IN­TER­NA­TIO­NAL

La ré­colte de l’amande dé­marre dans le fra­cas des se­coueurs mé­ca­niques. Quand l’un at­trape un tronc dans sa pince, en trois se­condes, toutes les amandes tombent. Cet ali­ment san­té à la mode trans­forme les cam­pagnes en Es­pagne.

Le Courrier du Vietnam - - SOMMAIRE -

Le boom mon­dial de l’amande change le pay­sage en Es­pagne

Dans la val­lée du Gua­dal­qui­vir en An­da­lou­sie (Sud de l’Es­pagne), de plus en plus de champs de cé­réales sont rem­pla­cés par de grands ver­gers d’aman­diers de­ve­nus beau­coup plus ren­tables. “Le pay­sage a tel­le­ment chan­gé ces der­nières an­nées que les san­gliers des­cendent des col­lines pour man­ger des amandes”, constate l’in­gé­nieur agro­nome Cur­ro Lo­pez, ex­pert en plan­ta­tion d’aman­diers pour l’en­tre­prise es­pa­gnole Agro­san. À San­ta Cruz, près de Cor­doue, une fois les amandes dé­lo­gées des arbres par les se­coueurs mé­ca­niques, des ou­vriers agri­coles les ra­mènent à eux avec des gestes amples de pê­cheurs les grands fi­lets ten­dus au sol et gor­gés de fruits. Cette sai­son, l’Es­pagne compte en ré­col­ter plus de 61.160 tonnes: un chiffre re­cord, en hausse de 15% par rap­port à l’an­née pré­cé­dente, se­lon les es­ti­ma­tions de l’Or­ga­ni­sa­tion na­tio­nale du sec­teur des fruits secs. L’Es­pagne n’est ac­tuel­le­ment qu’un mo­deste troi­sième pro­duc­teur mon­dial, de­van­cé par l’Aus­tra­lie et, de très loin, par les États-Unis.

Com­plé­ment de l’oli­vier

La Ca­li­for­nie re­pré­sente près de 80% de la pro­duc­tion mon­diale, se­lon le puis­sant syn­di­cat de pro­duc­teurs de cet État amé­ri­cain

qui vante in­ter­na­tio­na­le­ment ses bien­faits, comme source de pro­téine vé­gé­tale et de bons acides gras. L’Es­pagne - pays du nou­gat et de nom­breux pro­duits aux amandes - conti­nue d’ailleurs elle-même d’en im­por­ter de grandes quan­ti­tés de Ca­li­for­nie. “Quand on pense que ce sont les mis­sion­naires es­pa­gnols qui ont ap­por­té l’amande aux États-Unis au XVIIIe siècle”, glisse Jose Millan, en su­per­vi­sant la ré­colte sur les terres de sa fa­mille à San­ta Cruz: 62 hec­tares d’aman­diers sur une pro­prié­té to­tale de 650 ha. Cet agri­cul­teur de 61 ans a été l’un des pre­miers à in­tro­duire en An­da­lou­sie cette cul­ture in­ten­sive, il y a dix ans. De­puis, bien d’autres l’ont sui­vi. L’aman­dier, au­tre­fois qua­si­ment ab­sent du pay­sage an­da­lou, est dé­sor­mais plan­té sur de bonnes terres ir­ri­guées. Dé­lais­sant le tour­ne­sol ou le blé, les agri­cul­teurs en font un com­plé­ment de l’oli­vier, les mêmes se­coueurs mé­ca­niques ser­vant aux deux ré­coltes. “La pro­duc­tion mon­diale a dou­blé en 10-12 ans dans le monde, pas­sant de 600.000 tonnes à 1,2 mil­lion de tonnes, et la consom­ma­tion a aug­men­té au même rythme”, ex­plique Cris­to­bal Pe­rez. Il di­rige une usine de trans­for­ma­tion de l’amande que l’en­tre­prise Da­fi­sa vient tout juste d’ou­vrir près de Cor­doue où les dé­cor­ti­queuses tournent à plein ré­gime. Les agri­cul­teurs se tournent vers cette pro­duc­tion de­ve­nue éco­no­mi­que­ment al­lé­chante. “Il y a 10-12 ans, le prix de l’amande pou­vait être de 3 eu­ros le ki­lo payé au pro­duc­teur, il a grim­pé il y a 45 ans jus­qu’à 9 eu­ros et au­jourd’hui, nous sommes au­tour de 5 eu­ros”, ex­plique M. Pe­rez.

Do­ser l’eau

En sur­plomb du Gua­dal­qui­vir, c’est à la place de champs de lu­zerne que Cur­ro Lo­pez, 50 ans, a créé l’an der­nier son propre ver­ger: plus de 16.000 arbres qui don­ne­ront leurs pre­miers fruits dans deux ans. Ces grandes plan­ta­tions vont per­mettre à l’Es­pagne de pro­po­ser aux in­dus­triels de grands lots ho­mo­gènes d’une seule va­rié­té, alors que les pe­tits culti­va­teurs ont une pro­duc­tion dis­pa­rate. De nou­velles tech­niques de plan­ta­tion doivent éga­le­ment ga­ran­tir l’ab­sence d’amandes amères, as­sure M. Lo­pez. De quoi lut­ter contre une amande amé­ri­caine plu­tôt “in­si­pide”, es­timent les pro­duc­teurs es­pa­gnols, qui dé­noncent le ma­tra­quage mar­ke­ting de leurs ho­mo­logues ca­li­for­niens. À une époque mar­quée par le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, les “aman­di­cul­teurs” es­pa­gnols savent en re­vanche qu’ils doivent se dé­fendre de dé­ve­lop­per une cul­ture gour­mande en eau. Grâce à une sonde de tem­pé­ra­ture et d’hu­mi­di­té per­fec­tion­née, Cur­ro Lo­pez dit do­ser soi­gneu­se­ment l’ir­ri­ga­tion de son ver­ger. Mais dans une Es­pagne en proie à une sé­che­resse chro­nique, le dé­fi­cit en eau reste un frein à l’ex­pan­sion des cul­tures. L’or­ga­nisme ges­tion­naire n’“ac­corde qu’un cer­tain vo­lume an­nuel par hec­tare”, rap­pelle Jose Millan.

AFP/VNA/CVN

Des se­coueurs mé­ca­niques font tom­ber les amandes des arbres, lors d’une ré­colte à Cor­doue en Es­pagne, le 29 août.

AFP/VNA/CVN

Des amandes dé­cor­ti­quées dans une usine près de Cor­doue en Es­pagne.

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