Pro­pa­ga­tion de la culture na­tio­nale et jeu­nesse

Échange. Té­moi­gnage de Nhung, une des trois étu­diants viet­na­miens qui ont fait “vivre” la culture viet­na­mienne dans le cadre du sé­jour en France or­ga­ni­sé par Des Lions Clubs - une com­bi­nai­son des Centres in­ter­na­tio­naux fran­co­phones qui fa­vo­risent la com­pr

Le Courrier du Vietnam - - SÉLECTION DU CONCOURS 2017 - 20 ans Ville de Hai Phong Troi­sième Prix LÊ THI BAO NHUNG

Le centre CIFA - fai­sant par­tie des Centres In­ter­na­tio­naux Fran­co­phones (AMICIF) - a re­çu cette an­née 34 sta­giaires re­pré­sen­tant 22 pays du monde qui ont un point com­mun unique: le fran­çais. Quelle réunion in­ter­na­tio­nale! Dans ce cadre-là, “s’in­té­grer sans perdre son iden­ti­té” de­vient la mis­sion la plus dif­fi­cile à ac­com­plir pour tous. Trente-quatre per­sonnes, 34 per­son­na­li­tés, 34 modes de vie dif­fé­rents. En ef­fet, ils viennent de 22 pays avec au­tant de cultures propres à cha­cun. Nous - les trois jeunes étu­diants viet­na­miens - nous nous in­ter­ro­geons sur la ma­nière de plon­ger dans cette com­mu­nau­té cos­mo­po­lite tout en gar­dant nos va­leurs et nos cou­tumes. Pour réus­sir cette tâche, nous avons dres­sé un plan. Notre but est non seule­ment de com­prendre et de to­lé­rer la di­ver­si­té cultu­relle, mais aus­si de faire dé­cou­vrir, com­prendre et ai­mer la culture viet­na­mienne aux autres. Nous avons vrai­ment dû faire beau­coup d’ef­forts, parce que 30 jours, ce n’est vrai­sem­bla­ble­ment pas as­sez pour faire connaître une toute nou­velle culture qui est aus­si riche et éloi­gnée que celle du Viet­nam. Et en­core moins de la com­prendre et de l’ai­mer. Voi­ci donc ce que nous avons fait.

En­sei­gne­ment du viet­na­mien

La langue est un for­mi­dable moyen d’ex­pres­sion de la culture. Ap­prendre une langue est la fa­çon la plus ra­pide pour abor­der la culture d’un pays, d’un peuple. C’est pour­quoi, nous avons en­sei­gné le viet­na­mien à nos amis étran­gers. Rien de bien com­pli­qué; nous avons en­sei­gné des mots et des phrases simples et cou­rants de la vie de tous les jours. Par­fois, nous leur avons même en­sei­gné

de l’ar­got afin qu’ils puissent com­prendre et par­ler comme de “vrais” jeunes. La bonne sur­prise pour nous est que nos amis étran­gers aiment ap­prendre le viet­na­mien bien qu’ils croient sou­vent qu’il s’agit de la langue la plus dif­fi­cile à ap­prendre au monde (et jus­qu’à main­te­nant, ils ne savent tou­jours pas pro­non­cer mon nom cor­rec­te­ment!). Ces amis nous de­mandent sou­vent: “Comment

ça s’ap­pelle en viet­na­mien?”, puis ils écoutent de fa­çon en­thou­siaste notre ré­ponse et es­saient de ré­pé­ter ces mots de la ma­nière la plus fi­dèle pos­sible. Du coup, ces jeunes nous font tou­jours rire en par­lant viet­na­mien. Un ami mexi­cain s’est em­pres­sé d’ache­ter un livre de viet­na­mien des­ti­né aux fran­co­phones. Ce geste nous a beau­coup tou­chés. Nous sa­vions ain­si que nous avions réus­si notre belle mis­sion qui est de ré­pandre notre langue et notre culture.

