur d’oi­seaux de Co­lom­bie mais rêve dé­jà en grand.

Le Courrier du Vietnam - - SOMMAIRE -

Ob­ser­ver les oi­seaux, une pas­sion sans li­mite d’âge en Co­lom­bie

Fé­ru de foot comme la plu­part des Co­lom­biens, Juan Da­vid Ca­ma­cho se dé­couvre une autre pas­sion lorsque son père l’em­mène un jour ob­ser­ver les oi­seaux. “Les pre­mières sor­ties avec mon pa­pa ne m’ont pas trop plu. Mais après, si !”, avouet-il. C’était il y a trois ans. De­puis, une fois par mois, il par­court les fo­rêts tro­pi­cales des alen­tours de Ca­li, troi­sième ville du pays avec en­vi­ron 2,5 mil­lions d’ha­bi­tants. Ni­chée au coeur de l’im­men­si­té verte du Valle del Cau­ca (Sud-Ouest) et de la cor­dillère des Andes, cette mu­ni­ci­pa­li­té, qui s’étage de 900 à 4.100 m d’al­ti­tude, compte “562 es­pèces d’oi­seaux, beau­coup plus que dans toute l’Eu­rope”, sou­ligne l’ex­pert Car­los Wa­gner, 40 ans, di­rec­teur du Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal des oi­seaux de Ca­li. “Nous par­tons très tôt avec nos ap­pa­reils photos, ju­melles, tré­pieds et nous ob­ser­vons les oi­seaux jusque vers mi­di, en si­lence”, dit Juan Da­vid Ca­ma­cho d’un ton tran­quille. Sans ces­ser de je­ter un oeil de-ci de-là : pas ques­tion

de man­quer le spé­ci­men rare qui vien­drait à se po­ser sur une branche au­tour du Lac aux hé­rons, à Ca­li.

Des es­pèces rares

Son pays, pa­ra­dis des or­ni­tho­logues, est le nu­mé­ro un de la pla­nète pour le nombre d’es­pèces d’oi­seaux qui y vivent, et le pe­tit gar­çon en­tend bien les voir toutes. “J’en ai dé­jà vu 491 et

pris 200 en photo”, se ré­jouit Juan Da­vid Ca­ma­cho. En fé­vrier, il était au Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal des oi­seaux, qui attire plus de 15.000 per­sonnes chaque an­née à Ca­li, et y a don­né une confé­rence sur ses “Trois ans de pas­sion pour les oi­seaux”. Trop pe­tit pour at­teindre le pu­pitre po­sé sur la scène, il s’est em­pa­ré du mi­cro et a com­men­té les images d’ex­pé­di­tions me­nées avec ses pa­rents, in­for­ma­ti­cien et avo­cate, et par­fois d’autres amou­reux des créa­tures à plumes. Par­mi eux, au­cun n’est aus­si jeune que l’en­fant. Cer­tains pour­raient être ses ar­rière-grands-pa­rents. Plus haut dans la mon­tagne, à la Fin­ca Ale­jan­dria, des nuées de co­li­bris de toutes les cou­leurs vo­lettent au­tour de sou­coupes rouges d’eau su­crée. D’autres es­pèces se ré­galent de ba­nanes po­sées sur des pla­te­formes en bam­bou. Une fa­mille fran­çaise ve­nue d’Amiens s’émer­veille. “Dans nos grandes plaines du Nord, les arbres ont dis­pa­ru à cause de l’agri­cul­ture ex­ten­sive. On voit de moins en moins d’oi­seaux. Ici, c’est ma­gique !”, lance le père, Marc Bul­court, 62 ans, in­fir­mier à la re­traite. Sur­git alors un cal­liste mul­ti­co­lore, l’une des 79 es­pèces d’oi­seaux en­dé­miques de Co­lom­bie. “Tout ob­ser­va­teur veut le voir au moins une fois avant de mou­rir !”, s’ex­clame M. Wa­gner, en dé­si­gnant un ra­ris­sime chlo­ro­chry­sa ni­ti­dis­si­ma, nom scien­ti­fique de ce pe­tit vo­la­tile tur­quoise, jaune et vert anis. Si Juan Da­vid l’a dé­jà aper­çu, il n’en­tend pas aban­don­ner sa quête : “Je n’ai pas en­core vu de

