REN­DEZ-VOUS

Les Thai pos­sèdent un tré­sor cultu­rel in­es­ti­mable qui contri­bue à en­ri­chir et à di­ver­si­fier la culture na­tio­nale. Pour cette eth­nie du Nord-Ouest du Viet­nam, nombre de lo­cu­tions et de pro­verbes sont ins­pi­rés des tra­vaux cham­pêtres et de la vie en fa­mille.

Le Courrier du Vietnam - - SOMMAIRE - HUU NGOC/CVN

Grains de sa­gesse Thai

Nous vou­drions par­ler ici des Thai du Viet­nam. L’eth­nie Thai, ori­gi­naire du Sud du ter­ri­toire chi­nois ac­tuel, a connu de nom­breuses mi­gra­tions vers le Sud-Est asia­tique. Les peuples Thai se sont ain­si in­fil­trés dans les val­lées fer­tiles de la pé­nin­sule in­do­chi­noise et ont for­mé plu­sieurs royaumes : Thaï­lande, Laos, Myan­mar (les Shan). Au Viet­nam, ils sont de­ve­nus une mi­no­ri­té eth­nique com­pre­nant plu­sieurs branches : les Thai pro­pre­ment dits (Thai noirs et Thai blancs se­lon la cou­leur de cer­tains dé­tails ves­ti­men­taires fé­mi­nins, en­vi­ron un mil­lion), les Tày, les Nùng...

De mul­tiples mes­sages

Les pro­verbes thaïs qui suivent ont été gla­nés dans un re­cueil de “quán xon côn” tra­duit en viet­na­mien par Mac Phi. Les Thai peuvent être consi­dé­rés comme des pion­niers en ma­tière de tech­nique ri­zi­cole. Ils plantent du riz sur les flancs des col­lines et des mon­tagnes (culture sèche, champs ap­pe­lés nuong), mais sur­tout dans les val­lées basses (ri­zières sub­mer­gées, ou ruông). Voi­ci quelques pro­verbes concer­nant les tra­vaux cham­pêtres : - Si le ton­nerre gronde avant, il n’y au­ra pas de pluie. - Si les étoiles ne sont pas claires, il fe­ra so­leil. Si elles brillent, il pleu­vra. - Si les ter­mites sortent de leur trou, il pleu­vra. Si elles le comblent, ciel se­rein.

- Si on re­pique le riz en rangs es­pa­cés, on au­ra des pois­sons. En rangs ser­rés, beau­coup de riz. - Ri­zière pro­fonde, gre­nier plein de riz. Vieille fille, ma­ga­sin rem­pli de ri­chesses. - Si les dents de herse sont courtes, le buffle s’en­grais­se­ra. Si les dents de herse sont longues, le buffle mai­gri­ra. - Mort, la terre vous en­fouit. Vi­vant, la terre vous nour­rit. - L’homme pro­duit, la femme conserve. Beau­coup de conseils pour la vie en fa­mille et de consi­dé­ra­tions sur l’amour : - On couve bien le riz dans l’es­poir d’ob­te­nir un bon al­cool. On soigne bien son en­fant pour qu’il gran­disse et soit sage. - Quand le bé­bé sait s’as­seoir, ma­man a au­tant de loi­sir que le man­da­rin. Quand il sait ram­per, ma­man peine comme une ser­vante. - Un vieux ma­ri vaut mieux qu’un tron­çon de bois. Mieux vaut avoir un ma­ri aux che­veux blancs que de dor­mir seule. - Tres­ser les che­veux en chi­gnon droit sur la nuque pour pré­tendre n’être pas en­core ma­riée, impossible ! - Dire, quand on a un men­ton bar­bu, qu’on est en­core cé­li­ba­taire, c’est pos­sible. Quand on a plu­sieurs femmes, on ne peut man­ger as­sez de riz. Trop d’amou­reuses, pas de som­meil. - L’homme, jus­qu’à la vieillesse, es­père avoir tou­jours plus de femmes (la po­ly­ga­mie était per­mise). La femme es­père por­ter le chi­gnon

droit toute sa vie (ne pas se ma­rier). - Je t’ad­mire comme la flûte ad­mire le khèn (sorte de flûte de Pan). Dans le temps, la vie n’était pas fa­cile dans les ban (vil­lage) et les

muong (sei­gneu­rie plus ou moins grande) avec des man­da­rins hé­ré­di­taires, sei­gneurs lo­caux ty­ran­niques tao et phia. - Si ma­ri et femme s’aiment, la fa­mille est so­lide. Si le tao aime le peuple, le muong est tran­quille. - Dans chaque mai­son, il y a un garde-man­ger. Chaque ban a son tao, son man­da­rin.

L’obs­ti­na­tion a des bornes

- Vivre trois gé­né­ra­tions de tao Ne vaut pas vivre en va­ga­bond dans plu­sieurs muong. - Le pro­cès coûte de l’ar­gent, le ma­riage, de l’al­cool. - Les buffles aux cornes poin­tues ne peuvent vivre dans la même prai­rie. - Les buffles mâles n’ha­bitent pas la même étable. Les truies ne par­tagent pas la même auge. - Tout es­car­got se nour­rit de boue… - Si on ne vé­nère pas les es­prits

(phia), on s’at­tire des mal­heurs. Si on ne res­pecte pas le tao, on ne peut vivre tran­quille. - La cuisse du san­glier ap­par­tient au tao, celle du cerf au phia. Les uns mangent de la chair des pois­sons, les autres n’en ont que des os à goûtes. Les uns montent l’élé­phant, les autres vont à pied. Conduite so­ciale : - C’est dif­fi­cile d’être homme. Être singe, c’est plus fa­cile. - Cour­bé ou droit, un tronc d’arbre se voit. Cour­bé ou droit, le ca­rac­tère d’un homme ne se voit pas. - La dou­leur cau­sée par une bas­ton­nade se gué­rit au bout d’un cer­tain temps. La souf­france cau­sée par des pa­roles dure. - Langue pleine de miel, coeur plein de fiel. - Buffle mâle dans son pa­te­lin, Buf­flesse en terre étran­gère. - De­mande ton che­min aux an­ciens gens, De­mande du riz aux jeunes filles. - Fille près d’un gar­çon, buffle près de jeunes plants de riz ! (À évi­ter). - Si on mange chez quel­qu’un, On ne dit pas que son al­cool est plus fade que l’eau. - Mieux vaut femme laide que dor­mir seul. Mieux vaut che­val boi­teux que por­ter une charge à l’épaule. - Quand il fait grand so­leil, on se ré­fu­gie à l’ombre du sy­co­more. Quand le so­leil se fait doux, on ar­rache ses feuilles pour s’as­seoir des­sus. (Dé­cembre 2001)

Thanh Hà/VNA/CVN

Danse tra­di­tion­nelle des Thai au Nord-Ouest du Viet­nam.

Huu Ngoc

CTV/CVN

Chez les Thai, il existe de très nom­breux lo­cu­tions et pro­verbes en cor­ré­la­tion avec la vie en fa­mille.

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