REN­DEZ-VOUS

Le mont Yên Tu se trouve dans la pro­vince de Quang Ninh (Nord), à 14 km de la ville d’Uông Bi. Il est consi­dé­ré comme le ber­ceau du Zen viet­na­mien.

Le Courrier du Vietnam - - SOMMAIRE - (Avril 2003) HUU NGOC/CVN

Au ber­ceau du Zen viet­na­mien

Par un ma­tin d’hi­ver clé­ment de l’an 2002, se dé­roule la cé­ré­mo­nie inau­gu­rale de la pa­gode Lân et de l’ash­ram de la secte Zen (Thiên) de Truc Lâm d’Yên Tu dont les pre­mières construc­tions re­montent au XIIIe siècle. De l’es­pla­nade de­vant le sanc­tuaire prin­ci­pal amé­na­gée en fo­rum pour des cen­taines d’in­vi­tés, on dé­couvre un pay­sage de col­lines et de mon­tagnes qui s’étend jus­qu’à l’ho­ri­zon. La foule, en bas, en­va­hit les pentes, foule com­pacte de mil­liers de pè­le­rins de tout âge, pay­sans et ci­ta­dins, moines du Nord ha­billés en brun, du Centre en gris et du Sud en jaune.

Le pa­gode Lân

La pa­gode Lân tire son nom de la col­line sur la­quelle elle est bâ­tie, col­line évo­quant une li­corne (Lân). Elle est un maillon im­por­tant de la chaîne des temples boud­dhiques de la cor­dillère du Yên Tu au nor­douest de la pro­vince ma­ri­time fron­ta­lière de Quang Ninh (plus de 100 km au sud-est de Ha­noï). Les ama­teurs de trek­king trouvent leur compte dans une as­cen­sion par­fois mou­ve­men­tée. La na­ture reste sau­vage mal­gré la ré­cente ins­tal­la­tion d’un fu­ni­cu­laire qui couvre une por­tion de l’iti­né­raire. Yên Tu se trouve à 14 km de la ville d’Uông Bí dont elle re­lève. D’où vient ce nom ? Ja­dis pous­saient sur ces mon­tagnes de nom­breuses plantes mé­di­ci­nales. Un er­mite taoïste du nom d’An Kỳ Sinh en avait fait des mé­di­ca­ments qui sau­vèrent

beau­coup de vies hu­maines. En re­con­nais­sance de ses bien­faits, on l’a sur­nom­mé An Tu (Maître An), sur­nom qui, par suite d’une al­té­ra­tion pho­né­tique, est de­ve­nu Yên Tu. Se­lon une autre ver­sion, ce per­son­nage au­rait été un ma­gi­cien et géo­man­cien chi­nois. Le com­plexe ar­chi­tec­tu­ral de Yên Tu com­prend onze pa­godes qui s’égrènent du pied au som­met du mont Yên Son, à 1.068 m d’al­ti­tude. Le pè­le­ri­nage com­mence par Bi Thuong dont l’édi­fice a été dé­truit par les troupes fran­çaises pen­dant la pre­mière guerre d’In­do­chine (1945-1954). On ar­rive en­suite à la pa­gode Trinh ou au Ruis­seau de la Bai­gnade (Suôi Tam) où le roi Trân Nhân Tông (1279-1296) s’est bai­gné pour se dé­bar­ras­ser des pous­sières du monde des mor­tels avant de mon­ter vers la pa­gode de l’Abs­ti­nence (Câm Thuc). Là, il s’est pri­vé de man­ger après avoir don­né sa ra­tion à trois bri­gands. Le pè­le­rin ar­rive à la pa­gode Lân (Li­corne) dont nous avons par­lé. Le Ruis­seau de l’Ab­so­lu­tion (Suôi Giai Oan) l’at­tend avec son anec­dote : lorsque le roi s’en­fon­çait dans le Yên Tu, le prince hé­ri­tier y en­voya des femmes du ha­rem pour prier son père de ren­trer. Comme le sou­ve­rain ne re­vint pas sur sa dé­ci­sion, les femmes se don­nèrent la mort. Une pa­gode fut éri­gée en leur hon­neur. La piste grimpe à tra­vers une ma­gni­fique fo­rêt de pins sé­cu­laires pour dé­bou­cher sur une plate-forme sur­mon­tée d’une élé­va­tion. Ici sont re­grou­pés 97 stu­pas et tom­beaux au­tour de la Tour du Pa­triarche (Tháp Tô) qui conserve les cendres du roi Trân Nhân Tông. L’ef­fet ar­chi­tec­tu­ral est im­pres­sion­nant.

