REN­DEZ-VOUS

Si­tué à une di­zaine de ki­lo­mètres au sud-ouest de Ha­noï, le vil­lage de Da Si est ré­pu­té pour son mé­tier an­ces­tral de for­ge­ron. Ses cou­teaux, ci­seaux et ins­tru­ments ara­toires s’ar­rachent dans le pays de­puis des siècles.

Le Courrier du Vietnam - - SOMMAIRE - HUU NGOC/CVN (Oc­tobre 1993)

Le vil­lage des for­ge­rons de Da Si

Avec Agne­ta et Rolf, deux amis sué­dois fa­na de vé­lo, je pé­dale de bonne heure de Ha­noï à Hà Dông, qui est de­ve­nu un ar­ron­dis­se­ment de la ca­pi­tale. Nous tour­nons en­suite à gauche, lon­geant la ri­vière Nhuê aux eaux boueuses. Heu­reu­se­ment qu’au­cune che­mi­née d’usine ne trouble le charme bu­co­lique du che­min vi­ci­nal qui fait des tours et des dé­tours à tra­vers les ri­zières fleu­rant bon les épis de la hui­tième lune. Après avoir lon­gé, sur un par­cours de 4 km, nombre de ba­na­niers, de ba­nians et de bam­bous, d’au­berges et de bou­tiques…, nous voi­ci ar­ri­vés au coeur du vil­lage de Da Si, qui s’étend aux bords de la route.

Da Si, qui vit sur­tout de la ri­zi­cul­ture, est ré­pu­té pour la forge, mé­tier d’ap­point qui lui per­met de tra­ver­ser les mau­vaises passes des pé­riodes de sou­dure. On ignore le nom du Gé­nie Pa­tron, qui n’est pas vé­né­ré à la mai­son com­mu­nale en tant que Gé­nie tu­té­laire du vil­lage, comme c’est l’usage dans presque tous les villages s’adon­nant à une ac­ti­vi­té pro­fes­sion­nelle. Pour­tant, chaque an­née, au prin­temps (17e jour de la 2e lune) et en au­tomne (17e jour de la 8e lune), l’an­cêtre ini­tia­teur du tra­vail du fer est com­mé­mo­ré par des sa­cri­fices ri­tuels, ac­com­pa­gnés de pro­ces­sions so­len­nelles. Le chef de la cor­po­ra­tion (trùm

phuong) des for­ge­rons, qui re­pré­sente la li­gnée de la pre­mière forge ou­verte dans le vil­lage, pré­side les cé­ré­mo­nies. Il a droit à la tête du co­chon sa­cri­fié. Le toát ou re­pré­sen­tant de la li­gnée de la deuxième forge ob­tient le cou de la bête, tan­dis que les quatre

kheo (quatre forges sui­vantes) re­çoivent cha­cun un pied. La forge est un atelier de fa­mille au tra­vail du­quel par­ti­cipent tous les membres, cha­cun se­lon ses forces. Le chef de fa­mille se doit d’être l’ar­ti­san le plus com­pé­tent, ce­lui qui trans­met les se­crets du mé­tier aux jeunes gé­né­ra­tions. Pour être re­çu comme ap­pren­ti chez un maître de forge, on doit pré­pa­rer chez lui une cé­ré­mo­nie so­len­nelle avec de nom­breuses of­frandes. Une fois for­mé, le dis­ciple est lié à son maître par des obli­ga­tions morales jus­qu’à la fin de sa vie. Le pro­verbe dit:

“Sông Têt, chêt giô” (Tant que le maître vit, on lui pré­sente des of­frandes aux jours de fête, après son dé­cès, on lui rend hommage à chaque anniversaire de sa mort).

Bon re­ve­nu aux foyers pro­duc­teurs

En vé­ri­té, la forge ne jouait au­tre­fois qu’un rôle éco­no­mique se­con­daire à Da Si. D’après les ren­sei­gne­ments don­nés par des vil­la­geois âgés, il y a 60 ans, une ving­taine d’ate­liers fonc­tion­naient. Les années 1950 ont vu une vé­ri­table flo­rai­son de forges. Au­jourd’hui, 90% de la po­pu­la­tion, presque la to­ta­li­té des 500 foyers consti­tuant le vil­lage, pra­tiquent ce mé­tier d’ap­point. Les souf­flets ne chôment qu’au temps de la mois­son. Les cou­teaux, les ci­seaux, les lames de ra­bot de Da Si se vendent à Ha­noï, dans les mar­chés de la fron­tière du Nord et même les villes du Sud. Leur qua­li­té est ga­ran­tie par le nom du vil­lage et par­fois par ce­lui de l’atelier pro­duc­teur, gra­vés sur chaque objet. Mes amis sué­dois sont tous fiers d’em­por­ter un cou­teau de cuisine de Da Si qui leur rap­pelle les forges artisanales de leur pays au Moyen Âge.

VNP/CVN

Chauf­fage et mar­te­lage d’un lin­got de fer pour for­mer un cou­teau.

Des ou­tils agri­coles fa­bri­qués au vil­lage de Da Si.

VNP/CVN

Les cou­teaux de Da Si sont de­ve­nus un la­bel connu du vil­lage.

VNA/CVN

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