Dà Nang: un pro­tec­teur des Doucs à Son Trà

La Ré­serve na­tu­relle de Son Trà, ville de Dà Nang (Centre), connue pour sa riche bio­di­ver­si­té, abrite une im­por­tante po­pu­la­tion de Doucs à pattes rousses. Ren­contre avec Bùi Van Tuân, un pas­sion­né de ce pri­mate.

Le Courrier du Vietnam - - SOMMAIRE - TEXTE ET PHOTOS: HOÀNG PHUONG - LÂM DOAN/CVN

Né dans la pro­vince de Quang Nam (Centre), Bùi Van Tuân, 32 ans, est un amou­reux du Douc à pattes rousses (Py­ga­thrix

ne­maeus). Le Douc (sen­su la­to) se dé­cline en trois es­pèces, re­con­nais­sables par la cou­leur de leurs pattes (rousses, noires ou grises) et toutes sont pré­sentes au Viet­nam. Le Douc à pattes rousses est en­dé­mique de l’In­do­chine. On ne le trouve en ef­fet que dans le Centre du Viet­nam, le Nord

du Cam­bodge et le Centre-Est du Laos. Une aire de ré­par­ti­tion

très li­mi­tée donc.“Il y a dix ans, j’ai ap­pris que la pé­nin­sule de Son Trà abri­tait cette es­pèce clas­sée dans le Livre Rouge du Viet­nam et dé­cla­rée en dan­ger d’ex­tinc­tion par l’Union in­ter­na­tio­nale pour la conser­va­tion de la na­ture (International Union for Conser­va­tion of Na­ture IUCN). Une pas­sion est née et qui ne s’est ja­mais dé­men­tie”, a confié Bùi Van Tuân, du Centre de conser­va­tion de la bio­di­ver­si­té du Viet­nam (GreenViet).

Tuân connaît comme sa poche la fo­rêt de Son Trà, un vaste es­pace de 4.000 ha. Les es­pèces vé­gé­tales dont se nour­rissent les Doucs, leur fa­çon de re­cher­cher les ali­ments et maints autres as­pects de leur com­por­te­ment n’ont plus de se­crets pour ce cou­reur des bois. “Les mâles sont très co­lé­riques. Un jour de pluie, j’en ai vu un gi­fler son pe­tit qui tar­dait à se mettre à l’abri sous les feuillages!”, a-t-il in­for­mé. Et d’ajou­ter que les fe­melles al­laitent leurs pe­tits pen­dant les six pre­miers mois, puis, lorsque le bé­bé a 2 ans, sa ma­man dé­bute une nou­velle pé­riode de re­pro­duc­tion.

Une es­pèce mé­con­nue et en dan­ger

C’est en 2007 que Tuân, alors étu­diant en deuxième an­née de bio­lo­gie et en­vi­ron­ne­ment à l’École nor­male su­pé­rieure de Dà Nang, dé­couvre dans le cadre de son cur­sus cette es­pèce. C’est le coup de foudre. Bien que vi­vant aux portes de la ville, le Douc est alors qua­si-in­con­nu des gens de Dà Nang. “Lors d’un pro­jet de re­cherche sur l’ha­bi­tat des Doucs, j’ai fait un son­dage. Ré­sul­tat: cinq per­sonnes sur dix ne connais­saient

pas cette es­pèce”, a-t-il dé­plo­ré. Pour les étu­dier, Tuân a pas­sé des cen­taines d’heures sur le ter­rain. Lors du concours “Les étu­diants mènent des re­cherches scien­ti­fiques”, or­ga­ni­sé par l’Uni­ver­si­té de Dà Nang, son pro­jet sur le pri­mate et sa pro­tec­tion a rem­por­té le deuxième prix. Après la sor­tie de l’uni­ver­si­té, Tuân a tra­vaillé pour un pro­jet de la Société zoo­lo­gique de Franc­fort

(Frank­furt Zoo­lo­gi­cal So­cie­ty - FZS). En 2012, Tuân et ses ca­ma­rades ont créé le Centre de conser­va­tion de la bio­di­ver­si­té GreenViet qui re­groupe des jeunes pas­sion­nés de la na­ture. Entre 2012 et 2017, ils ont com­men­cé à étu­dier les Doucs dans leur ha­bi­tat na­tu­rel à Son Trà. Ces études ont mon­tré que les Doucs à pattes rousses de­vaient faire face à de nom­breuses me­naces. Ces der­nières an­nées, les ac­ti­vi­tés an­thro­piques ont en ef­fet gra­ve­ment per­tur­bé cette es­pèce. Les pro­jets d’ “éco-tourisme”, la construc­tion d’in­fra­struc­tures de com­mu­ni­ca­tion, le bra­con­nage, le risque de trans­mis­sion de ma­la­dies de l’homme aux ani­maux… sont au­tant de me­naces réelles ou po­ten­tielles. En mai 2017, GreenViet a in­for­mé que plus de 1.300 in­di­vi­dus vi­vaient dans la pé­nin­sule. “Des ef­fec­tifs lar­ge­ment su­pé­rieurs aux der­nières don­nées, qui ta­blaient sur 300-350 in­di­vi­dus”, a in­for­mé le spé­cia­liste.

Sen­si­bi­li­ser et in­for­mer

Afin de contri­buer à la pro­tec­tion de cette es­pèce, Tuân et ses ca­ma­rades ont pho­to­gra­phié les Doucs dans leur ha­bi­tat na­tu­rel et ont pré­sen­té les cli­chés dans le cadre de nom­breuses ex­po­si­tions à Dà Nang. Le bio­lo­giste a aus­si par­ti­ci­pé ac­ti­ve­ment à la cam­pagne bap­ti­sée “Son Trà verte” pour ap­pe­ler les jeunes de Dà Nang, et tous les jeunes Viet­na­miens plus lar­ge­ment, à s’in­ves­tir da­van­tage dans la pro­tec­tion de la na­ture. En outre, GreenViet a or­ga­ni­sé des cir­cuits gra­tuits bap­ti­sés “J’aime Son Trà” où les vi­si­teurs ont pu ad­mi­rer cette es­pèce rare dans son ha­bi­tat na­tu­rel. Dé­but 2017, l’or­ga­ni­sa­tion a of­fert les ca­hiers de co­lo­riage à l’ef­fi­gie des Doucs pour les élèves des écoles pri­maires de Dà Nang. L’écri­vain Bùi Công Dung, qui vient de pu­blier le livre

Ré­cit de Son Trà, s’est fé­li­ci­té des tra­vaux de Bùi Van Tuân. M. Dung a été im­pres­sion­né par ses cam­pagnes de pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment ain­si que par ses belles photos des Doucs et de leur bio­tope. “Nous avons confir­mé que la Ré­serve na­tu­relle de Son Trà abrite la plus forte po­pu­la­tion de doucs à pattes rousses du pays, a af­fir­mé Tuân. Ce site s’af­firme même comme le bas­tion de l’es­pèce dans toute son aire de ré­par­ti­tion, d’où la res­pon­sa­bi­li­té qui in­combe au Viet­nam de le pé­ren­ni­ser”.

Bùi Van Tuân (droite) et un col­lègue étran­ger.

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