La soi­rée “Cui­sine du monde”

Pour par­ta­ger la sa­veur du pays à nos amis in­ter­na­tio­naux, nous avons mis beau­coup de temps à trou­ver la bonne ré­ponse à la ques­tion: “Quel plat viet­na­mien les étran­gers pré­fèrent-ils?” Parce que nous vou­lions ap­por­ter à nos amis un goût viet­na­mien au­then­tique mais fa­cile à dé­gus­ter et éga­le­ment créer une bonne pre­mière im­pres­sion pour les “non­viet­na­miens”. Fi­na­le­ment, nous avons choi­si le bun bo Nam

bô (ver­mi­celles au boeuf des Viet­na­miens du Sud). Il s’agit d’un plat fru­gal mais dé­li­cieux. Le bun - les ver­mi­celles, l’in­gré­dient prin­ci­pal du bun

bo - est un pro­duit à base de riz, l’élé­ment in­dis­pen­sable dans la cui­sine viet­na­mienne. Les ver­mi­celles sont dé­gus­tées avec du boeuf, de la sa­lade verte, des ca­ca­huètes et des écha­lotes frites. Ce plat montre l’har­mo­nie, l’équi­libre et l’ai­sance dans les re­pas mais éga­le­ment dans la vie quo­ti­dienne des Viet­na­miens. Le boeuf est ma­ri­né avec une mul­ti­tude d’épices afin de re­le­ver sa sa­veur et se dé­guste avec une sauce spé­ciale. Le bun bo c’est comme la vie: une ex­plo­sion de sa­veurs et de cou­leurs. Les in­gré­dients du bun bo sont ser­vis sé­pa­ré­ment; les convives ajoutent et mé­langent les as­sai­son­ne­ments à leur guise. D’une part, ce­la montre notre res­pect pour les dif­fé­rentes ha­bi­tudes et pré­fé­rences ali­men­taires de cha­cun (il y a des vé­gé­ta­riens, des per­sonnes qui ne mangent pas de boeuf ou de sa­lade, etc.). D’autre part, cette fa­çon de man­ger per­met de sen­tir et de goû­ter clai­re­ment la sa­veur de chaque in­gré­dient de ma­nière sé­pa­rée ou dans son en­semble com­po­sant ain­si l’har­mo­nie du plat. En ef­fet, “S’in­té­grer sans perdre son iden­ti­té” est le mes­sage que nous vou­lons en­voyer avec ce plat et c’est éga­le­ment le but de notre par­ti­ci­pa­tion à l’AMICIF.

Chants folk­lo­riques et cos­tumes tra­di­tion­nels

Nous de­vons pré­pa­rer un spec­tacle pour la soi­rée de clô­ture. Un vé­ri­table cas­se­tête pour nous trois. Ce­la doit être court mais in­té­res­sant, et pré­sen­ter les ca­rac­té­ris­tiques de la culture viet­na­mienne. Pou­vez­vous de­vi­ner ce que nous avons fait? Nous n’avons pas dan­sé, parce qu’au­cun d’entre nous n’avait de dis­po­si­tions pour la danse. Nous n’avons pas chan­té de chan­son dite “jeune” et trop agi­tée, parce qu’elle ne cor­res­pond pas vrai­ment à notre cri­tère de “pré­sen­ter fi­dè­le­ment les ca­rac­té­ris­tiques de la culture viet­na­mienne”. Nous n’avons cer­tai­ne­ment pas choi­si une longue chan­son, parce que pour les per­sonnes qui ne com­prennent pas le viet­na­mien, ce n’est pas for­cé­ment évident à la pre­mière écoute sans com­prendre les pa­roles. Nous avons ain­si op­té pour Trông com, une chan­son courte et char­mante. En outre, cette chan­son est, d’après nous, très “viet­na­mienne”.

Pour­quoi? Tout d’abord car c’est une chan­son folk­lo­rique du Nord - un type de mu­sique tra­di­tion­nel et ca­rac­té­ris­tique du Viet­nam. En­suite, un Fran­çais m’a de­man­dé quel était le sens de cette chan­son? Je lui ai ré­pon­du que Trông com avait un sens plus fort dans son ori­gine que dans ses pa­roles. Cette chan­son a été com­po­sée par les pay­sans viet­na­miens pen­dant les tra­vaux cham­pêtres. La mé­lo­die gaie de la chan­son chas­saient la fa­tigue, la pres­sion et per­met­tait de don­ner de l’en­train et de l’en­thou­siasme aux tra­vailleurs. Ce­la montre l’op­ti­misme, l’amour des Viet­na­miens pour le tra­vail et pour la vie en gé­né­ral. En­fin, en in­ter­pré­tant Trông com, nous avons pu nous vê­tir du fa­meux ao dài (tu­nique fen­due tra­di­tion­nelle des Viet­na­miennes). Nous ne sa­vons pas si nous sommes par­ve­nus à convaincre nos spec­ta­teurs. Nous sa­vons seule­ment qu’ils ont beau­coup ri et qu’ils ont cha­leu­reu­se­ment ap­plau­di notre nu­mé­ro. Pour moi, c’est suf­fi­sant.