Sept cent ans

On ac­cède à Hoa Yên (Brume de Fleurs), pa­gode prin­ci­pale à mi-hau­teur qui abrite la sta­tue en bronze de Trân Nhân Tông. Sur une cloche du XVIIIe siècle est gra­vée l’his­toire de la secte Thiên de Trúc Lâm. Fleurs blanches d’un fran­gi­pa­nier de 700 ans, oeillets d’Inde, chry­san­thèmes de lon­gé­vi­té sur le ver­sant d’une mon­tagne…, uni­vers de re­cueille­ment et de pu­re­té. Après une nuit pas­sée dans la salle des hôtes, ber­cée par le su­sur­re­ment des pins et le mur­mure du ruis­seau, on re­prend l’es­ca­lade. À par­tir de la cas­cade Tu qui dé­verse ses jets ar­gen­tés d’une hau­teur de 10 m, la voie se fait abrupte. De la pa­gode Vân Tiêu (Où se dis­sipent les Nuages), il ne reste plus que des fon­da­tions. En bas s’étale à perte de vue une somp­tueuse fo­rêt de bam­bous avec toutes sortes de va­rié­tés. L’étape fi­nale est une vé­ri­table épreuve d’en­du­rance et de foi (des femmes de 80 ans la fran­chissent à force de prière) à cause de l’ab­sence de marches de pierre et de la pente abrupte. D’un étroit dé­fi­lé, on voit sou­dain ap­pa­raître dans le brouillard un bonze en train de faire sa prière. En réa­li­té, c’est un ro­cher de forme hu­maine, pé­tri­fi­ca­tion di­ton, de l’er­mite An Ky Sinh, le cueilleur de simples. On at­teint en­fin le som­met où se trou­vait la fa­meuse pa­gode de Bronze (Chùa Dông) construite aux XVIIe-XVIIIe siècles. Cet édi­fice dé­truit a été rem­pla­cé par une construc­tion en bé­ton (1930) et une autre en bronze (1993) de même mo­dèle. Tout au­tour règne la fo­rêt pri­mi­tive de pa­lé­tu­viers, des ro­chers por­tant l’em­preinte des vagues, des co­quilles de mol­lusques. De cette cime, l’oeil em­brasse la baie de Ha Long, la ville por­tuaire de Hai Phong, la plaine del­taïque de Hai Duong, des mon­tagnes et des fo­rêts à l’in­fi­ni. Il y a 700 ans, le roi Trân Nhân Tông a fon­dé la secte Thiên (Zen) de Trúc Lâm (Fo­rêt de Bam­bous) dans le Yên Tu. Plu­sieurs rois Trân se sont dis­tin­gués en me­nant à bien les af­faires tem­po­relles et spi­ri­tuelles. Ils ont re­pous­sé les in­va­sions mon­goles et créé un État mar­qué par de re­mar­quables réa­li­sa­tions économiques et cultu­relles. Ils ont en même temps pro­pa­gé un boud­dhisme po­pu­laire et to­lé­rant, au­quel se sont amal­ga­més le confu­cia­nisme, le taoïsme et les croyances au­toch­tones. L’ou­ver­ture de l’ash­ram de la pa­gode Lân ve­nant après d’autres ash­rams Truc Lâm (à Dà Lat, Dông Nai, Nha Trang…) est un digne ef­fort de ré­no­va­tion dont le mé­rite re­vient au su­pé­rieur Thich Thanh Tu.

CTV/CVN

Pè­le­ri­nage sur la terre sa­crée de Yên Tu.

Huu Ngoc

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