La plus grande femme d’État de l’his­toire viet­na­mienne

Notre his­toire compte des femmes illustres dans dif­fé­rents sec­teurs. Dans le do­maine po­li­tique, la plus grande femme d’État est sans au­cun doute Y Lan, pre­mière concu­bine royale (Nguyên phi), qui vé­cut au XIIe siècle.

Le Courrier du Vietnam - - SOMMAIRE - HUU NGOC/CVN (Avril 1998)

Il n’y a pas en­core eu de son­dage d’opi­nion à ce su­jet, mais je pense que mon choix ral­lie­rait sans dif­fi­cul­té les suf­frages de la ma­jo­ri­té des Viet­na­miens. Le peuple, de­puis long­temps, a ex­pri­mé son sen­ti­ment en l’ado­rant dans une cen­taine de temples, bâ­tis en par­ti­cu­lier dans sa pro­vince na­tale de Bac Ninh (Nord), l’an­cien Kinh Bac do­té de riches tra­di­tions cultu­relles. Il a fait d’elle un mythe en l’iden­ti- fiant avec la douce et ver­tueuse Tâm, Cen­drillon viet­na­mienne d’un conte po­pu­laire.

Temple et pa­gode de Dame Tâm

Au dé­but de l’au­tomne 1998, je me suis joint à un groupe d’une qua­ran­taine de pè­le­rins ha­noïens, sur­tout des femmes, ve­nus au vil­lage de Duong Xá (vil­lage na­tal d’Y Lan, dis­trict de Gia Lâm, ban­lieue de Ha­noï, Ndlr) pour as­sis­ter au 880e an­ni­ver­saire de la mort d’Y Lan. La cé­lé­bra­tion se dé­rou­lait dans le temple et la pa­gode at­te­nante, si­tués dans un vaste jar­din, édi­fices bap­ti­sés Temple et Pa­gode de Dame Tâm (Cen­drillon) par les vil­la­geois. La pa­gode, construite pour la pre­mière fois en 1115 par Y Lan elle-même, porte son nom de Reine: Linh Nhân. Le temple dé­dié à son culte par la po­pu­la­tion date de la même époque, construit à la ma­nière des pa­lais royaux de la dy­nas­tie des Lý (1010-1225),

il pos­sède soixante-douze portes. Par­mi les ob­jets d’art an­ciens dont le com­plexe temple-pa­gode est dé­po­si­taire, fi­gurent un per­ron, les Boud­dhas des Trois Eres as­sis sur deux lions, et sur­tout un ma­gni­fique lion (1,20 m de haut), tous en pierre et da­tant peut-être du XIIe siècle. On nous a aus­si mon­tré le puits cen­sé être ce­lui où, se­lon la lé­gende, Tâm au­rait nour­ri chaque jour son pe­tit pois­son au pou­voir ma­gique en pro­non­çant la phrase sa­cra­men­telle: “Hé pe­tit Bông, pe­tit Bông! Émerge pour man­ger mon riz d’or et d’ar­gent. Ne prends pas le riz moi­si et la soupe clair d’au­trui”.

Y Lan, un per­son­nage his­to­rique

Loin d’être une fi­gure de lé­gende, Y Lan est un per­son­nage his­to­rique. Son vrai nom est Lê Thi Yên. Elle est née dans l’an­cien vil­lage Tho Loi, de­ve­nu Siêu Loai (dis­trict de Thuân Thành, pro­vince de Bac Ninh) puis Duong Xá, in­té­gré dans la ban­lieue de la ca­pi­tale. Elle a per­du sa mère à l’âge de douze ans. Son père, un pay­san, s’est re­ma­rié. C’est sans doute à cause de ces évé­ne­ments que l’ima­gi­na­tion po­pu­laire de­vait l’as­si­mi­ler à la Cen­drillon Tâm. Se­lon les an­nales, le roi Lý Thánh Tông qui, à qua­rante ans, n’a pas en­core eu d’en­fant mâle pour lui suc­cé­der, fait un pè­le­ri­nage à la pa­gode Dâu à Duong Xá pour im­plo­rer Boud­dha de lui don­ner un fils. Comme il se pro­mène dans la cam­pagne, il aper­çoit dans un champ de mû­riers une jeune fille ra­vis­sante ap­puyée à un ma­gno­lia. Il se di­rige vers elle, l’aborde et en­gage avec elle la conver­sa­tion. Nul­le­ment in­ti­mi­dée, elle ré­pond à toutes ses ques­tions avec calme et in­tel­li­gence. In­tri­gué et en­chan­té, le roi em­mène Lê Thi Yên à la Cour pour lui ac­cor­der le titre de “Pre­mière concu­bine royale Y Lan” (Y Lan si­gni­fiant celle qui s’ap­puie contre un ma­gno­lia). Loin de res­sem­bler aux autres femmes du ha­rem dont les sou­cis ma­jeurs sont la toi­lette et les fa­veurs royales, Y Lan s’in­té­resse aux af­faires d’État et à la vie pu­blique. Elle se dé­pense sans comp­ter pour lire, étu­dier et se fa­mi­lia­ri­ser avec les pro­blèmes concer­nant le peuple, si bien qu’en peu de temps, elle émer­veille la Cour par ses connais­sances et son sa­voir-faire. Ce n’est point éton­nant si en 1069, le roi, son ma­ri, par­tant en guerre contre les Chams agres­sifs, lui confie la ré­gence. En l’ab­sence du sou­ve­rain, le pays connaît des inon­da­tions ac­com­pa­gnées d’une grave di­sette de vivres et de nom­breux troubles so­ciaux. Alar­mé par la si­tua­tion in­té­rieure, le Roi re­met le com­man­de­ment du corps ex­pé­di­tion­naire au gé­né­ral Lý Thuong Kiêt pour ren­trer pré­ci­pi­tam­ment à la ca­pi­tale. En cours de route, il ap­prend que par une po­li­tique au­da­cieuse et per­ti­nente, sa femme Y Lan a réus­si à fran­chir le cap de la di­sette et à ré­ta­blir l’ordre et la sé­cu­ri­té. Le peuple re­con­nais­sant a sur­nom­mé Y Lan “Bod­hi­satt­va Quan Âm”, lui éle­vant des temples. Ras­su­ré et ai­guillon­né par l’exemple de cette femme, il fait de­mi-tour, re­gagne la fron­tière pour conti­nuer la guerre jus­qu’à la vic­toire fi­nale. En 1072 la mort de Lý Thánh Tông jette le pays dans une nou­velle crise. De nou­veau, Y Lan de­ve­nue Reine-ré­gente tient la barre avec une rare maî­trise. Ce qui a per­mis au vaillant gé­né­ral Lý Thuong Kiêt de faire face vic­to­rieu­se­ment à l’in­va­sion chi­noise des Song.

ST/CVN

Temple et pa­gode de Dame Tâm (Cen­drillon) en ban­lieue de Ha­noï.

Huu Ngoc

CTV/CVN

La sta­tue d’Y Lan dans le dis­trict de Gia Lâm, en ban­lieue de Ha­noï.

Newspapers in French

Newspapers from Viet Nam

© PressReader. All rights reserved.