Pré­sen­ter la culture viet­na­mienne

Lors de notre sé­jour en France, nous avons sou­vent com­men­cé nos phrases par: “Au Viet­nam,…”. Nous avons par­lé de ce qui se passe dans notre pays na­tal. Là, au CIFA, on avait une bonne oc­ca­sion de dé­cou­vrir les autres pays par le biais des “té­moins vi­vants” - c’est-à-dire les sta­giaires en chair et en os, et non pas par les ar­ticles de presse ni par les livres ou les pho­tos. Nous trois, nous vou­lions des­si­ner un ta­bleau com­plet sur le Viet­nam, avec des cou­leurs claires mais aus­si sombres. Alors, nous avons ra­con­té des choses dont nous sommes fiers mais aus­si les pro­blèmes qu’il reste à ré­soudre. Pour nous, le Viet­nam est mer­veilleux, mais pas en­core par­fait. Je vou­lais jus­te­ment que mes amis étran­gers aient une vue vrai­ment hon­nête sur notre pays. D’ailleurs, nous nous sommes tou­jours conduits le plus “viet­na­mien­ne­ment” pos­sible, parce que c’est ce­la qui montre le plus clai­re­ment nos dif­fé­rences cultu­relles par rap­port à celles des autres. Une fois, lorsque j’uti­li­sais les ba­guettes lors d’un re­pas, un Hon­grois m’a imi­tée : il a uti­li­sé sa four­chette et son cou­teau comme une paire de ba­guettes! Ce­la m’a beau­coup fait rire et, à mon re­gard, ça montre aus­si que cet ami a ac­cep­té de faire connais­sance avec ma culture. Je vou­lais vrai­ment lui ex­pli­quer comment uti­li­ser les ba­guettes, mais je n’avais qu’une paire. Je lui en­sei­gne­rai plus tard, peut-être dans l’ave­nir, quand il vi­si­te­ra mon Viet­nam.

Conclu­sion

Je ne suis pas en me­sure de vous ra­con­ter toute notre belle aven­ture, parce que l’ar­ticle est li­mi­té en mots. Mais je crois que notre plan a plus ou moins eu du suc­cès. Nous avons af­fir­mé notre fier­té, notre amour pour le Viet­nam avec nos amis in­ter­na­tio­naux. Nous ne sommes pas des cé­lé­bri­tés de notre pays; mais pen­dant un mois avec le CIFA, nous avons été les re­pré­sen­tants du Viet­nam. Idem pour les autres sta­giaires. Nous avons conscience de la mis­sion de dif­fu­ser l’image de notre Pa­trie. Je veux in­sis­ter sur ce­la, parce que ces der­niers temps, nom­breux sont les “adultes” qui pensent que les jeunes de nos jours né­gligent de plus en plus leur iden­ti­té, leur ca­rac­tère na­tio­nal afin de pour­suivre de nou­velles ten­dances ou de nou­velles cultures. Ce­pen­dant, la réa­li­té montre que nous, les jeunes, la gé­né­ra­tion fu­ture du Viet­nam, al­lons cer­tai­ne­ment nous in­té­grer à de nou­velles cultures, même y vivre - parce que c’est ce que nous de­mande notre époque mais fi­na­le­ment, où que nous soyons, qui que nous choi­sis­sions de de­ve­nir, le sang viet­na­mien cou­le­ra tou­jours dans nos veines, et le Viet­nam res­te­ra tou­jours le lieu sa­cré où nous sommes nés et où nous re­vien­drons. Moi, en tout cas, j’en suis sûre!

Les trois “am­bas­sa­deurs” de la culture viet­na­mienne: An, Noen et Nhung.

Des plats viet­na­miens lors de la soi­rée “Cui­sine du monde”.

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