condor”, ex­plique-t-il. L’oi­seau em­blé­ma­tique des Andes est me­na­cé, ses po­pu­la­tions sont de plus en plus ré­duites, donc dif­fi­ciles à ob­ser­ver. “Quand j’au­rai vi­si­té toute la Co­lom­bie, j’ai­me­rais al­ler dans d’autres pays”, dit aus­si l’en­fant qui rêve, bien évi­dem­ment, de de­ve­nir or­ni­tho­logue.

L’avi­tou­risme, al­ter­na­tive éco­no­mique

Deuxième pays du monde pour la ri­chesse de sa bio­di­ver­si­té, après le Bré­sil huit fois plus grand, la Co­lom­bie est ce­lui qui compte le plus d’es­pèces d’oi­seaux : plus de 1.920, soit 19% de celles de la

pla­nète. “C’est un pays tro­pi­cal, point de contact entre la faune d’Amé­rique du Nord et d’Amé­rique du Sud. De sur­croît en Co­lom­bie, les Andes se di­visent en trois cor­dillères, avec de mul­tiples val­lées (...) donc beau­coup d’éco­sys­tèmes où ont évo­lué de nom­breuses es­pèces”, ex­plique M. Wa­gner. Cet autre pas­sion­né a gran­di dans la cam­pagne en­vi­ron­nante, près de la fo­rêt San An­to­nio, site de la pre­mière grande ex­pé­di­tion or­ni­tho­lo­gique ja­mais réa­li­sée en Co­lom­bie, en 1910 par le Mu­sée d’his­toire na­tu­relle de New York. Fort d’un pro­jet de fin d’études en zoo­tech­nie sur l’avi­tou­risme, il s’at­tèle alors, avec d’autres pas­sion­nés d’éco­lo­gie, à sen­si­bi­li­ser les ha­bi­tants pour qu’ils pré­servent la fo­rêt et ac­cueillent, contre ré­tri­bu­tion, les ob­ser­va­teurs d’oi­seaux. “Nous sommes de grands ro­man­tiques, mais les agri­cul­teurs ont des be­soins : ils abattent les arbres pour culti­ver”, ad­met-il. Bien que la Co­lom­bie soit le royaume des oi­seaux, le tou­risme d’ob­ser­va­tion y est peu dé­ve­lop­pé. Mais le gou­ver­ne­ment a pris conscience de cette po­ten­tielle source de re­ve­nus. Il at­tend à l’ave­nir “14.978 ob­ser­va­teurs par an, qui rap­por­te­raient près de neuf

mil­lions de dol­lars”, se­lon une pro­jec­tion du mi­nis­tère co­lom­bien du Tou­risme. La plu­part viennent ac­tuel­le­ment des États-Unis, du Ca­na­da, d’Ar­gen­tine et du Royaume-Uni. Dans la fo­rêt de San An­to­nio, une di­zaine de lieux et de guides ac­cueillent dé­jà les ob­ser­va­teurs, au ta­rif de 15.000 à 20.000 pe­sos (en­vi­ron 5 à 6,5 dol­lars) la vi­site.

AFP/VNA/CVN

Deux co­li­bris fla­ves­cents dans la fo­rêt de San An­to­nio en Co­lom­bie, le 1er mars 2018.

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Juan Da­vid Ca­ma­cho, ac­com­pa­gné de ses pa­rents, est à 10 ans le plus jeune ob­ser­va­teur d’oi­seaux de Co­lom­bie.

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